MAKASSAR, INDONÉSIE/JAKARTA, 1er septembre (Reuters) - D es centaines d’étudiants se sont rassemblés lundi dans les grandes villes d’Indonésie, malgré la répression et les violences du week-end qui ont fait huit morts, les plus meurtrières que le pays d’Asie du Sud-Est ait connues depuis plus de vingt ans.
Les manifestations ont débuté il y a une semaine contre les choix budgétaires du gouvernement, notamment les avantages accordés aux législateurs, avant de dégénérer en émeutes et pillages après la mort d’un conducteur de moto-taxi percuté par un véhicule de police.
Les maisons de responsables politiques, dont celle du ministre des Finances, ont été pillées, et des bâtiments publics saccagés ou incendiés, dans le plus grave défi lancé au président Prabowo Subianto depuis son arrivée au pouvoir il y a près d’un an.
Dimanche, Prabowo Subianto a annoncé une réduction des avantages accordés aux législateurs, une concession majeure aux manifestants, tout en avertissant que les forces de sécurité interviendraient avec fermeté pour maintenir l’ordre. La présence massive de l’armée et de la police a poussé certains organisateurs à reporter les rassemblements prévus à Jakarta.
Des groupes d’étudiants se sont néanmoins rassemblés à Jakarta, à Yogyakarta, centre culturel du pays, et à Makassar, où se sont produites les pires violences du week-end, qui ont fait au moins quatre morts dans des incendies criminel et des violences collectives.
Le rassemblement de Makassar s'est déroulé à proximité du bâtiment du parlement local qui a été réduit en cendres vendredi.
"La déclaration du président hier n'a pas tenu compte des demandes des étudiants et de la société civile", a déclaré Syamry, chef d'un groupe d'étudiants de l'université d'État de Makassar, qui a ajouté que les manifestants réclamaient aussi une réforme globale de la police.
Les manifestations et les violences ont ébranlé les marchés, la Bourse perdant plus de 3% à l’ouverture lundi avant de regagner un peu de terrain.
ÉVITER L'ESCALADE
Auparavant, des étudiants et des groupes de la société civile avaient mis fin aux manifestations à Jakarta. Plus de 1.200 manifestants y ont été arrêtés, selon le chef de la police locale.
L'Alliance des femmes indonésiennes, une coalition de groupes de la société civile dirigés par des femmes, a déclaré qu'elle avait reporté les manifestations prévues devant le parlement afin d'éviter toute répression de la part des autorités.
Des groupes d’étudiants ont également reporté une manifestation lundi, citant des conditions "très impossibles".
Des patrouilles de l'armée étaient visibles sur les routes principales de Jakarta lundi. La circulation était peu dense, de nombreuses entreprises autorisant le travail à domicile et les écoles organisant des cours en ligne.
Sur les réseaux sociaux, certains groupes ont mis en garde contre les faux appels à manifester et ont invité les gens à la prudence.
La ministre des Finances, Sri Mulyani Indrawati, a confirmé sur Instagram avoir été victime de pillages. Elle a appelé à cesser les pillages et présenté des excuses pour les manquements du gouvernement.
Plus de 700 personnes ont été blessées et les dommages aux infrastructures ont été estimés à 3,4 millions de dollars lors des manifestations de la semaine dernière à Jakarta, a déclaré le gouverneur de la capitale Pramono Anung.
Huit personnes sont mortes dans les manifestations, a déclaré lundi le principal ministre de l’Économie, Airlangga Hartarto.
Standard & Poor’s a estimé lundi que les manifestations en Indonésie ne devraient pas menacer la stabilité politique, tout en avertissant contre les ajustements politiques susceptibles d’alourdir la charge fiscale.
"L'un des résultats possibles serait une augmentation des dépenses sociales afin de renforcer le soutien aux groupes à revenus moyens et modestes", indique la note. "Cela pourrait à son tour entraîner une augmentation du déficit budgétaire, qui se rapprocherait de la limite légale de 3% du PIB."
(Reportages de Stanley Widianto, Ananda Teresia, Gayatri Suroyo, et Stefanno Sulaiman à Jakarta, Abd Rahman Muchtar à Makassar ; Version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)

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