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Relancer l'économie européenne est un véritable défi

Boursorama17/11/2015 à 17:36

Relancer l'économie européenne est un véritable défi.

L’inflation reste toujours très faible en Europe (+0,1% en rythme annuel) selon les statistiques publiées lundi, alors que la croissance redécolle toujours lentement. La banque Degroof Petercam explique que ce phénomène est structurel et voué à se poursuivre, malgré les efforts de la BCE.

L’économie européenne connait depuis de nombreux mois un « courant déflationniste », rappelle Bruno Colmant, directeur de la recherche macroéconomique chez Degroof Petercam, banque d’origine belge. Or, cette tendance est alimentée par des phénomènes structurels de long terme qui contraignent nettement l’efficacité de l’actuel plan de relance de la BCE, explique-t-il.

Tendances de fonds : économie numérique et vieillissement de la population

Ce courant déflationniste est dû à deux principaux éléments selon l’économiste : d’une part, « le choc de la nouvelle économie digitale » et d’autre part « le vieillissement de la population ».

Vis-à-vis de la numérisation de l’économie, on sait que de plus en plus d’activités sont en mutation avec le développement d’outils informatiques sophistiqués ou de nouveaux services en ligne qui permettent aux entreprises de gagner en efficacité, tout en économisant du personnel. Ainsi, « 80 millions d’emplois pourraient être détruits aux Etats-Unis dans les 20 ans à venir », affirme Bruno Colmant, qui ne mentionne pas pour autant le nombre de nouveaux emplois qui pourraient être créés grâce au développement de ces nouveaux outils.

Les conséquences de la numérisation de l’économie actuellement à l’œuvre restent incertaines alors qu’« on ne connaît pas encore quelle valeur ajoutée va être détruite » dans le circuit économique, reconnaît Bruno Colmant.

L'économiste poursuit : « Si l’on s’en tient au processus économique décrit par Joseph Schumpeter [économiste du début du XXème siècle], il y a en économie un processus de développement par "destruction créatrice". Or, dans le détail de ce processus, la création de nouveaux outils vient en fait avant la destruction des outils plus anciens ». Avec la numérisation de l’économie, le processus « créatif » serait déjà en partie abouti, alors que la phase de « destruction » des anciennes activités devenues moins utiles ou moins efficaces serait encore en cours ou à venir.

Quant au vieillissement de la population, celui-ci s’observe dans tous les pays d’Europe, et entraîne selon Bruno Colmant « une moindre croissance ainsi qu’une moindre propension à consommer et à investir ».

« Le QE ne donne pas les résultats escomptés à l’heure actuelle »

Relancer l’économie européenne face à ces deux tendances de fond apparaît ainsi comme un véritable défi.

La BCE a fait le choix de la relance monétaire via l’achat d’obligations d’Etats européens sur les marchés financiers : c’est le fameux « quantitative easing » (QE), débuté en mars dernier. La création monétaire qui en résulte est censée engendrer davantage d’inflation, jouant sur le taux de change de l’euro face aux autres monnaies pour rendre la zone euro plus compétitive à l’échelle internationale.

Seulement voilà, Bruno Colmant fait le même constat que de nombreux autres commentateurs depuis plusieurs mois : « Le QE ne donne pas les résultats escomptés à l’heure actuelle ».

Le quantitative easing sert surtout depuis son lancement à financer les Etats, la BCE se portant acheteuse de titres de dettes souveraines pour des montants qui couvrent les besoins de la plupart des Etats européens.

Par ailleurs, de nombreux titres sont rachetés sur les marchés non plus auprès des particuliers ou des banques, mais auprès d’autres banques centrales qui avaient précédemment acheté des titres de dettes européennes. Or, « le fait que le QE passe par des rachats d’obligations détenues par d’autres banques centrales asiatiques est une contre-efficience majeure du programme », remarque Bruno Colmant. La création monétaire ne bénéficie en effet à personne si les liquidités s’échangent entre banques centrales.

Les plans de relance traditionnels seraient également peu efficaces

Malheureusement, peu d’autres plans de relance pourraient être plus significativement plus efficaces que le « quantitative easing ».

Les recettes qui ont fonctionné par le passé ne seraient plus aussi efficaces de nos jours. Bruno Colmant prend l’exemple des relances « keynésiennes », consistant par exemple à réaliser de grands travaux de construction comme l’avaient fait les Etats-Unis dans les années 1930 pour redémarrer leur économie après les déboires de 1929. Cette solution serait tout à fait inefficace de nos jours, dans un univers mondialisé où les dépenses d’un Etat se dilueraient vite à l’étranger, sans parvenir à redynamiser l’économie locale.

« Les grands travaux seraient désuets, il faudrait plutôt créer des centres de recherche [pour accélérer l’innovation], mais ceux-ci seraient peu créateurs d’emplois. Dans tous les cas, quand on parle de relance en Europe, on se rend compte qu’il y a toujours une limite à son efficacité économique », explique l’économiste belge.

Le problème de la relance est donc particulièrement complexe à résoudre. Seul réconfort : « La croissance européenne n’est pas non plus accablée » remarque l’économiste. La croissance européenne devrait en effet atteindre 1,6% cette année selon la Commission européenne, un niveau « moyen », certes assez peu satisfaisant, mais qui s’est tout de même amélioré par rapport aux dernières années, alors que la tendance devrait encore s’améliorer marginalement jusqu’en 2017 selon les prévisions.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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