par Alasdair Pal et Uditha Jayasinghe
COLOMBO, 12 mai (Reuters) - De nombreux Sri-Lankais ont profité d'une levée temporaire du couvre-feu imposé lundi par l'armée après la démission du Premier ministre Mahinda Rajapaksa pour quitter Colombo, la capitale économique, jeudi, alors que le président Gotabaya Rajapaksa a prévenu que le pays risquait de sombrer dans l'anarchie.
Privée des recettes du tourisme par la pandémie de COVID-19, fragilisée par les baisses d'impôts et frappée de plein fouet par la flambée des cours du pétrole, l'île de l'océan Indien est confrontée à la plus grave crise économique depuis son indépendance en 1948.
Après des semaines de manifestations, les tensions ont dégénéré en violences lundi lorsque des partisans de Mahinda Rajapaksa, le frère aîné du chef de l'Etat, ont attaqué un rassemblement de manifestants antigouvernementaux.
L'annonce de la démission du Premier ministre lundi soir pour "faciliter la formation d'un gouvernement d'union" n'a pas empêché la poursuite du cycle de représailles, entraînant le déploiement de l'armée qui a reçu pour instruction de tirer à vue pour empêcher les violences et les pillages.
Selon la police, les affrontements ont fait au moins neuf morts et 300 blessés.
Des centaines de personnes ont profité de la levée du couvre-feu jeudi entre 07H00 et 14h00 pour monter dans des autocars quittant Colombo, tandis que des queues se formaient devant les supermarchés pour s'approvisionner en biens de première nécessité.
Le calme semblait revenu dans les rues de la plus grande ville du pays de 22 millions d'habitants, mais la colère provoquée par l'inflation galopante, les pénuries de carburant ou de médicaments n'est pas retombée.
NOUVEAU PREMIER MINISTRE ATTENDU
"On a touché le fond", constatait, dépité, Nimal Jayantha, un conducteur de rickshaw motorisé. "Je ne peux pas travailler. Le temps que je fasse la queue pour faire le plein d'essence, le couvre-feu aura été rétabli. Je vais rentrer chez moi les poches vides."
Les protestataires ont promis de continuer à manifester jusqu'à ce qu'ils obtiennent le départ de Gotabaya Rajapaksa, dernier représentant de la dynastie encore au pouvoir, tandis que son frère Mahinda se cacherait sur une base militaire sous la protection de l'armée.
Un juge a interdit jeudi à l'ancien chef du gouvernement, à son fils Namal et à plusieurs de ses alliés de quitter le pays, ont dit à Reuters des avocats qui ont assisté à l'audience.
Gotabaya Rajapaksa a annoncé qu'un nouveau Premier ministre serait nommé d'ici la fin de la semaine pour "empêcher le pays de sombrer dans l'anarchie et permettre au gouvernement de se remettre au travail".
La Bourse de Colombo, qui a rouvert jeudi après être restée fermée pendant deux jours, a gagné plus de 3%, les investisseurs voyant d'un bon oeil le changement de gouvernement.
Le gouverneur de la banque centrale du Sri Lanka a prévenu mercredi que faute d'accord de sortie de crise d'ici une à deux semaines, le pays pourrait subir des coupures d'électricité de 10 à 12 heures par jour. Il a ajouté qu'il remettrait lui-même sa démission.
Le président Rajapaksa a dit souhaiter la formation d'un gouvernement d'union nationale mais il se heurte au refus de l'opposition de travailler avec lui.
(Reportage d'Alasdair Pal, Uditha Jayasinghe etChanna Kumara, version française Tangi Salaün, édité par Jean-Michel Bélot)

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