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GRAPHES-Bourses-La rareté des actions alimente le marché haussier
information fournie par Reuters26/09/2018 à 16:58

    par Sujata Rao, Helen Reid et Chuck Mikolajczak
    LONDRES/NEW YORK, 26 septembre (Reuters) - L'un des plus
longs marchés haussiers que les Bourses aient jamais connu doit
peut-être autant à la pénurie relative d'actions qu'à la
poursuite de la reprise de l'économie mondiale en dépit des
nombreux risques qui se sont accumulés au fil des mois. 
     L'escalade des tensions commerciales, une maison Blanche
imprévisible, un Brexit désordonné et des taux d'intérêt
globalement orientés à la hausse n'ont pas eu raison de la
dynamique haussière des actions. Wall Street affiche des plus
hauts records et les indices des Bourses mondiales sont en
baisse de 4% au plus par rapport à leurs pics de l'année.
    La simple et bonne vieille loi de l'offre et de la demande
suffit pour certains à expliquer cet apparent paradoxe. 
    Le volume d'actions négociables sur les marchés à travers le
monde se contracte lentement mais sûrement. Le nombre de
nouvelles actions émises n'est pas suffisant pour compenser
celles qui sont retirées du marché et l'offre nette d'actions
est devenue négative en 2016, une première, selon la banque
d'investissement américaine JP Morgan qui s'attend au même
phénomène cette année après une offre nette marginalement
positive en 2017. 
    
    
    Même sous l'hypothèse d'une stabilité de la demande des
investisseurs, cette évolution de l'offre exerce une pression à
la hausse sur les prix. 
    Sur les huit premiers mois de cette année, les introductions
en Bourse ont totalisé 126 milliards de dollars (107,35
milliards d'euros), selon des données de Thomson Reuters. 
    Même en prenant en compte les émissions d'actions nouvelles
par des entreprises cotées et les distributions d'actions aux
salariés, les volumes d'émissions sont sans commune mesure avec
les rachats qui vont dépasser les 1.000 milliards de dollars
cette année. 
    Pour beaucoup, la tendance n'est pas près de s'inverser
entre la désillusion de certains dirigeants d'entreprises quant
à l'intérêt d'une cotation en Bourse et la faiblesse des coûts
d'endettement. 
    "C'est un vrai pensum d'être coté en Bourse entre la
paperasse, le court-termisme, le niveau de contrôle et de
transparence imposé, qui sont autant de problèmes. Mais le vrai
sujet est que les entreprises vont là où l'argent est le moins
cher", explique Robert Buckland, stratégiste chez Citi qui avait
parlé de "de-equitisation", ce phénomène de renoncement au
financement en actions, dès 2003. 
    Si la tendance existe depuis un bon moment déjà, elle s'est
accélérée à la faveur de la période de taux d'intérêt nuls voire
négatifs qui a poussé les entreprises à privilégier
l'endettement plutôt que le financement en fonds propres. 
    La réforme fiscale américaine a aussi renforcé les
incitations aux rachats d'actions par rapport à
l'investissement. 
    Robert Buckland estime que le volume des actions cotées aux
Etats-Unis se contracte de 1,5% par an et il souligne que même
dans les marchés émergents - "des endroits où l'on pourrait
s'attendre à des levées de fonds propres, elles sont au plus
bas."
    Les banques centrales emmenées par la Réserve fédérale
américaine semblent décidées à mettre un terme aux politiques
monétaires ultra-accommodantes. Mais pour remettre sérieusement
en cause le mouvement de "de-equitisation", il faudrait que les
taux d'Etat à 10 ans aux Etats-Unis atteignent 4% à 5% et que
les coûts de financement des entreprises dépassent 6%, 200
points de base au-dessus des niveaux actuels, estime Nikolaos
Panigirtzoglou, analyste chez JP Morgan. 
    La contraction de l'offre d'actions est particulièrement
marquée aux Etats-Unis où la diminution de l'offre nette devrait
être cette année deux fois plus élevée qu'en 2018 où elle avait
atteint 200 milliards de dollars.
    Laurent Godin, responsable de la recherche actions chez
Indosuez Wealth Management, fait état de données de l'Université
de Chicago montrant que 180 introductions en Bourse ont été
réalisées en moyenne chaque année sur la période 2009-2017
contre 680 entre 1995 et 2000. 
    Il avait 3.600 entreprises cotées à la Bourse de New York
l'année dernière contre 7.500 en 1997, relève-t-il. 
    
    
    A Francfort et à Londres, le nombre d'entreprises cotées a
diminué respectivement de 45% et 20% entre 2003 et 2018,
souligne Indosuez.
    
    EFFET "PRIVATE EQUITY"
    La faiblesse des coûts de financement n'est pas la seule
explication du désamour pour les appels au marché en actions.
    Un autre motif réside dans l'abondance des fonds dont
disposent les spécialistes du private equity. 
    Au cours des quinze dernières années, plusieurs retraits
majeurs de la cote comme ceux de Dell Computers ou de Hilton
Hotels ont fait suite à des rachats par des fonds de private
equity. 
    Portés par des années d'argent très facile, ces fonds
disposeraient encore de quelques 1.000 milliards de dollars,
prêts à s'investir dans des entreprises qui ne souhaitent pas
faire appel public à l'épargne en émettant des actions. 
    "Tant qu'elles ont accès à des financements peu chers auprès
du private equity, les entreprises préféreront ne pas se coter
en Bourse", a dit Laurent Godin. "Je ne vois pas cela changer
dans un avenir prévisible."
    L'évolution des modèles d'affaires et plus largement de la
société est aussi un puissant facteur de renoncement au
financement en actions. Les nouvelles multinationales sont à
moins forte intensité capitalistique que les géants de
l'industrie d'hier. Une entreprise comme Facebook a besoin de
moins de fonds propres pour se lancer qu'un producteur de biens
d'équipement ou de ciment. 
    D'autres pionniers reposant sur l'économie collaborative ou
du partage, comme AirBnB ou Uber, mobilisent du capital existant
comme des appartements ou des voitures plutôt que de construire
des hôtels ou d'acquérir leur propre flotte automobile. 
    Les investisseurs ont aussi leur part de responsabilité
puisqu'ils sont plutôt à la vente sur les actions des
entreprises prévoyant une augmentation de capital et à l'achat
sur celles d'entreprises ayant annoncé des rachats d'actions. 
    Robert Buckland recommande ainsi d'acheter des actions
américaines en raison de la baisse de l'offre nette de titres
aux Etats-Unis. 
    Avec l'afflux de liquidités dans les fonds actions, le
risque de cette contraction de l'offre est celui de
valorisations excessives et de marchés qui défient la gravité. 
    "Il faut être réaliste et admettre que (...) peut-être la
vigueur des marchés ne reflète pas nécessairement la vigueur
continue des économies et des entreprises", prévient Kim
Forrest, gérante de portefeuille chez Fort Pitt Capital Group. 


    <^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^
Shrinking number of publicly-listed firms    https://reut.rs/2MZOT6Q
Equity supply    https://reut.rs/2xD6sVf
    ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^>
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique
Tison)
 

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