(Actualisé avec autres citations, contexte)
La ministre de la Transition écologique Monique Barbut a annoncé mercredi son départ du gouvernement au lendemain de l'adoption par le Parlement de la loi d'urgence agricole, dénonçant "le recul environnemental de trop" avec la réintroduction de deux néonicotinoïdes jusqu'ici interdits en France.
L'ancienne présidente du Fonds mondial pour la nature-France (WWF-France), qui répétait que "la politique n'est pas s on monde", a présenté sa démission au président Emmanuel Macron avant le conseil des ministres.
Convaincue par le chef de l'Etat d'intégrer l'équipe de Sébastien Lecornu en octobre dernier, elle avait fait savoir mardi que sa place n'était plus au gouvernement après le vote de la "loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles" par l'Assemblée nationale puis le Sénat.
Reçue mardi à Matignon par le Premier ministre, elle avait forgé sa conviction qu'une démission était inéluctable face à ce qu'elle considère comme une trahison, dans une déclaration postée sur le réseau Linkedin.
"J'ai annoncé hier au Premier ministre que les conditions de mon maintien au gouvernement n'étaient plus réunies et que je présenterai par conséquent ma démission au président de la République aujourd'hui", explique-t-elle.
En cause, la réintroduction dans la loi, par dérogation, du flupyradifurone et de l'acétamipride, deux pesticides interdits en France mais pas dans l'Union européenne. Cette dérogation ne pourra excéder trois ans. L'acétamipride sera réservé aux cultures de noisettes, le flupyradifurone aux cultures de betteraves, pommes et cerises.
CONCESSIONS
La mesure, introduite par la majorité sénatoriale de droite et du centre et maintenue dans le texte issu d'une commission mixte paritaire (CMP) de sept députés et sept sénateurs le 16 juillet, a divisé le bloc central et était vivement rejetée par l'opposition de gauche.
"Avec la ministre de l'Agriculture, nous étions initialement parvenus à un texte équilibré. Lors de son examen parlementaire, j'avais alerté sur les risques d'un détricotage de cet équilibre, notamment au Sénat. Il m'avait alors été garanti que la réintroduction d'un pesticide interdit mettrait un terme au parcours du texte", souligne Monique Barbut dans sa déclaration.
"Malgré les concessions déjà consenties sur la protection du loup, la politique de l'eau ou encore les installations classées, le Sénat a réintroduit cette disposition. Contrairement aux engagements qui m'avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure, pourtant souhaitée également par les députés", ajoute-t-elle.
Malgré une réunion de conciliation lundi à Matignon avant le vote à l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu avait finalement écarté l'option d'un amendement gouvernemental de suppression de la mesure contestée, laissant le soin au Parlement de trancher.
Tout en épinglant au passage le candidat à l'élection présidentielle Gabriel Attal, qui s'était prononcé en 2025 en faveur de l'acétamipride, interdit en 2016. "On ne peut pas dire au Salon de l'agriculture en février que nous aimons nos agriculteurs, et en juillet instrumentaliser à des fins politiciennes une loi utile pour notre souveraineté alimentaire", avait-il écrit sur X.
URGENCE ÉCOLOGIQUE
La décision de ne pas recourir à un amendement gouvernemental pour supprimer la réintroduction du flupyradifurone et de l'acétamipride a semé le trouble lundi soir à l'Assemblée nationale, l'ex-Premier ministre Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République (EPR), exprimant son incompréhension, avec l'appui notamment de Manuel Bompard (La France insoumise). Le patron de Renaissance a toutefois voté pour le texte.
"Sur le fond comme sur la méthode, ce revirement constitue, à mes yeux, le recul environnemental de trop", cingle Monique Barbut, affirmant son ambition de défendre "ce qui ne manifeste pas, ce qui ne vote pas et ce qui ne crie pas".
"Les forces qui s'y opposent sont devenues si puissantes que je ne dispose plus des moyens de mener à bien cette ambition."
La ministre avait de fait composé avec d'autres articles litigieux, comme le doublement des objectifs de stockage de l'eau à usage agricole à l'horizon 2035. De même avec la simplification des abattages de loups, qui se traduit notamment par l'autorisation de faire usage d'armes à lunettes infrarouge à visée nocturne et à vision thermique.
La démission de la ministre de la Transition écologique, la troisième depuis l'élection d'Emmanuel Macron en 2017 pour ce ministère aux avant-postes de la crise environnementale et climatique, intervient à un moment délicat pour les pouvoirs publics, confrontés aux conséquences de canicules à répétition et à des feux de forêts de grande ampleur.
"L'urgence écologique (...) ne quittera pas notre pays. Les arbitrages politiques passent mais les conséquences de nos décisions, elles, demeurent", déclare Monique Barbut.
(Rédigé par Sophie Louet et Nicolas Delame, avec la contribution de Zhifan Liu, édité par Jean-Stéphane Brosse et Benjamin Mallet)

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