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PARIS, 17 juillet (Reuters) - Les banques centrales
pourraient être les principales victimes du projet Libra s'il
venait à voir le jour parce qu'un usage généralisé de la
cryptomonnaie voulue par Facebook FB.O limiterait la masse
monétaire en circulation, lit-on dans une note de recherche de
Nomura publiée mercredi.
Facebook compte 2,7 milliards d'usagers, soit l'équivalent
de 37% de la population mondiale, souligne le courtier japonais.
"Si Libra devait replacer 37% de la monnaie émise de par le
monde, nous estimons que cela réduirait le montant total
d'argent d'environ 11.500 milliards de dollars", lit-on dans la
note, rédigée par Takahide Kiuchi, économiste du Nomura Research
Institute.
Si les particuliers n'auraient pas à en souffrir parce
qu'ils pourraient payer avec Libra à la place, les banques
centrales seraient en revanche confrontées à une baisse des
revenus qu'elles tirent de l'émission de monnaie, ajoute-t-il.
Elles perdraient en effet le bénéfice des intérêts qu'elles
génèrent en achetant des obligations d'Etat ou d'autres actifs à
des banques du secteur privé en échange de monnaie,
précise-t-il.
Seule l'Association Libra, qui regroupe Facebook et ses
partenaires, parmi lesquels de nombreux spécialistes des
systèmes de paiement mais aucune banque privée, pourrait émettre
la cryptomonnaie en projet et la retirer de la circulation, ce
qui lui conférerait un rôle similaire à celui d'une banque
centrale et lui offrirait des revenus considérables, fait valoir
l'économiste de Nomura.
Libra, insiste-t-il, est totalement différente des
cryptomonnaies actuelles, bitcoin et autres, qui ne sont
corrélées à rien et sont considérées comme un vecteur
d'investissement attrayant uniquement en raison de leur forte
volatilité.
La cryptomonnaie de Facebook, en revanche, serait adossée à
un panier d'actifs bien réels, comme des devises ou des
obligations souveraines de court terme de pays de référence.
Elle n'a en outre pas vocation à être utilisée comme vecteur
d'investissement mais uniquement à servir de moyen de paiement,
ce qui l'apparente à une devise, poursuit Takahide Kiuchi.
L'économiste de Nomura rappelle l'opposition de responsables
de tout poil, des parlementaires du Congrès américain aux
banquiers centraux, à un projet qu'ils considèrent comme une
menace pour la stabilité du système financier et l'efficacité de
la politique monétaire.
"Une autre raison de la crainte des autorités vient du fait
que Libra a été conçue et sera gérée principalement, au moins
initialement, par Facebook, qui a été critiqué de par le monde
pour la fuite d'un nombre considérable de données personnelles",
ajoute-il.
Pour toutes ces raisons, auxquelles il faut ajouter le
casse-tête que pose Libra en matière de réglementation ou encore
de fiscalité, il est très peu probable, selon Nomura, que
Facebook puisse tenir son calendrier et lancer sa cryptomonnaie
au premier semestre 2020, du moins sous sa forme actuelle.
Voir aussi :
Le G7 Finances met des bâtons dans les roues du Libra de
Facebook
Le projet Libra de Facebook malmené au Sénat américain
(Patrick Vignal, édité par Marc Joanny)
Libra menacerait en premier les banques centrales-Nomura
information fournie par Reuters 17/07/2019 à 16:30
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