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Alliances entre petites et grandes entreprises : échecs ou succès ? (Raise)

Boursorama01/03/2016 à 17:43

Les entreprises du CAC40 s'intéressent de plus en plus aux partenariats avec des petites entreprises, observe Raise dans une étude intitulée ''David avec Goliath''.

En France, des cloisons existent toujours entre petites et grandes entreprises. Pour autant, celles-ci collaborent de plus en plus ensemble, explique la société de capital investissement Raise dans son étude « David avec Goliath » présentée mardi soir devant Emmanuel Macron.

« David avec Goliath » : tout est dans le titre. L’étude publiée par Raise (société de capital-investissement créée en 2013) mardi 1er mars, en collaboration avec le cabinet de conseil Bain & Company, fait le bilan du monde de l’entreprise français en s'intéressant particulièrement aux alliances entre grands groupes et petites entreprises françaises.

« L’étude s’appuie sur des entretiens approfondis auprès de 40 grandes entreprises françaises et groupes internationaux implantés en France, sur un sondage mené par OpinionWay auprès d’un échantillon de 126 fondateurs ou dirigeants des jeunes entreprises (…), ainsi que sur plus de 15 entretiens approfondis avec les (…) jeunes entreprises, fonds d’investissements, incubateurs et pouvoirs publics », résume Raise pour présenter la méthodologie de son étude.

Le monde de l’entreprise connaît en France un « effet sablier »

« En France, il est facile de créer une entreprise, mais moins facile de la faire grandir » affirme Gonzague de Blignières, cofondateur de Raise et Président de Raise Investissement, pour qui « en France, le monde de l’entreprise connaît un effet sablier ».

L’« effet sablier » désigne la présence de nombreuses grandes entreprises et de nombreuses petites entreprises en France, mais avec un relatif déficit d’entreprises intermédiaires.

En bas de l’échelle, on observe un « dynamisme dans la création d’entreprises en France : 320.000 entreprises créées chaque année, un niveau comparable à celui de nos voisins européens et des Etats-Unis », soulève l’étude. Le chiffre montre au passage que les Français sont loin d’être frileux vis-à-vis de l’entreprenariat, contrairement aux idées reçues. Quant au haut de l’échelle, « 8% des entreprises leaders mondiaux sont françaises, alors que la France contribue à hauteur de 4% du PIB mondial ». La place de la France est donc surreprésentée dans le paysage des grandes entreprises mondiales : de nouveau, on ne pourra que s’en réjouir.

Et entre les deux ? Les candidats manquent davantage à l’appel. « Nous n’avons que 3.000 entreprises de taille intermédiaire (ETI) en France. C’est nettement moins qu’en Allemagne par exemple, où les ETI sont trois à quatre fois plus nombreuses que chez nous », explique Gonzague de Blignières.

Les alliances entre petites et grandes entreprises se développent

Problème : le relatif déficit d’entreprises de taille intermédiaire entre les grands groupes et les PME a tendance à cloisonner ces deux mondes qui ne partagent pas forcément les mêmes valeurs ni les mêmes contraintes. Les entrepreneurs semblent néanmoins de plus en plus nombreux à surmonter cette difficulté.

« Les partenariats entre grandes et jeunes entreprises connaissent depuis quelques années une forte accélération », soulève ainsi l’étude.

« De la prise de participation directe dans le capital à la mise en place d’incubateurs, du développement de politiques de mécénat au lancement de diverses initiatives RH, les différents types d’alliance instaurés servent des objectifs multiples. Pour la grande entreprise, il peut par exemple s’agir de business development, de veille technologique, de transformation culturelle, de communication, d’investissement ou d’impact sociétal. Pour la jeune entreprise, ces partenariats peuvent faciliter un gain de notoriété ou l’accès au financement et à de nouveaux marchés ».

« La majorité des initiatives en place aujourd’hui n’existait pas il y a 3 à 5 ans. Hors relations classiques client-fournisseur ou prise de participation, 100% des entreprises du CAC 40 sont désormais engagées auprès de start-ups, contre 30% il y a 5 ans », observe Raise.

Cette collaboration est de bon augure pour le développement des entreprises concernées, et permettrait de pallier partiellement au manque d’entreprises de taille intermédiaire en France.

Les alliances rencontrent certains défis

Pour autant, ces collaborations séduisantes sur le papier ne sont pas toujours simples à mettre en place. L’étude de Raise souligne ainsi que « les process des grandes entreprises ne conviennent pas toujours aux petites ».

En l’occurrence, ce sont notamment les contraintes financières et la relative lenteur avec laquelle les grandes entreprises élaborent de nouveaux projets qui peuvent poser des problèmes aux petites entreprises qui apprécient généralement la souplesse dans ces domaines. « L’état d’esprit et la culture d’entreprise » peuvent également différer entre entreprises de taille très différente, et « le pilotage de projets avec les petites entreprises est donc quelque chose qui s’apprend » note l’étude.

Raise dresse un bilan de la réussite ou de l’échec des collaborations déjà réalisées entre petites et grandes entreprises. Ce bilan est quelque peu mitigé. À la question « Sur une échelle de 0 à 10, recommanderiez-vous à une autre jeune entreprise de faire alliance avec une grande entreprise ? », les entrepreneurs ayant déjà eu l’occasion de tester ce type de partenariat sont 31% à choisir une note entre 0 et 6, et sont donc des « détracteurs » de ce type de projet. À l’inverse, 27% sont devenus des « prescripteurs » en choisissant une note de 9 ou 10.

Parmi les raisons d’échec citées, se trouvent en premier lieu le « déséquilibre du partenariat en faveur de la grande entreprise », la « lenteur de la grande entreprise » et l’« investissement trop lourd effectué par la jeune entreprise ».

Ce bilan en demi-teinte vient souligner l’importance de bien encadrer ce type de projet commun pour qu’il devienne un succès entrepreneurial. « Les grandes entreprises ne doivent pas essayer de négocier avec une petite entreprise comme avec une autre grande entreprise » rappelle de manière Gonzague de Blignières. L’oubli de ce conseil simple est en effet la cause de la plupart des échecs observés. Mais l’optimisme reste de mise : la multiplication actuelle des partenariats entre petites et grandes entreprises devrait permettre d’améliorer progressivement l’encadrement de ces projets qui gardent un bel avenir devant eux.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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