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Ekinops : pourquoi un tel rebond sur les marchés ? (Cercle des analystes indépendants)

Boursorama 21/07/2016 à 11:55

Cours de Bourse d'Ekinops depuis le début de l'année. Le 12 juillet, la valeur a bondi de 37,23%. Jérôme Lieury (Cercle des analystes indépendants) en explique les raisons.

Ekinops, un titre du compartiment des small-caps (voire des nano-caps), a bondi de +37% le 12 juillet au matin, après un parcours plutôt baissier jusque là, soit -27% depuis le début de l'année. Explication de ce mouvement violent, que l'on pourrait presque qualifier de saut quantique : la société commence à accéder à la respectabilité boursière, tout simplement.

De fait, petit équipementier télécom, PME "High Tech" quasi débutante, mais avec des produits innovants, introduit en Bourse il y trois ans à peine, Ekinops a enfin gagné son premier référencement chez un grand client "tier one", en l'occurrence un "blue chip" du secteur appelé Orange. Ce qui change tout apparemment, puisque les annonces précédentes, aussi positives soient-elles : un chiffre d'affaires en progression de +116% au deuxième semestre 2015, et de +20% depuis le début de l'année, n'avaient aidé en rien le cours du titre.

Comme quoi, il ne suffit pas d'être bon dans ce qu'on fait : il faut aussi être (re)connu.

Ce qui est loin d'être évident pour Ekinops, dont la taille est encore un peu confidentielle, avec un chiffre d'affaires de 15M€ en 2015. Toutefois, et autant qu'il soit possible d'en juger pour le boursier de base non-technicien qui plus est, Ekinops semble plutôt très bon dans ce qu'il fait: des équipements pour grandes infrastructures télécoms à très haut débits en fibre optique, des équipements aux fonctionnalités programmables, très compatibles avec ceux des autres, ce qui aide bien quand les technologies s'empilent dans les réseaux, et, surtout, "scalables", c'est-à-dire permettant aux opérateurs de gérer au mieux la montée en puissance accélérée de leurs réseaux. Car il faut passer du 10 Gigabits au 40 Gigabits, puis au 100, puis au 200 Gigabits, et ainsi de suite, parce que la demande de capacités est en augmentation forte et rapide : les communications passent de plus en plus par Internet, entre l'informatique d'entreprise gérée dans le "cloud", avec des logiciels vendus "au compteur" sous forme de "software as a service", et l'invasion du streaming vidéo, qui remplace à toute vitesse (et pas que chez la génération Y) la vieille télévision "linéaire" de Papa.

En d'autre termes, le marché est plus que porteur, et Ekinops, pour autant qu'on le sache, a les bons produits. Et, ce qui ne gâte rien, sa direction fait ce qu'elle dit : i) l'activité est bien repartie comme prévu, après un passage à vide qui a duré l'année 2014 et le début de 2015, et, ii) le premier grand client est là, comme prévu aussi, alors que, iii), de nouveaux moins grands clients, des opérateurs de boucles locales, se rallient aussi aux solutions de la société, toujours comme prévu. Vraisemblablement parce que la société a bien investi depuis deux ans autant dans sa R&D que dans sa force de vente.

Jusqu'ici tout va bien, mais il y a, quand même, un revers à la médaille, le "flipside" comme disent nos ex-amis anglais : pour parler crûment, Ekinops ne gagne pas d'argent, tout simplement. Pire encore, la société n'en a pas gagné depuis le début de son existence boursière, et n'en gagnera vraisemblablement pas encore cette année, bien que ses affaires aient pris un tour plus, voire très, favorable. Ce qui est en principe assez rédhibitoire aux yeux de l'investisseur boursier moyen.

Alors, comment imaginer la suite ? Une suite que le marché, qui a toujours raison, en principe (mais pas toujours au bon moment), a l'air de considérer comme positive : avec une capitalisation boursière de 32M€ environ, la société a une valorisation qui n'est pas celle d'une société sans potentiel, et son titre n'est pas un "penny stock".

On se doit d'écouter ce que dit le marché, c'est bien connu, et, partant de là, on peut trouver quelques explications raisonnables au fait que Ekinops ait toujours droit à quelques égards : i) toujours pour parler crûment, il y a encore assez d'argent dans la caisse a priori pour tenir jusqu'à ce que le point mort soit dépassé, ii) un point mort qui se situe éventuellement aux alentours de 20M€ de chiffre d'affaires, qui n'est donc plus très loin si la progression continue à ce rythme, et si la marge brute, l'argent fabriqué par les ventes, et avec lequel on paie tout, reste à ce niveau de 50% de ce chiffre d'affaires, qui est le bon selon la direction.

Bref : Ekinops n'est plus très loin d'accéder à la pérennité, ce qui, incidemment, n'est pas du luxe pour une affaire cotée, mais est aussi l'autre bonne raison pour laquelle Orange, ou plutôt son service achat, a fini par craquer.

Sans parler du fait qu'Ekinops, avec sa technologie innovante, validée, et économe en électricité, ce qui n'est pas anodin dans le monde des télécoms, pourrait, un jour, éventuellement, intéresser un grand industriel du secteur. Un secteur très mature en fait, même si la technique y progresse toujours vite, et très consolidé, avec quelques très gros acteurs seulement : Nokia, Ericsson, Cisco, Hua Wei, et ZTE.

Ne nous emballons pas trop, toutefois : avec ses 18-19M€ de chiffre d'affaires attendus pour cette année, Ekinops est encore un tout petit poisson, vraisemblablement trop petit pour les mailles des filets des grands du secteur. Mais la confiance gagnée chez Orange, qui a la réputation de ne pas lésiner sur la qualité de son réseau, est aussi vraisemblablement un début, et une ouverture vers d'autres grands opérateurs "historiques". Qui tiennent toujours le haut du pavé, ne l'oublions pas.

Et, comme il est écrit : "petit poisson deviendra grand…".

Jérôme Lieury pour le Cercle des Analystes Indépendants.

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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