* Un coût environnemental "exorbitant" pour les habitants
* Un projet de taxation des croisiéristes rejeté
* Les quartiers défavorisés de Marseille sont pénalisés
* Premières mesures de lutte contre la pollution
par Jean-François Rosnoblet
MARSEILLE, 5 juillet (Reuters) - "On n'est pas la poubelle
de Marseille". Premier port de croisières français avec plus de
500 escales annuelles, la deuxième ville de France profite de la
manne financière générée par cette activité touristique, mais
les habitants des quartiers Nord dénoncent son coût
environnemental exorbitant.
Pendant le premier week-end de juillet, la cité phocéenne a
accueilli cinq mastodontes des mers qui se sont alignés le long
du môle Léon-Gourret, le terminal "méga paquebots" du Grand Port
Maritime de Marseille (GPMM), au nord de la ville.
Le plus grand paquebot du monde, le Symphony of the Seas,
était à quai mardi. Le navire de l'armateur américain Caribbean
Cruises Ltd, sorti en mars du chantier naval STX de
Saint-Nazaire, poursuit sa saison inaugurale en Méditerranée
avec ses 7.000 passagers et 2.000 membres d'équipage avant de
gagner à l'automne son port d'attache de Miami (Etats-Unis).
"Les retours économiques sont indéniables", dit
Jean-François Suhas, président du Club de la Croisière
Marseille-Provence en charge du développement de l’activité.
Selon une étude réalisée par la Chambre de commerce et
d'industrie Marseille-Provence, elle a généré 310 millions
d'euros de retombées économiques en 2016, soit l'équivalent de
2.000 emplois temps plein, créés ou conservés.
Elle a aussi permis de relancer la réparation navale dans la
deuxième ville de France, qui avait été mise à terre par la
crise pétrolière et l'émergence de la concurrence asiatique.
La réouverture de la forme 10 du port de Marseille, la plus
grande cale sèche d'Europe avec ses 465 mètres de long et 85
mètres de large, permet de réparer et d'entretenir les plus gros
navires de croisière actuellement sur le marché.
PAS DE TAXE DE SÉJOUR
Mais le boom de la croisière fait réagir l'opposition
socialiste, qui a tenté de faire voter le 25 juin par le conseil
municipal une taxe de séjour sur les croisiéristes, un
amendement rejeté par la majorité Les Républicains.
"Aucun euro n'est réclamé aux multinationales de la
croisière qui bénéficient pourtant lourdement des
infrastructures et services municipaux", observe le chef de file
Parti socialiste à Marseille, Benoît Payan. "Chaque touriste
s'acquitte normalement d’une taxe de séjour (...) sauf les 1,5
millions de croisiéristes qui font escale à Marseille."
Selon l'élu socialiste, les recettes correspondantes
auraient pu par exemple "servir à lutter contre la pollution
atmosphérique qu'engendrent ces bateaux".
En juillet 2017, France nature environnement (FNE) estimait
le nombre de particules fines dans l’air jusqu’à 100 fois plus
élevé à proximité du port qu’ailleurs dans la ville.
"Des gens non fumeurs de nos quartiers meurent de pathologie
respiratoire", dit à Reuters Wilfrid Robion, le président de Cap
au Nord, une association qui regroupe les habitants des XV et
XVIe arrondissements de la ville, qui souligne que les navires
brûlent du "fioul lourd moins cher et dont personne ne veut".
"On n'est pas la poubelle de Marseille", ajoute-t-il.
L'amertume dans ces quartiers défavorisés est d'autant plus
grande que les habitants ne bénéficient guère des retombées
économiques générées par l'activité croisière.
"Les touristes, on ne les voit pas dans les quartiers Nord",
dit le président de Cap au Nord.
PREMIÈRES MESURES
Si? du côté de la municipalité, on affirme "être vigilant",
armateurs et direction du port de Marseille se sont engagés à
réduire l'impact environnemental des navires à quai.
Le groupe italien Costa, leader européen de la croisière, et
le port vont notamment déployer des technologies de nettoyage
des gaz permettant d’éliminer jusqu’à 97,1% du dioxyde de
souffre et environ 90% des particules fines.
"Nous ne souhaitons pas être une menace", a déclaré en avril
le PDG du groupe Costa, Michael Thamm.
Le groupe Costa s’est engagé à déployer des navires
propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL), dont le premier
exemplaire à sortir des chantiers de construction finlandais, le
Costa Smeralda, est attendu en avril 2019 à Marseille.
La compagnie italienne, dont les 27 navires sont la
propriété du groupe Carnival CCL.L , le plus important
opérateur mondial de croisières, dit avoir déjà réduit d’un
tiers la consommation d’énergie à bord de ses bateaux, qui
représentent chacun l'équivalent d'une ville de 6.000 personnes.
Le port de Marseille a pour sa part été le premier en France
à installer un système de branchement électrique pour les
ferries, un dispositif qui pourrait être à terme utilisé par les
navires de croisière pour passer du fonctionnement moteur à
l’alimentation électrique "sans rupture de service" à bord.
Un "changement de paradigme" que le groupe Costa dit déjà
avoir pris en compte avec une majorité des navires de sa flotte
capable techniquement de se connecter électriquement à quai.
Leader français sur le marché de la croisière, Marseille a
accueilli l’an dernier 1,486 million de passagers et en attend
en 2018 1,75 million grâce à 513 escales assurées par 88 navires
différents opérés par 31 compagnies.
Marseille a ravi la quatrième place méditerranéenne sur le
marché des croisières à Venise, qui a mis un frein au
développement du secteur pour des raisons environnementales.
Selon les chiffres communiqués en mars 2017 par le Cruise
Lines International Association France (CLIA France),
l’Allemagne reste leader d’un marché européen en croissance de
3,4% en 2016, à 6,674 millions de passagers, devant le
Royaume-Uni, l’Italie, la France et l’Espagne.
(Edité par Yves Clarisse)
FEATURE-Les croisières n'amusent plus les Marseillais
information fournie par Reuters 05/07/2018 à 11:55
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