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France-Au premier jour de son procès, l'ex-père Preynat face à son passé pédophile
Reuters14/01/2020 à 19:30

 (Actualisé avec autres témoignages)
    par Catherine Lagrange
    LYON, 14 janvier (Reuters) - "Il m'a fallu du temps pour
découvrir que c'était mal et condamné" : Bernard Preynat,
l'ancien prêtre du diocèse de Lyon poursuivi pour des atteintes
sexuelles sur mineurs, a souligné la gravité de ses actes mardi
au premier jour de son procès, ajoutant qu'il n'était pas
"évident" de s'avouer pédophile.
    Le procès de cette affaire médiatique, qui a eu des
retentissements au sein de l'Eglise de France mais aussi au
Vatican, s'est ouvert avec un jour de retard en raison de la
grève des avocats.
    Bernard Preynat, 74 ans, exclu par ses pairs en juillet
dernier, a exprimé dès l'ouverture des débats sa volonté de
transparence en assumant les faits qui lui sont reprochés -
faits, a-t-il expliqué, dont il a tardé à mesurer la gravité.
    "A l'époque, je ne me rendais pas compte de la gravité de
ces actes. Je savais que c'était interdit et condamnable, mais
je ne pensais pas aux conséquences de ces actes sur les
victimes", a-t-il déclaré, évoquant les agressions sexuelles sur
les jeunes scouts dont il avait la charge, des années 1970 à
1990.
    C'est seulement en 1991, lorsque ses agissements ont été
connus au sein de la paroisse et que sa hiérarchie l'a écarté,
que le père Preynat dit avoir réalisé.
    "Après mon départ de la paroisse, j'ai surtout été touché
par les réactions des parents. C'est cela qui m'a donné
conscience de la gravité de ce que j'avais fait", a-t-il dit à
la barre.
    Et de poursuivre : "C'était des gestes sans violence, des
gestes de tendresse par lesquels je trouvais un certain plaisir.
Il m'a fallu du temps pour découvrir que c'était mal et condamné
vu l'âge des enfants".
    Bernard Preynat assure ne plus avoir touché d'enfants après
1991.
    "Il n'est pas évident de dire qu'on est pédophile, qu'on est
attiré par de jeunes garçons. Ce n'est pas un aveu qu'on fait
facilement".
   
    "ÇA M'APPORTAIT DU PLAISIR SEXUEL"
    Confronté à deux de ses victimes qui ont raconté les
étreintes, les caresses et les baisers qui leurs étaient
imposés, Bernard Preynat leur a demandé pardon.
    Il a dit comprendre leur souffrance, mais a minimisé le
caractère sexuel de ses actes.
    "Si je lui ai enlevé son chapeau et ses lunettes, c'était
juste pour lui faire des bisous sur les yeux et les sourcils,
les yeux, c'était ma manie. Il n'y avait pas de baiser sur la
bouche, mais sur les yeux", a-t-il précisé, contredisant le
récit des victimes.
    Interrogé sur la fréquence de ses actes, il a indiqué qu'il
s'en prenait aux enfants quasiment tous les week-ends, et
pendant les camps scouts, quatre à cinq fois par semaine.
    Pressé par les avocats, il a fini par lâcher : "Oui, c'est
vrai, ça m'apportait du plaisir sexuel. Maintenant, je le
reconnais."
    L'ancien prêtre a été confronté au total à dix victimes dont
les témoignages - pour certains à huis clos ou sous le sceau de
l'anonymat - ont mis à mal son exposé des faits.
    L'un décrit "des baisers sur la bouche, des caresses sur le
sexe, des masturbations". Bernard Preynat ne reconnaît "que des
caresses et des bisous sur les yeux et les sourcils". Un autre
évoque "ses gestes circulaires effectués sur son sexe ». Il
réfute encore.
    Et quand la même victime évoque « plus d'une cinquantaine
d'agressions commises en deux ans", le septuagénaire se fâche
presque. "Ce n'est pas possible! Ça s'est passé plusieurs fois,
je veux bien aller jusqu'à une dizaine mais pas plus que ça".
    Face au témoignage d'un ancien scout qui a décrit ses
problèmes de santé, doublés de difficultés professionnelles et
relationnelles - "J'ai une vie pourrie, c'est très très
compliqué pour moi, face à un homme qui ne veut pas admettre ce
qu'il a fait" -, Bernard Preynat s'est insurgé : « Je ne pense
pas être responsable de tout ce mal ».
    Le prévenu risque dix ans d'emprisonnement et 150.000 euros
d'amende.

 (Edité par Sophie Louet)
 

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