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RDC-Le retour des rebelles du M23, plus difficile à arrêter cette fois-ci
information fournie par Reuters 28/01/2025 à 16:27

par Joe Bavier

Colleta Nzambonimpa, âgée 54 ans et déplacée depuis trois ans dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) pour fuir les rebelles du M23, a dû se réfugier dimanche dans une église alors que les rebelles avançaient vers les faubourgs de la ville de Goma.

"Je prie pour que Dieu renforce nos soldats", a-t-elle déclaré à Reuters. "Je prie pour que le M23 soit vaincu et quitte Goma".

Quelques heures plus tard, dans une répétition de l'offensive de 2012, le M23, soutenu par le Rwanda voisin, est entré dans la plus grande ville de l'est de la RDC, un retour marquant une nouvelle escalade dans un conflit qui dure depuis trois décennies et qui fait craindre une guerre régionale plus large.

Les affrontements meurtriers se poursuivent mardi à Goma et plusieurs ambassades occidentales et africaines, dont celle de France, ont été attaquées dans la capitale Kinshasa.

La dernière entrée du M23 dans la deuxième ville du pays, en 2012, avait été de courte durée et le groupe a été vaincu au bout d'un an.

Les choses pourraient être différentes cette fois.

Selon des analystes et des diplomates, la réticence des puissances mondiales à s'engager au Rwanda, théâtre du génocide des Tutsis en 1994, d'autres préoccupations mondiales et les réalités militaires sur le terrain risquent de compliquer les efforts visant à vaincre les rebelles et à permettre à des millions de civils, tels que Colleta Nzambonimpa, de rentrer chez eux.

"Nous devons maintenant nous préparer à ce qu'une grande partie de la RDC ne soit pas sous le contrôle du gouvernement central pendant une longue période", prévient Jason Stearns, spécialiste de la région des Grands Lacs à l'université Simon Fraser, au Canada.

"La chute de Goma change la donne", ajoute-t-il.

Le M23 a fait des progrès fulgurants au cours du mois dernier, s'emparant de territoires et étendant son contrôle sur les mines de coltan, d'or et d'étain de la province du Nord-Kivu.

Le M23, bien entraîné et armé de manière professionnelle, est le dernier d'une longue série de mouvements rebelles à dominante tutsie qui ont émergé dans les zones frontalières de l'est de la RDC à la suite de deux guerres successives après le génocide de 1994.

Le groupe affirme défendre les Tutsis de l'est de la RDC, mais Kinshasa l'accuse d'être une force supplétive de l'armée rwandaise au service des ambitions expansionnistes de Kigali.

Le gouvernement du président rwandais Paul Kagame nie soutenir le M23, malgré les conclusions contraires de nombreux rapports d'experts de l'Onu.

La dernière fois que les rebelles se sont emparés de Goma, au plus fort de l'insurrection de 2012-2013, il a fallu une pression internationale coordonnée et des menaces de retrait de l'aide pour obliger Paul Kagame à couper les vivres au groupe.

Une force africaine mandatée par l'Onu a ensuite aidé les forces de la RDC à lancer une contre-offensive qui a abouti à la reddition des rebelles.

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont dénoncé dimanche lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies le soutien du Rwanda au M23, mais n'ont pris aucune mesure concrète.

"Tout le monde a déjà pointé le Rwanda du doigt et cela n'a pas fait bouger l'aiguille", observe Stephanie Wolters, analyste à l'Institut sud-africain d'études sur la sécurité. "Kagame n'a pas encore eu à faire face à des conséquences susceptibles de lui importer".

L'ATTENTION EST AILLEURS

L'offensive intervient à un moment où l'attention du monde est ailleurs.

"Les États-Unis se replient sur eux-mêmes. L'Europe est divisée. Le Moyen-Orient est en pleine tourmente. Kagame a saisi l'occasion", souligne un diplomate occidental à Reuters.

