Croquis d'audience du 17 mars 2026 montrant le Chilien Nicolas Zepeda, accusé du meurtre en 2016 de son ex-petite amie japonaise, lors de son troisième procès au tribunal correctionnel de Lyon ( AFP / ZZIIGG )
Trente ans de réclusion criminelle ont été requis en appel mercredi contre le Chilien Nicolas Zepeda pour l'assassinat, il y a près de dix ans à Besançon, de son ex-petite amie japonaise Narumi Kurosaki, dont le corps n'a jamais été retrouvé.
L'accusé a "assassiné" l'étudiante dans sa chambre universitaire en 2016 avant de faire disparaître son corps, parce qu'il n'a "pas supporté" qu'elle l'éconduise pour un nouvel amoureux, a estimé l'avocat général Vincent Auger devant la cour d'assises du Rhône à Lyon.
Nicolas Zepeda, 35 ans aujourd'hui, avait déjà été condamné à 28 ans de prison en 2022, puis à la même peine en appel en 2023, mais la Cour de cassation avait annulé ce verdict pour un vice de procédure.
Le Chilien, extradé de son pays en 2020 et en détention depuis, a toujours clamé son innocence. "Je ne l'ai pas tuée, je l'aimais profondément", a-t-il encore dit mercredi. Confronté à quantité d'indices confondants, il a toutefois reconnu à la barre avoir menti et changé de récit à de nombreuses reprises au cours des dix dernières années.
Des photos de la Japonaise Narumi Kurosaki, assassinée en 2016, présentées avant le troisième procès du Chilien Nicolas Zepeda,à Lyon, le 17 mars 2026 ( AFP / Olivier CHASSIGNOLE )
Reprenant les expertises psychologiques, l'avocat général a dressé le portrait d'un homme "narcissique", "possessif" à l'excès, "archétype du macho" qui "fliquait la vie quotidienne" de son ex depuis le Chili.
Ils avaient entamé une relation amoureuse au Japon mais "il n'a pas supporté qu'elle le laisse pour poursuivre ses études en France", puis qu'elle y "tombe amoureuse" d'un étudiant du même campus, selon M. Auger.
Après des mois d'"espionnage informatique à l'échelle industrielle" sur les comptes de Narumi, le blocage de ses "amis masculins" sur Facebook et une vidéo menaçante posant des conditions pour qu'elle "devienne une meilleure fille", il a fait le voyage du Chili à Besançon sans la prévenir, poursuit le représentant de l'accusation.
Après trois nuits et quatre jours à l'épier, comme l'attestent bornages, témoins et caméras de surveillance, il l'a invitée au restaurant et trouvé un moyen pour rentrer avec elle dans sa chambre de résidence universitaire la nuit du 4 au 5 décembre 2016.
- "L'âme de Narumi erre" -
Vincent Auger situe la mort de Narumi Kurosaki, par étouffement ou strangulation, aux environs de 03H20, quand des étudiants ont entendu des "hurlements de terreur" suivis d'un "long râle".
Croquis d'audience du 17 mars 2026 montrant le Chilien Nicolas Zepeda, accusé du meurtre en 2016 de son ex-petite amie japonaise, lors de son troisième procès au tribunal correctionnel de Lyon ( AFP / ZZIIGG )
Après des revirements, Zepeda a reconnu avoir passé 25 heures dans la chambre, "à dormir, discuter et regarder des films avec Narumi". "Assez de temps pour nettoyer la scène du crime et plier le corps pour le faire rentrer dans la valise" de la Japonaise, objet introuvable, estime M. Auger.
Après avoir dénoncé une enquête "bâclée", Robin Binsard, l'un des avocats de Nicolas Zepeda, a demandé son acquittement aux jurés car, "s'il y a 0,01% de votre âme qui doute, vous ne pouvez pas condamner". Son confrère Sylvain Cormier a invoqué une "erreur judiciaire" emblématique: condamné à perpétuité en 1989 pour le meurtre de deux enfants, Patrick Dils a été innocenté 12 ans plus tard parce que le meurtrier était en réalité le tueur en série Francis Heaulme.
L'avocat général a insisté, lui, sur la "préméditation": quatre jours avant la nuit fatidique, Zepeda a stationné plusieurs heures dans un sous-bois isolé bordé d'une rivière. Après ce "repérage", il y est revenu après avoir quitté la chambre de Narumi.
Le Chilien avait acheté un spray de détergent javellisé, un bidon de 5 litres de produit inflammable et des allumettes. Dans l'idée initiale d'incinérer le corps, selon M. Auger. Pour une tache dans la voiture, la crainte de tomber en panne d'essence et une "jolie" boîte d'allumettes à emporter en souvenir au Chili, assure Zepeda.
Taeko Kurosaki, au centre, la mère de Narumi Kurosaki, accompagnée de membres de sa famille, au palais de justice de Lyon, le 17 mars 2026 ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )
L'avocate de la mère et des deux soeurs de la victime a demandé aux jurés de condamner celui qui a exercé "une emprise totale sur la vie de Narumi" avant de "contrôler sa mort".
"Parce qu'elles ne peuvent pas faire leur deuil, convaincues que l'âme de Narumi, en pleurs, erre depuis dix ans sans repos, vous leur offrirez une sépulture virtuelle, judiciaire, sur laquelle elles pourront se recueillir", a imploré Sylvie Galley.
Le verdict est attendu vendredi.

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