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ECLAIRAGE-Le débat "growth" contre "value" loin d'être tranché sur les marchés
Reuters12/02/2019 à 13:24

    * Sursaut du style "value" après des années de
sous-performance
    * Mais le choix "growth" contre "value" n'est pas si évident
    * Le caractère cyclique en question pour les deux
    * Conséquence, des stratégies radicalement différentes cette
année

    par Blandine Henault
    PARIS, 12 février (Reuters) - Après des années de
sous-performance, le style "value" commence à retrouver de
l'intérêt auprès des investisseurs qui avaient jusqu'ici préféré
les valeurs dites "growth", mais le choix entre ces deux
thématiques d'investissement est loin d'être unanime pour 2019.
    En cause, l'absence d'une définition claire de ces deux
styles d'investissement qui peut conduire à des stratégies de
gestion radicalement opposées cette année.
    L'approche classique des fournisseurs d'indice, type MSCI,
repose sur une classification "growth" (croissance) contre
"value" basée uniquement sur des critères de valorisation,
notamment le ratio "price to book" (cours sur valeur de
l'actif).
    "L'univers de valeurs est coupé en deux et vous classez les
50% d'entreprises les moins chères dans la 'value' et les 50%
les plus chères dans la 'croissance'", explique Bernard Aybran,
directeur de la multigestion chez Invesco.
    "Mais dès que l'on s'écarte de cela, on a des
classifications moins consensuelles avec des approches qui
peuvent être très différentes selon la gestion factorielle par
exemple". 
    Les univers "growth" et "value" sont ainsi devenus plus
mouvants. Une définition généralement acceptée consiste à juger
comme "value" des sociétés dont le modèle d'affaires est éprouvé
et pour lequel le taux de croissance organique est faible. 
    A l'inverse, les valeurs dites "growth" ou de "croissance"
ont davantage de capacité de croissance organique et une
meilleure visibilité sur leurs performances futures; elles sont
donc beaucoup plus chères que la "value". 
    La classification "growth" et "value" est d'autant plus
délicate que certains secteurs peuvent changer de catégorie au
fil des ans avec l'amélioration ou la dégradation de leur
"business model".
    Actuellement, les investisseurs s'accordent pour classer
dans les valeurs de croissance le segment technologique ou du
luxe. Les valeurs financières, des télécoms ou encore des
services aux collectivités sont plutôt considérées comme de la
"value".
    Mais ce paysage actuel des valeurs "growth" et "value" est
responsable d'une certaine confusion auprès des investisseurs.
    
    QUI EST CYCLIQUE ?
    Traditionnellement, le segment "value", avec des secteurs
industriels lourds comme les matières premières ou l'automobile,
est considéré comme plus cyclique que le style "growth". 
    Mais certains gérants jugent désormais que ce sont les
valeurs de croissance les plus exposées actuellement au cycle
économique et donc les plus sensibles à une détérioration de la
conjoncture.
    La correction fin 2018 des valeurs de la technologie liée
aux craintes d'un ralentissement de l'économie mondiale a accru
ce sentiment. 
    "Certains investisseurs se sont demandés pourquoi détenir
ces actions de croissance dont ils pensaient qu'elles leur
apporteraient un peu de sécurité quand le marché commence à
s'agiter", souligne Richard Brown, gérant de portefeuille
spécialisé dans les actions européennes chez Janus Henderson.
    En pointe dans le segment "growth", le secteur technologique
regroupe certains segments très cycliques comme les
semi-conducteurs. Et la prépondérance prise par la demande
chinoise dans les performances de certains géants comme Apple
 AAPL.O  ou LVMH  LVMH.PA  les a sensibilisés au cycle
économique.
    "Il est vrai que le pourcentage de valeurs cycliques dans la
'value' est bas par rapport à la moyenne historique. Aux
Etats-Unis, elles représentent 7% actuellement contre 13% en
moyenne depuis 1996", observe Stéphane Déo, stratège chez La
Banque Postale AM (LBPAM).  
    Parallèlement, le segment "value" regroupe des secteurs à
fort dividende, comme les télécoms ou les "utilities", des
segments appelés aussi "de rente" souvent plébiscités dans des
périodes de marché troublé.
    De cette confusion découlent des stratégies d'investissement
qui peuvent être à l'opposé l'une de l'autre pour cette année.
    
    UNE SURPERFORMANCE HISTORIQUE DE LA CROISSANCE
    Depuis la crise de 2008, le style "growth" a largement été
plébiscité par les investisseurs au détriment du style "value",
ce qui a encore creusé les écarts de valorisation entre ces deux
thèmes.
    
