Les nanoparticules de la biotech française Nanobiotix se frayent un chemin dans les traitements de demain. Cette semaine sont parus de nouveaux résultats montrant l'efficacité de ces nanoparticules, capables, une fois injectées dans la tumeur cancéreuse, d'amplifier les effets d'une radiothérapie. Dans le cancer du poumon localement avancé, cinq des sept patients ayant reçu l'injection de nanoparticules amplificatrices avant leur traitement ont vu leur tumeur se réduire, soit un taux de succès bien supérieur aux 40 % à 50 % habituels.
En 2023, Nanobiotix avait cédé la licence de cette nanoparticule au laboratoire américain Johnson & Johnson (J&J). Elle avait affiché dès 2024 des résultats probants dans les cancers de la tête et du cou. Cette fois, avec le cancer du poumon, elle s'attaque à un marché aux besoins particulièrement importants. De nouveaux résultats sur 120 patients sont attendus début 2027.
Jouer les leurres
Ce partenariat avec J&J avance, avec 2,6 milliards d'euros de paiements d'étapes à la clé pour Nanobiotix si le succès est au rendez-vous, sans compter des royalties de 10 % à 20 % selon l'importance du futur chiffre d'affaires de J&J. « Nous avons déjà perçu environ 80 millions d'euros. Si tout se passe bien, nous aurons 200 millions supplémentaires sur 2027 et 2028 », précise le co-fondateur et dirigeant de Nanobiotix, Laurent Lévy. Cela s'ajoutera aux 53 millions d'euros de trésorerie en caisse fin 2025, ce qui donne à la biotech de quoi tenir jusqu'au début de 2028, selon les résultats annuels présentés mercredi.
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Désormais, Nanobiotix développe son concept de nanoparticules sur d'autres fronts, hors J&J, en oncologie mais pas seulement. « Nombre de traitements innovants, comme les thérapies cellulaires ou l'ARN messager par exemple, ont des composants que le foie ne reconnaît pas et il fait barrage, empêchant ces thérapies de fonctionner correctement », explique Laurent Lévy.
Nanobiotix développe donc une nanoparticule (baptisée « Nanoprimer ») qui joue le rôle de leurre et « occupe » le foie pour qu'il oublie la thérapie et la laisse passer sans encombre. Dans ce rôle de leurre, « de nouveaux résultats d'essais précliniques seront communiqués d'ici l'été sur l'efficacité du produit associé à différents types de thérapies », indique Laurent Lévy. Cela pourrait changer la donne pour de nombreux traitements.
Circuit électrique
L'autre usage testé est de pallier les effets des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson etc.). « Le cerveau est un circuit électrique. Quand les neurones communiquent mal, ou de façon asynchrone, l'objectif est que les nanoparticules facilitent la circulation électrique et aident les neurones à communiquer entre eux. Lors de tests précliniques sur animaux, on a mesuré un retour à un meilleur fonctionnement cognitif », explique Laurent Lévy.
La route reste longue, mais en décembre, Nanobiotix est entré au SBF120. Son cours a encore grimpé de 12 % mercredi et de 48 % depuis janvier. Cela alimente les rumeurs spéculatives de rachat par un géant pharmaceutique. Reste que ses fonds actionnaires n'ont guère intérêt à vendre maintenant. « Nanobiotix est dans une phase de croissance. Nous sommes en train d'amener aux patients une nouvelle classe d'outils thérapeutiques uniques au monde», souligne Laurent Lévy.