Corée du Sud : un transfert crypto à l'étranger pourrait déclencher une surveillance mensuelle
La Corée du Sud prépare un nouveau dispositif de surveillance des cryptomonnaies. Un seul transfert vers l'étranger pourrait suffire à déclencher une déclaration mensuelle des avoirs détenus sur les plateformes locales, même en l'absence de nouvelles transactions. Jusqu'à 1,27 million d'utilisateurs seraient potentiellement concernés par cette mesure prévue pour décembre.
Un simple transfert à l’étranger comme déclencheur
La Corée du Sud s'apprête à renforcer considérablement la surveillance des cryptomonnaies. Un seul transfert vers l'étranger, même ancien, pourrait bientôt suffire pour que les avoirs d'un investisseur soient déclarés chaque mois à la Banque centrale. Jusqu'à 1,27 million d'utilisateurs seraient potentiellement concernés par ce dispositif, dont l'entrée en vigueur est prévue en décembre.
Selon les révélations publiées ce vendredi par les quotidiens sud-coréens Digital Times et Seoul Shinmun, la Banque de Corée entend collecter les soldes détenus sur les plateformes nationales par tous les utilisateurs ayant effectué au moins un transfert international depuis le 19 juillet 2024.
Et peu importe qu'ils aient cessé toute activité depuis : les comptes inactifs, les cryptomonnaies retirées de la cotation et les actifs placés en staking seraient également concernés. Une seule opération transfrontalière, y compris via un wallet personnel, pourrait ainsi entraîner un suivi mensuel des avoirs, même en l'absence de nouvelles transactions.
Ces informations proviennent d'un manuel transmis le 2 octobre par la Banque de Corée à DAXA, l'association des principales plateformes crypto du pays. Le document a été obtenu par le bureau du député Park Soo-young, membre du Parti du pouvoir au peuple.
1,27 million d’investisseurs potentiellement concernés
Selon les données communiquées par le député, 1 272 878 utilisateurs des cinq principales plateformes coréennes ont effectué au moins un transfert transfrontalier entre le 19 juillet 2024 et fin septembre de cette année.
Le dispositif prévoit deux obligations distinctes. D’un côté, une déclaration quotidienne des transferts, avec identification de l’expéditeur, du destinataire et des détails de l’opération, transmise le lendemain avant 11 heures. De l’autre, une déclaration mensuelle des soldes détenus par les utilisateurs concernés, incluant leur identité et leurs avoirs sur les plateformes coréennes.
Les documents décrits par la presse coréenne mentionnent notamment le numéro national d’identification des résidents. L’objectif est de rapprocher les transactions crypto d’informations permettant d’identifier directement les utilisateurs.
Une collecte jugée disproportionnée
Le député Park Soo-young a dénoncé une collecte excessive de données. « Examiner l’ensemble des informations d’un utilisateur de crypto-actifs au seul motif qu’il a effectué ne serait-ce qu’un transfert international constitue une collecte excessive de données personnelles », a-t-il déclaré.
Mais le gouvernement justifie cette mesure par la lutte contre les transferts illégaux de capitaux, le blanchiment et le contournement des règles de change.
Le 7 octobre, le ministère sud-coréen des Finances a ainsi publié un projet de décret d’application de la loi sur les transactions de change. Celui-ci prévoit que les prestataires crypto communiquent leurs informations à la Banque de Corée, qui les centraliserait avant de les partager avec l’administration fiscale, les douanes, le superviseur financier et la cellule de renseignement financier.
Les montants en jeu sont considérables. Au premier semestre 2026, les transferts sortants des plateformes crypto sud-coréennes ont atteint 62 800 milliards de wons, soit environ 42,3 milliards d’euros. Sur ce total, 51 700 milliards de wons (34,8 milliards d’euros) sont passés par le système de « whitelist », qui permet notamment les transferts vers des plateformes étrangères ou des wallets personnels préalablement autorisés.
La mesure doit entrer en vigueur le 3 décembre, sous réserve des textes définitifs. Cette réforme intervient alors que la Corée du Sud prévoit également de taxer les gains sur les cryptomonnaies à partir du 1er janvier 2027, après plusieurs reports. Les gains annuels supérieurs à 2,5 millions de wons seraient soumis à une imposition globale de 22 %, prélèvement local compris.
Sources : Seoul Shinmun , Digital Times , Financial Services Commission , Ministère sud-coréen des Finances
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