    
    "On a très clairement un mouvement violent anti-value depuis
dix ans", observe Stéphane Déo. 
    Cette surperformance historique du style "growth" s'explique
d'abord par les performances explosives des valeurs
technologiques depuis la dernière crise face au parcours
médiocre des financières, très présentes dans le segment
"value". 
    La faiblesse des taux d'intérêt sur les dix dernières années
est un autre élément d'explication. "Plus on a des taux
d'intérêt bas, plus on se projette loin dans l'avenir et plus la
croissance va avoir de l'importance dans la valorisation",
explique Régis Bégué, directeur de la gestion actions chez
Lazard Frères Gestion.
    L'année 2018 n'a pas fait exception en termes de
surperformance de la croissance mais les remous de fin d'année
sur les marchés d'actions semblent néanmoins avoir remis en
cause cette tendance de long terme. 
   
    
    Pour les partisans d'un style "value" moins cyclique, la
dégradation de la conjoncture plaide pour un retour en grâce de
cette thématique.
    "Les valeurs décotées ont tendance à mieux résister. Elles
ne sont déjà pas très chères et elles sont moins cycliques, donc
nous avons naturellement tendance à venir vers la 'value'",
indique ainsi Frédéric Rollin, conseiller en investissements
chez Pictet AM.
    "C'est un nouveau positionnement sur lequel nous ne sommes
pas encore très prononcés. Nous orientons progressivement les
portefeuilles vers ce type de stratégie".
    De quoi prédire enfin un retournement en faveur de la
"value" contre la "growth" en 2019 ? 
    "On y croit mais nous restons prudents en raison du poids
des financières dans l'indice 'value'", commente pour sa part
Stéphane Déo, tout en mettant en garde contre la 'value trap', à
savoir des dossiers décotés à juste titre en raison de la
faiblesse intrinsèque de leur modèle d'entreprise.
    
    AU-DELÀ DU MATCH "GROWTH-VALUE"
    Pour d'autres investisseurs, adeptes d'un biais défensif de
la "croissance", le contexte trouble pour l'économie mondiale et
les marchés financiers incite au contraire à se positionner sur
le segment "growth".
    Certaines grosses maisons de gestion, comme Carmignac,
favorisent ainsi toujours ce style, en mettant en avant des
valeurs comme Facebook  FB.O .
    "Comme les perspectives de croissance économique ont
tendance à diminuer, tout supplément de croissance des résultats
sera valorisé. Ce qui plaide a fortiori pour une poursuite de la
surperformance de la croissance", indique Bernard Aybran, chez
Invesco.
    "Mais on peut jouer le style 'value' si l'on n'est pas trop
pessimiste sur le cycle économique", ajoute-t-il.  
    C'est le cas notamment des gérants de Lazard Frères, comme
l'explique Régis Bégué: "on a surjoué le ralentissement
économique et nous attendons une meilleure dynamique en 2019. En
outre, la 'value' n'est vraiment pas chère et l'automobile
pourrait constituer un 'driver' important. Le secteur a beaucoup
souffert pour des raisons temporaires et il pourrait se
retourner dans le courant de l'année".
    Le gérant nuance toutefois: "il faudrait un déclencheur sur
les taux pour favoriser la 'value' et on a du mal à le voir à
court terme".
    Au final, ce contexte confus sur la croissance et
l'affrontement "value-growth" pousse certains investisseurs à
repousser l'opposition basique entre les deux thématiques en se
positionnant sur d'autres stratégies.
    La gestion factorielle, à mi-chemin entre la gestion active
et indicielle, a fait surgir des classifications supplémentaires
comme le "momentum" (investissement basé sur la performance), la
qualité (croissance et faible endettement) ou la "low vol"
(faible volatilité).
    "Je suis moins convaincu que l'arbitrage growth-value est
pertinent à ce stade", indique ainsi Xavier Denis, responsable
de la recherche chez Lyxor AM.
    "Le match growth-value devrait s'équilibrer et nous
préférons donc un compromis entre les deux en optant pour des
valeurs dite de qualité avec une rentabilité en hausse, un
faible niveau d'endettement et une visibilité sur les
perspectives de revenus et de résultats".

    <^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^
"Growth": une phase de surperformance historiquement longue    https://tmsnrt.rs/2E5oa7v
Depuis fin 2018, la "value" fait un peu mieux que la "growth"   
https://tmsnrt.rs/2E75ggA
    ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^>
 (Édité par Patrick Vignal)
 

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