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Risque politique : comment et pourquoi affecte-t-il les marchés ?
Café de la Bourse08/08/2019 à 09:42

Les tensions géopolitiques, déjà présentes depuis de longs mois avec la guerre commerciale sino-américaine notamment, ont encore gravi un échelon avec les récents évènements dans le Golfe d'Oman qui oppose Trump aux gardiens de la Révolution. Mais qu'est-ce qu'un risque politique ?

Les tensions géopolitiques, déjà présentes depuis de longs mois avec la guerre commerciale sino-américaine notamment, ont encore gravi un échelon avec les récents évènements dans le Golfe d'Oman qui oppose Trump aux gardiens de la Révolution. Mais qu'est-ce qu'un risque politique ? Quel impact a-t-il sur les marchés ? Peut-on mesurer et anticiper ce genre de risque ? Toutes nos explications.

Les risques politiques : des situations diverses impactant les marchés

Est perçu comme risque politique tout changement politique, social ou sécuritaire susceptible d'avoir un impact significatif sur des intérêts, notamment économiques.

Selon la COFACE (Compagnie Française d'Assurance pour le Commerce Extérieur), dont la vocation est de garantir les entreprises contre les risques financiers à l'export, le risque politique recouvre deux grands ensembles : « le risque sécuritaire, qui inclut celui de conflit et le terrorisme, et le risque de fragilité politique et sociale qui comprend une mesure du populisme pour les pays développés. »

On voit donc bien qu'il existe deux sortes de risques politiques qui peuvent chacun prendre de nombreuses formes. Ainsi, le risque sécuritaire peut concerner une guerre (qu'elle soit civile, comme en Syrie, ou menée contre d'autres pays), un mouvement de révolte ou des attentats terroristes. Le risque politique et sociale comprend à la fois les évènements et les décisions politiques ou administratives pouvant engendrer des pertes économiques, commerciales ou financières pour les entreprises. À ce titre, des ruptures d'accord (comme le traité iranien de non-prolifération du nucléaire par exemple, ou encore l'accord de Paris sur le climat) des décisions de confiscation ou de nationalisation, des décisions d'expropriation, l'évolution d'une politique macroéconomique (comme l'évolution de la politique monétaire des banques centrales par exemple) font également partie des risques politiques.

Risque politique : quel impact sur les marchés

Le risque politique, puisqu'il engendre des pertes financières et/ou commerciales pour des entreprises, a un effet non négligeable sur les marchés qui anticipent cette baisse.

Attention, il n'est pas nécessaire que l'évènement redouté se produise pour que les marchés le prennent en compte. Bien au contraire ! C'est parfois même l'incertitude plus que l'évènement ou la décision qui provoque la chute des cours. On peut par exemple penser au Brexit. Plus que le Brexit en lui-même, c'est le fait de ne pas savoir comment ce dernier se déroulera qui pénalise l'économie britannique.

Un risque politique, qu'il soit supposé ou avéré, entraîne donc une baisse des marchés financiers concernés, mais pas seulement. En effet, très souvent, les secteurs d'activité annexes ou les classes d'actifs annexes subissent aussi de plein fouet les réponses des marchés au risque encouru. Ainsi, c'est l'ensemble des secteurs d'activité qui sont touchés par la guerre commerciale sino-américaine même si les droits de douane devraient avant tout porter sur un certain nombre restreint de secteurs. Depuis l'attaque de pétroliers en mer d'Oman et la destruction d'un drone américain survolant l'Iran au mois de juin, les cours du pétrole flambent, mais les tensions entre Washington et Téhéran freinent aussi les initiatives en Bourse.

Notez également que l'impact du risque politique sur les marchés financiers est d'autant plus élevé que les volumes d'échanges sont moindres. Ainsi, à l'approche de l'été, lorsque les volumes d'échange tendent à diminuer, les risque politique a lui tendance à augmenter.

Mesurer le risque politique et l'anticiper

Comment prendre en compte le risque politique, comment l'anticiper pour ne pas subir de plein fouet son impact sur ses investissements ?

D'abord, sachez qu'il existe des indices du risque politique, qui varient selon les acteurs qui les ont mis au point. Ainsi, le COFACE a créé son propre indice reposant sur 3 critères :

l'indice de conflit s'appuyant sur l'occurrence des conflits, leur intensité et les types d'acteurs impliqués ;

le risque de terrorisme ;

l'indice de fragilité politique et sociale prenant notamment en compte la nature du régime politique, la fragmentation ethnique et linguistique, les libertés politiques et les droit civique.

Les professionnels de la finance ont aussi créé des indices du risque politique. Chez Saxo Banque par exemple, l'indice élaboré à partir des travaux de Dario Caldara et Matteo Iacoviello se fonde sur le nombre d'articles évoquant le risque politique dans les principaux médias nationaux et internationaux en pourcentage du nombre total d'articles.

Tous les grands acteurs du monde de la finance cherchent à mesure le risque, à le quantifier, à l'anticiper. Alors, où en est-on aujourd'hui ?

L'indice de risque politique est relativement haut en ce milieu d'année 2019.

On observe en effet depuis plusieurs années déjà une augmentation du risque politique à l'échelle mondiale. Cependant, cette hausse est très hétérogène et s'accompagne de fortes disparités en fonction des régions du globe. Sans surprise, c'est le Moyen-Orient qui reste la zone la plus à risque. Et ce n'est pas les récents évènements dans le Golfe d'Oman qui vont venir démentir le rapport du COFACE sur le sujet. Le risque s'est aussi accru en Afrique sub-saharienne et dans la CEI (Communauté des États Indépendants) regroupant Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizstan, Moldavie, Ouzbékistan, Russie, Tadjikistan, Turkménistan, Ukraine et Géorgie où en juin 2019 des dizaines de personnes ont été blessées lors d'émeutes au Parlement dues à la prise de parole d'un député russe.

Les pays occidentaux connaissent eux aussi une importante recrudescence du risque politique. En cause : la montée du populisme et l'augmentation du risque d'attentats.

Aux investisseurs, à l'aune de ces informations d'anticiper au mieux le risque politique qui, même s'il sera le plus souvent défavorable à l'investisseur, peut aussi lui être bénéfique s'il l'a bien anticipé. Il pourra en effet jouer les marchés concernés à la baisse en se positionnant sur des produits dérivés spécifiques (ETF bear, Turbo Short, Option Put, etc.) ou bien investir dans les actifs qui lui paraissent bénéficier du risque qu'il anticipe (une montée des cours du Brut due à des tensions au Moyen-Orient par exemple).

Louis Yang (Café de la Bourse)

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