Pour avoir accepté de semer la terreur pour quelques centaines d’euros sur le site d’Orange à Marseille avec pour objectif inavoué de déstabiliser un point de deal, trois jeunes hommes ont été condamnés mardi à des peines allant jusqu'à trois ans de prison ( AFP / Sameer Al-DOUMY )
Pour avoir accepté de semer la terreur pour quelques centaines d’euros sur le site d’ Orange à Marseille avec pour objectif inavoué de déstabiliser un point de deal, trois jeunes hommes ont été condamnés mardi à des peines allant jusqu'à trois ans de prison.
Entre le 31 décembre et le 4 janvier, ces trois copains, à peine âgés de 20 ans, vont dégrader d'abord avec une "pince" puis avec une arme à feu, l'immeuble de l'entreprise de télécommunications, situé à Saint-Mauront dans le quartier paupérisé du 3e arrondissement de Marseille.
La découverte de plusieurs impacts de balles sur la façade du campus Massalia d'Orange sur lequel travaillent 1.200 personnes va provoquer une vive émotion parmi les salariés obligeant la direction à fermer temporairement le site.
C'est Iheb A., 19 ans, qui répond à une annonce sur les réseaux sociaux pour "casser les vitres" moyennant 3.000 euros mais il sera finalement rémunéré 300 euros.
"On nous a vendu du rêve", déclare le jeune homme. Jugé détenu, il assure ne pas connaître le commanditaire.
Sur son téléphone sera découvert le canal Snapchat "DZ NG", en référence à la DZ Mafia nouvelle génération, où figuraient plusieurs missions rémunérées, parmi lesquelles des contrats de type "sicario" ou "dodo" — des termes codés désignant des assassinats.
Saliou D. se rend à quatre reprises sur le site d'Orange. Il est en charge de filmer les méfaits et d'envoyer la vidéo au commanditaire qui réclame l'usage d'une arme à feu.
Selon l'enquête, l'objectif était de terroriser les salariés, contraignant les forces de l'ordre à intervenir régulièrement "pour faire le ménage", perturbant ainsi les points de deal concurrents situés aux abords du site d'Orange, et les empêcher "de faire des sous".
"J'y suis retourné par peur", explique Saliou D., qui termine en larmes après avoir reconnu la plupart des faits qui lui sont reprochés tout comme ses co-prévenus.
Iheb A. et Saliou D. ont été condamnés à des peines de 36 mois d'emprisonnement dont respectivement 18 mois et 21 mois de sursis probatoire. Ils devront indemniser le groupe Orange et le syndicats CFE CGC Orange, parties civiles. Le troisième, Issam S., a été condamné à une peine d'un an avec sursis.
"Ils ont fait preuve d’un grand amateurisme", a reconnu la procureure qui avait requis des peines sévères pour les dégradations, jusqu'à cinq ans de prison dont trois ferme.
Les enquêteurs ont rapidement remonté la piste des trois amis, tous sans antécédents judiciaires. Pour commettre les dégradations, ils avaient utilisé les véhicules de leurs parents, leurs téléphones personnels, et étaient même allés jusqu'à interroger ChatGPT pour savoir comment briser une vitre.
Plaçant "la sécurité des salariés" au premier rang de ses priorités, le groupe Orange avait décidé début février de redéployer plus d'un millier de postes depuis son site marseillais, pour n'en conserver qu'une centaine sur place. Dans l'attente de nouveaux locaux, les employés ont été répartis sur d'autres sites de la région, basculé en télétravail ou rejoint des espaces de coworking. "Tous ces gens sont traumatisés", insiste l'avocate du groupe Orange, Me Claudia Chemarin.

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