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"Drôle de monde. Ce que fait et défait la déflation" par Véronique Riches-Flores (Cercle des analystes indépendants)
Boursorama05/02/2015 à 18:08

La peur de la déflation dicte désormais l'action des grandes banques centrales

La décision de la BCE sur la Grèce est une initiative malheureuse selon Véronique Riches-Flores, économiste, fondatrice de RF Research et membre du Cercle des analystes indépendants.

S'il a peu, on pouvait encore s'interroger sur ce que signifie la déflation, les dernières semaines nous en ont donné quelques illustrations et force est de constater que plus aucune règle du jeu d'un régime d'inflation et de croissance ne semble y avoir résisté.

  • La chute des prix du pétrole ne réjouit plus mais catalyse les craintes d'amplification des pressions à la baisse des prix et des salaires. C'est ainsi, paradoxalement, sur l'éventualité d'une remontée des cours de l'or noir que semble reposer tout espoir de rebond durable des marchés d'actions internationaux.
  • Les banquiers centraux ne visent plus la stabilité mais cherchent au contraire à bousculer l'inertie de comportements figés par la déferlante de pressions déflationniste mondiales, tentant par tous les moyens de créer la surprise, au risque de participer, aussi, à rigidifier in fine une bonne partie des flux de capitaux.
  • Leurs tentatives d'assouplissement monétaire ne sont pas applaudies mais suspectées de valider le diagnostic redouté, conduisant souvent à des réactions inverses à ce qu'elles produisent en temps normaux.
  • La perspective de taux d'intérêt durablement bas ne permet plus d'espérer une reprise du crédit et de l'investissement mais menace d'un regain d'instabilité financière dans les pays les plus endettés de la planète et de la création des poches spéculatives sur les actifs que les banquiers centraux protègent.
  • Les États sont rémunérés par les investisseurs pour leur offrir l'accès aux rares actifs sur lesquels les gains en capital semblent garantis, plutôt que d'être sanctionnés par la faible rémunération qu'ils offrent ou le risque assorti à la dégradation de leur signature (l'État finlandais  a vendu hier un milliard d'euros d'obligations à 5 ans à un taux négatif de -0,017%).
  • Les plus fervents défenseurs de l'austérité en Europe se retrouvent pied au mur avec des ratios d'endettement publics qu'ils ne peuvent maitriser. La dette publique finlandaise est ainsi en passe de s'éloigner de la sacro-sainte limite de 60 % du PIB local, risquant au vu de la situation du pays d'enclencher une spirale à la hausse dont on ne peut prédire où elle aboutira si le gouvernement campe sur ses positions.
  • Enfin, les épargnants dont on a coutume de dire qu'ils préfèrent la déflation à l'inflation dans nos économies vieillissantes voient le rendement de leurs actifs fondre comme neige au soleil et leurs revenus financiers suivre le même chemin. L'amélioration du pouvoir d'achat de ces derniers l'emportera-t-elle vraiment sur leur confiance et celle qu'ils peuvent avoir pour leurs descendants ? On peut en douter.

Alors, dans un tel contexte, les voix dissonantes font du bien. C'est en cela que celle d'Alexis Tsipras recueille une adhésion dissimulée mais vraisemblablement plus large que généralement admis. C'est en cela aussi que les bâtons dans les roues d'une résolution décente du cas grec, que des initiatives malheureuses, comme celles de la BCE hier, pourraient représenter, semblent particulièrement malvenues.

Véronique Riches-Flores

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

8 commentaires

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  • andre541
    09 février09:53

    Hé oui, c'est la sempiternelle fuite en avant du " toujours plus".Lisez Confucius ou Lao Tseu : La sagesse veut que l'on fasse avec ce que l'on a et non pas avec ce que l'on voudrait avoir.En France, nous sommes dans un des derniers pays " COMMUNISTE " L'on sait par expérience ce qu'il en est advenu......

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