L‘aeticle ne semble plus être là, M7623343
Meme apres avoir enlevé l‘espace, j‘obtiens la page „Oups!“
Agefi Dow Jones •24/03/2026 à 15:35
Si Nvidia et Broadcom ont enchaîné les records boursiers en 2025, portés par le boom de l'intelligence artificielle (IA), tous les segments et sociétés du très hétéroclite secteur des semi-conducteurs n'étaient pas logés à la même enseigne. Ainsi, Soitec , empêtrée dans les difficultés persistantes de son marché final historique, les smartphones, a chuté de plus de 73% l'année dernière.
Le contraste est d'autant plus saisissant: Soitec affiche désormais la plus forte progression de l'indice SBF 120 depuis le début de l'année, bondissant de 110% à 49,24 euros. Le titre perd cependant encore près de 65% sur trois ans. Ce retour en grâce, le groupe technologique le doit à une manne liée à l'intelligence artificielle (IA), dont les effets commencent à irriguer ses comptes et ses perspectives. Le fabricant de plaques de silicium sur isolant capitalise sur la montée en puissance de l'interconnexion optique et plus précisément sur celle de la photonique sur silicium.
Soitec profite d'une transition technologique en cours dans les data centers. Historiquement, les interconnexions reposaient sur des câbles en cuivre, un métal qui cochait trois cases essentielles: fiabilité, coût modéré et faible consommation d'électricité.
"Les tendances en matière de réseaux de centres de données pour l'IA évoluent rapidement vers des bandes passantes et des débits de données plus élevés (qui doublent tous les deux ans), une faible latence, des clusters denses pour l'entraînement et l'inférence, ainsi que des distances plus longues (de 10 m à 10 km)", expliquait début mars un analyste de Bank of America.
Or, ajoute l'analyste, le signal électrique dans un câble en cuivre se dégrade rapidement quand le débit augmente et il n'est porté que sur environ 2 mètres. "Le réseau optique est la technologie la plus adaptée pour offrir des performances à haut débit et faible latence sur de longues distances (plus de 10 mètres) et pourrait s'imposer de plus en plus dans des domaines qui ont traditionnellement été le fief du cuivre", résumait la banque américaine.
+ La photonique sur silicium, important relais de croissance de Soitec +
Au sein de l'interconnexion optique, le marché de la photonique sur silicium, aux acteurs duquel Soitec fournit des substrats Photonics-SOI, offre de solides perspectives de croissance. Il s'agit d'un "marché qui croît d'environ 25% à 30% par an", a déclaré début février le directeur général, Pierre Barnabé, lors de la conférence avec les analystes sur les revenus du troisième trimestre. "Nous avons aujourd'hui un plan, un plan clair, et l'industrie a un plan clair pour alimenter la croissance de la photonique sur silicium au cours des quatre à cinq prochaines années, sans aucun doute", a-t-il également indiqué.
La photonique sur silicium, rattachée à la division "edge & cloud AI", devrait s'approcher des 100 millions de dollars de revenus sur l'exercice en cours, avait précisé fin novembre Pierre Barnabé, lors du call avec les analystes sur les revenus du deuxième trimestre. Sur les 9 premiers mois de l'exercice en cours, les ventes de la division "edge & cloud AI" ont atteint 150 millions d'euros, en croissance interne de 9%, dont une progression de 27% au troisième trimestre. A titre de comparaison, la division "communications mobiles", abritant l'activité historique du groupe, a réalisé un chiffre d'affaires sur 9 mois de 209 millions d'euros, en repli organique de 33%.
"S'il n'y a pas d'alternative au SOI [pour la photonique sur silicium, ndlr], le groupe mentionne des difficultés à pouvoir servir toute la demande [en raison de] quelques contraintes de production", indique Oddo BHF, qui recevait Soitec au début du mois de mars lors de son forum TMT.
Aussi prometteuse soit-elle, l'activité de photonique sur silicium n'est pas encore suffisamment importante pour compenser la baisse des revenus générés par l'activité historique liée au smartphone. Mais certains analystes lui accordent déjà une valorisation plus élevée, au regard de ses perspectives de croissance. Bank of America valorise par exemple l'activité de photonique 24,20 euros par titre, contre seulement 22,10 euros pour le mobile, soit une différence significative en termes de multiples d'Ebitda 2028, respectivement 20 fois et 7,5 fois leur valeur d'entreprise.
La banque américaine a ainsi relevé début mars son objectif de cours sur Soitec, de 30 euros à 46,50 euros, et elle n'est pas la seule à s'être montrée plus optimiste ces dernières semaines sur le potentiel de progression de l'action. Oddo BHF a rehaussé sa cible de 34 euros à 50 euros et Deutsche Bank de 44 euros à 50 euros. Ces objectifs dépassent nettement le prix cible moyen de 38,44 euros du consensus FactSet.
+ Un optimisme à tempérer +
L'action Soitec a atteint un sommet annuel à 65,16 euros le 18 mars, avant d'être ensuite pénalisée par la guerre au Moyen-Orient. Si le titre est retombé à 49,24 euros, il a plus que doublé depuis le début de l'année. Le récent parcours boursier de Soitec ne constitue pas un cas isolé. La connectique optique s'est imposée comme un thème d'investissement porteur en Bourse. Aux Etats-Unis, l'action de la société d'optique et de photonique Lumentum et celle du spécialiste des réseaux optiques Coherent ont bondi respectivement de 377% et 139% au cours des six derniers mois et ont intégré l'indice S&P 500 le 23 mars. Elles ont notamment bénéficié de l'investissement de 2 milliards de dollars réalisé dans chacune de ces deux sociétés par Nvidia début mars, signe du caractère stratégique de ce marché.
Réagissant à la flambée de l'action Soitec en mars, Morningstar questionne l'optimisme des investisseurs à propos de la valeur. L'analyste juge que si la demande pour la photonique sur silicium est réelle, le véritable test pour le groupe réside dans sa capacité à en tirer parti pour augmenter son chiffre d'affaires, ses marges brutes et sa trésorerie. Dans ces conditions, l'analyste valorise Soitec 42 euros par action, préférant rester prudent quant à l'intégration sans discernement d'un scénario optimiste à propos du photonique sur silicium dans ses prévisions.
Les investisseurs semblent en outre oublier le contexte difficile dans lequel opère la plus importante division de Soitec, les "communications mobiles", dont le marché est désormais mature. Sur ce front, l'essor de l'IA joue depuis quelques mois en défaveur du groupe français. Le marché des smartphones pâtit de la pénurie de mémoires informatiques, dont les fabricants ont réorienté une partie de leur production en faveur des produits destinés aux centres de données, plus rentables.
Les volumes de smartphones sont attendus en retrait de 5% en 2026 par Soitec, indique Oddo BHF. Le bureau d'études IDC prévoit des perspectives encore plus sombres, anticipant un recul de 13% du marché à 1,1 milliard d'unités, soit son niveau le plus faible depuis plus de 10 ans. Pour Soitec, entre les activités liées à l'IA et celles liées aux smartphones, les deux courbes vont se croiser. Le pari des investisseurs repose sur la vitesse à laquelle cet évènement aura lieu.
-Christophe Jégu, Agefi-Dow Jones, cjegu@agefi.fr, ed: JDO
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