Le président rwandais, qui mise sur son image de partenaire stable dans une région troublée, a passé la dernière décennie à amadouer les pays qui pourraient le tenir pour responsable de ses transgressions en RDC.

Il s'est notamment attiré les faveurs du Royaume-Uni en acceptant d'accueillir au Rwanda des demandeurs d'asile rejetés par Londres. Alors même que les enquêteurs de l'Onu documentaient le soutien du Rwanda au M23, Kigali a accueilli un sommet du Commonwealth en 2022.

Même si le nouveau gouvernement britannique a renoncé à l'accord migratoire controversé avec Kigali, il affirme vouloir maintenir des liens étroits avec le pays africain.

Selon des sources, le président français Emmanuel Macron travaille en coulisses pour calmer la situation dans l'est de la RDC et s'est entretenu avec Paul Kagame et le président congolais Félix Tshisekedi.

La France entretient également des relations avec Kigali, le pays étant désireux de réparer son rôle dans le génocide rwandais et de renforcer son influence sur le continent à un moment où il s'affaiblit dans ses anciennes colonies d'Afrique occidentale.

Emmanuel Macron a reconnu en 2021 les responsabilités de la France dans le génocide des Tutsis au cours d'une visite à Kigali présentée par Paris comme l'occasion d'inscrire l'étape finale de normalisation des relations entre les deux pays, qui avaient rompu leurs relations diplomatiques en 2006.

Le Rwanda, par exemple, a déployé des milliers de soldats pour lutter contre une insurrection islamiste au Mozambique qui menace un important projet gazier de la société française Total Energies.

Aux États-Unis, le retour au pouvoir du président Donald Trump a rendu imprévisible la position de Washington sur l'Afrique.

"Beaucoup de nations puissantes sont moins disposées à s'engager au-delà de la rhétorique", souligne Christoph Vogel, analyste de la RDC et ancien enquêteur de l'Onu. "Il n'y a pas de volonté ou de capital politique pour prendre position dans les Grands Lacs", dit-il.

LES FORCES DE LA RDC AFFAIBLIES

Les Nations unies affirment que le Rwanda a envoyé des milliers de soldats en RDC au cours des trois dernières années, déployant des missiles sol-air, des tireurs d'élite, des véhicules blindés, des forces spéciales et des équipements de brouillage GPS, ce qui Kigali nie.

Le M23 contrôle désormais l'ensemble du territoire autour de Goma, privant les forces congolaises de toute rampe de lancement pour monter une contre-offensive afin de reprendre la ville.

Les rebelles ont également étendu leur contrôle sur les ressources minérales de la région, ce qui leur permet de maintenir l'insurrection et les motive à conserver le territoire.

Le président de la RDC Félix Tshisekedi est sorti affaibli d'une élection entachée d'irrégularités en 2023, et sa demande d'accélérer le retrait de la mission de maintien de la paix de l'Onu lui a porté préjudice dans l'est du pays.

Si le retrait de la Monusco est désormais en suspens, la force est beaucoup moins robuste qu'elle ne l'était en 2012, lors de la précédente offensive du M23.

Selon les analystes, les pays voisins sont désormais plus réticents à s'impliquer militairement.

En 2013, une force mandatée par l'Onu et composée de soldats d'Afrique du Sud, de Tanzanie et du Malawi avait joué un rôle clé dans la défaite du M23.

Au lieu de cela, les dirigeants africains, sous la houlette du président kenyan William Ruto, tentent de lancer des initiatives diplomatiques pour mettre fin aux combats.

"Il y a toujours un moyen de s'en sortir si les gens discutent et font preuve d'une volonté de compromis (...) Mais pour l'instant, nous nous trouvons dans une situation où Kinshasa et Kigali semblent vouloir en découdre", estime Christoph Vogel.

(Avec la contribution d'Elizabeth Pineau à Paris, Giulia Paravicini et David Lewis à Nairobi, William James à Londres et Michelle Nichols aux Nations unies ; version française Diana Mandia, édité par Blandine Hénault)

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