Le siège de la Fed, à Washington. (Crédits: Federal Reserve)
Par Christophe Boucher, Directeur des investissements chez ABN AMRO Investment Solutions
"Le scénario le plus favorable aux marchés est celui d'une « action hawkish, trajectoire dovish » : une hausse de 25 pb accompagnée d'une remontée limitée des points (« dots ») pour 2027. Le principal risque pour les actions et la duration ne réside pas dans la hausse de septembre elle-même, mais dans la validation d'un cycle de plusieurs hausses à un moment où le Treasury à 10 ans se situe déjà autour de 5 %.
Une hausse de 25 pb constitue désormais notre scénario central. Nous anticipons que la Fed relèvera la fourchette cible à 3,75–4%. La surprise serait désormais une absence de hausse plutôt qu'une hausse. Ce rapide changement de prix de marché reflète la persistance de l'inflation, la solidité des données d'activité et du marché du travail et, de plus en plus, les implications inflationnistes d'un cours du pétrole supérieur à 100 dollars.
Mais la décision elle-même est presque secondaire. La question clé est la suivante : s'agit-il d'une hausse isolée ou du début d'un nouveau cycle de resserrement ? Une hausse peut encore être présentée comme un recalibrage — une tentative de préserver le processus de désinflation et de maîtriser les anticipations d'inflation — plutôt que comme le début d'une série de mesures de resserrement.
Si Warsh s'abstenait de relever les taux demain, cela pourrait sérieusement entamer sa crédibilité. Une telle décision pourrait inciter les investisseurs à exiger une prime de risque d'inflation encore plus élevée, exerçant ainsi une pression haussière supplémentaire sur les rendements à long terme.
Surveiller davantage les «dots» que la hausse des taux
Cette réunion comprend de nouvelles projections économiques («Summary of Economic Projections») : les «dots» médians des taux directeurs pour 2026 et, surtout, pour 2027 permettront de déterminer si le Comité considère septembre comme un ajustement ponctuel ou s'il estime qu'une trajectoire de taux sensiblement plus élevée est nécessaire.
Il faudra également surveiller la dispersion des «dots». Le Comité était déjà divisé en juillet : Hammack, Kashkari et Logan avaient voté en faveur d'une hausse de 25 pb, tandis que la majorité avait maintenu les taux inchangés. La distribution des projections autour de la médiane pourrait donc être plus révélatrice que la médiane elle-même quant à la probabilité d'un nouveau resserrement.
Les projections d'inflation seront déterminantes. Nous nous concentrerons sur l'ampleur de la révision par la Fed de ses projections d'inflation sous-jacente pour 2026/2027, et sur la question de savoir si elle considère la récente détérioration comme principalement liée à l'énergie ou comme le signe que la désinflation sous-jacente a marqué un coup d'arrêt. L'IPC sous-jacent d'août a progressé de 0,3% sur un mois et de 2,4% sur un an, tandis que l'IPC global est resté à 3,4%.
Le langage employé par Warsh sera déterminant. En particulier : présentera-t-il la politique monétaire comme étant toujours simplement suffisamment restrictive, ou signalera-t-il que le taux neutre/restrictif est plus élevé qu'on ne le pensait auparavant ? Et mettra-t-il l'accent sur la dépendance aux données, la persistance de l'inflation, les anticipations d'inflation ou la nécessité de préserver la crédibilité de la Fed ? Ce dernier élément serait nettement plus hawkish.
La réaction des rendements à long terme pourrait être plus importante que celle des Fed funds. Le Treasury américain à 10 ans est déjà repassé au-dessus de 5%, son plus haut niveau depuis 2007. Si la Fed valide une série de hausses alors que les rendements à long terme continuent d'augmenter, les conditions financières pourraient se resserrer beaucoup plus fortement que ne le laisserait penser la seule hausse supplémentaire de 25 pb.
Le risque d'une hausse de taux plus marquée demeure, mais nous le jugeons limité. Toutefois, compte tenu de la résilience de l'économie américaine, une deuxième hausse pourrait s'avérer nécessaire pour accélérer le retour de l'inflation vers sa cible. Nous anticipons que celle-ci interviendrait en décembre, après les élections et en fonction de l'évolution des données et de l'actualité".
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