Plus 4,8 % dans la journée. Plus 38 % en cinq séances. Plus de 3,5 millions de titres échangés, du jamais vu depuis des mois. Depuis le 1er janvier, la biotech marseillaise repasse dans le vert à plus 8,6 %. On est dans les biotechs, ce secteur où tout peut flamber ou s'effondrer en une séance. Et en ce moment, ça flambe.
L'étincelle officielle, c'est le point trimestriel du 13 mai. Chiffre d'affaires de 2,6 millions d'euros au premier trimestre, plus du double de l'an dernier. La direction confirme que les données de l'essai PACIFIC-9, mené par AstraZeneca dans le cancer du poumon, sont attendues au second semestre 2026. Elle annonce aussi que le lancement de la phase 3 TELLOMAK-3 sur le lacutamab est prévu au second semestre, sous réserve d'obtention de financements non dilutifs en cours de négociation. Et la phase 1 sur l'ADC ciblant la Nectine-4, IPH4502, est en voie d'achèvement de son recrutement. Des jalons réels. Mais pas encore bouclés.
L'officiel ne suffit pourtant pas à expliquer un bond de 38 % en cinq jours. Certains ici spéculent sur une autre explication : une possible fuite sur les résultats de PACIFIC-9, dont la date butoir de soumission à l'ESMO aurait été le 12 mai, la veille de la publication trimestrielle. Si les données sont positives et que certains l'ont su avant les autres, le mouvement devient logique. C'est une hypothèse, pas un fait établi. Mais quand un titre small-cap bondit de 35 % en une séance avec trois fois son volume habituel, il y a rarement que de la vertu là-dedans.
Les fondamentaux, eux, font froid dans le dos. En 2025, les revenus se sont effondrés, avec notamment l'accord de 2016 avec Sanofi n'ayant apporté aucun revenu cette année. La perte nette 2025 avoisine 49 millions d'euros, le bénéfice par action ressort à moins 0,55 euro. Et pour 2026, le consensus anticipe encore moins 0,43 euro, puis moins 0,34 euro en 2027. Pas l'ombre d'un profit en vue. Pas de dividende. Le ratio cours sur bénéfices est incalculable. On n'achète pas du bénéfice ici. On achète une option sur un succès clinique. Et une option, ça peut expirer sans valeur.
La trésorerie est le vrai sujet. 25,4 millions d'euros au 31 mars, horizon de visibilité jusqu'à fin du troisième trimestre 2026. Neuf mois. Pas plus. La survie dépend de financements non dilutifs en cours de négociation. Si ces négociations échouent, le groupe devra choisir entre une augmentation de capital dilutive ou pire. Notons tout de même qu'il reste 75 millions de dollars disponibles dans le programme de tirage d'actions sur le Nasdaq, ce qui offre une bouée de secours, mais au prix d'une dilution.
Le consensus est massivement acheteur : quatre analystes, objectif médian à 5,23 euros, potentiel affiché de 200 %, recommandation « achat fort » à 1,33 sur 5. BTIG et HC Wainwright visent tous deux 8 dollars. Des chiffres qui donnent le vertige. Mais ils reposent entièrement sur un succès de PACIFIC-9. C'est un pari binaire habillé en consensus.
Techniquement, l'euphorie est là. Le RSI à 59,4 n'est pas encore en surachat. Le MACD est positif. Le cours est largement au-dessus de la moyenne mobile à 50 jours à 1,39 euro et à 200 jours à 1,29 euro. La résistance immédiate est à 2,20 euros, plus haut du jour et sommet annuel. En dessous, le support se situe vers 1,66 euro. Les volumes sont explosifs : 3,8 % du capital échangé en une seule séance. Signe d'intérêt massif et de spéculation à haut risque.
Les risques sont considérables. La trésorerie tient jusqu'en septembre, pas plus. L'assemblée générale du 21 mai inclut une résolution autorisant l'émission d'actions nouvelles, la dilution guette. Les positions vendeuses à découvert atteignent 6 % du capital déclarés à l'AMF, un signal que des professionnels parient contre le titre. Et le risque clinique binaire est absolu : si PACIFIC-9 échoue, le titre peut retomber sous 1 euro en une séance.
Innate Pharma, c'est le casino des biotechs. Un pipeline séduisant, AstraZeneca comme partenaire de poids, mais une trésorerie aux abois et un pari tout entier sur une lecture clinique de fin d'année.
Mon avis, très subjectif est que l'objectif de 5,23 euros du consensus est un mirage à court terme. Personnellement, je viserais 3,50 euros à douze mois, seulement si les données cliniques de fin d'année sont bonnes. Pas avant.
Un repli, vers 1,45 euro serait, à mon avis un bon point d'entrée, pas au-dessus du cours actuel après un bond de 38 % pour viser 3,50 euros avec un volume supérieur à 2 millions de titres, signe que le rebond est solide, pas un feu de paille. Stop à 1,10 euro, sous le support annuel.
Pas une grosse somme de préférence sur ce genre de dossier. C'est une règle, pas une suggestion. Le titre peut encore doubler. Il peut aussi se consumer en fumée avant l'été si le financement ne vient pas.
Innate Pharma, c'est un pari sur la science. Ni plus, ni moins. Et les paris, on les calibre avant d'y entrer.
Ce n'est que mon avis très subjectif. Analysez et décidez uniquement par vous-mêmes. A plus.