Kérosène : un risque sous-estimé pour les compagnies aériennes européennes ?
information fournie par Zonebourse 20/04/2026 à 11:40
Dans une note sectorielle publiée ce matin, Bernstein rapporte que l'Europe importe entre 30% et 50% de son kérosène, alors même que la demande continue de croître de 3 à 4% par an.
L'approvisionnement des aéroports du Vieux Continent est réalisé en flux continu mais offre peu de marge de manoeuvre en cas de rupture. Les aéroports fonctionnent en effet avec très peu de stocks, en raison de coûts d'infrastructure élevés et du manque d'espace de stockage sur les tarmacs.
Au-delà de ces considérations logistiques, les analystes de chez UBS soulignent que la sensibilité des aéroports dépend aussi fortement du profil des compagnies qui les desservent : rentabilité et âge de la flotte deviennent des facteurs clés en cas de choc sur le carburant. A ce titre, vendredi dernier, les prix du kérosène en Europe oscillaient entre 1 300 et 1 600 dollars la tonne, soit environ deux fois la moyenne de 2025 (690 dollars la tonne).
Aéroports européens : des analyses contrastées entre Bernstein et UBS
Dans ce contexte de tensions sur les approvisionnements, tous les aéroports ne sont pas logés à la même enseigne. Selon Bernstein, l'Espagne apparaît comme la zone la plus résiliente grâce à ses infrastructures et à la diversité de ses sources d'approvisionnement, tandis que Zurich est beaucoup plus vulnérable, faute de production domestique et de capacités de stockage. Paris et Francfort se situeraient entre les deux, bénéficiant de réseaux solides et de réserves stratégiques, mais sans la robustesse du modèle espagnol.
Chez UBS, on estime par ailleurs que les aéroports européens exposés à des compagnies dominantes peu rentables et disposant de flottes anciennes devraient subir des ajustements de capacité plus marqués à la baisse, du moins tant que les prix du kérosène resteront élevés, ou dans un scénario de pénurie.
Bernstein précise aussi qu'une baisse de capacité entrainerait aussi pour les aéroports une chute marquée des revenus commerciaux : selon l'analyste le retail pourrait ainsi reculer jusqu'à 1,5 fois plus rapidement que le trafic.
Concrètement, Bernstein reste à l'achat sur Aena (société qui gère 46 aéroports et 2 héliports en Espagne) qui lui apparaît comme le meilleur profil du secteur grâce à sa diversification géographique, à son exposition aux low-cost et à son bilan solide. Une analyse partagée par UBS qui reste aussi à l'achat sur le titre. "Sans être totalement immunisé, Aena pourrait compenser une partie des vents contraires sur le trafic grâce à un report de la demande touristique de la Méditerranée orientale vers la Méditerranée occidentale", indique le courtier suisse.
Bernstein reste aussi à l'achat sur Fraport , tout en prévenant qu'il s'agit de l'aéroport le plus exposé opérationnellement (Lufthansa, Europe, dette élevée). A l'inverse, UBS est à "vente" sur le titre, évoquant "une valorisation élevée par rapport à son historique et à ses comparables et une vision plus prudente que le consensus sur le cash-flow libre et le bénéfice par action à horizon 2027". Il pointe aussi les risques plus importants à la baisse sur le trafic 2026-2027 dans un scénario de prix durablement élevés du kérosène.
Bernstein reste à "neutre" sur Aéroports de Paris (ADP), évoquant une exposition importante aux compagnies réseau (c'est-à-dire les compagnies qui proposent de nombreux voyages avec correspondance - supprimer ou réduire une ligne impacte alors l'ensemble du réseau) et une valorisation déjà exigeante. De son côté, UBS est à l'achat sur le titre, estimant que la valorisation déprimée par rapport à l'historique constitue un coussin, avec en outre une dynamique spécifique liée à la réduction progressive de la décote à mesure que la visibilité réglementaire s'améliore dans les prochains trimestres.
Enfin, Bernstein confirme sa note "neutre" sur Flughafen Zürich , mettant en avant le risque élevé sur l'approvisionnement en carburant (dépendance aux importations) et une valorisation déjà élevée. Une recommandation partagée par UBS qui souligne l'exposition de l'aéroport à une clientèle aisée qui pourrait limiter la destruction de la demande par rapport aux autres aéroports européens.
Des compagnies inégalement armées
Côté compagnies aériennes, une éventuelle pénurie se traduirait d'abord par des réductions de capacité. Dans ce contexte, Bernstein met en avant la supériorité des modèles low-cost et privilégie notamment Ryanair (recommandation à l'achat), mettant en avant sa flexibilité opérationnelle, ses coûts variables élevés (ce qui lui permet de s'ajuster rapidement) et un bilan solide, ce qui en fait la valeur "la mieux armée du secteur", selon le broker. Une lecture partagée par UBS qui présente la compagnie comme celle disposant "de marges parmi les plus élevées du secteur".
L'analyste reste aussi à l'achat sur IAG , évoquant un profil "robuste" et une bonne capacité à absorber un choc, malgré un modèle en réseau qui fait que réduire une ligne peut avoir des conséquences sur l'ensemble des vols. "Dans un contexte de contrainte sur le carburant, ces arbitrages deviennent rapidement coûteux", souligne l'analyste.
Bernstein est aussi "neutre" sur Lufthansa , évoquant sa structure plus rigide et son exposition au modèle hub, mais aussi un bilan "relativement solide".
A l'inverse, un groupe comme Air France-KLM (neutre) apparaît plus exposé en cas de choc (marges plus faibles, structure de coûts), même si la valorisation reste basse. Le courtier confirme aussi sa recommandation "neutre" sur easyJet : Bernstein évoque un modèle affaibli par des marges plus faibles et une valorisation moins attractive.
Enfin, Wizz Air (neutre) est considéré comme l'un des profils les plus vulnérables : rentabilité sous pression et forte sensibilité aux perturbations.
Un précédent historique
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les actions des aéroports européens ont reculé en moyenne d'environ 4%, sous-performant légèrement le Stoxx Europe 600 (-1 %). Cela suggère que de nombreux investisseurs perçoivent les vents contraires liés au conflit actuel comme temporaires, souligne UBS.
Dans sa note, le courtier rappelle qu'en 2011-2013, l'Europe avait déjà traversé une telle situation, avec des prix élevés du pétrole et du kérosène, combinés à une croissance économique faible voire légèrement négative. "À cette époque, les aéroports avaient enregistré une croissance faible, de l'ordre de quelques pourcents. Plusieurs compagnies peu rentables avaient restructuré leurs réseaux (notamment Iberia et Lufthansa), ce qui avait pesé sur la croissance du trafic", rappellent les analystes.
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