* Un des gisements de tungstène les plus importants du monde
* Les opposants dénoncent un montage financier nébuleux
* Ils craignent les risques sanitaires liés à l'amiante
par Johanna Decorse
TOULOUSE, 19 octobre (Reuters) - Le projet de réouverture de
la mine de tungstène de Salau, dans les Pyrénées ariégeoises,
déchaîne les passions locales entre les partisans d'une reprise,
qui comptent sur ce métal stratégique pour "faire revivre" leur
vallée, et les défenseurs de l'environnement, qui redoutent les
risques liés à l'amiante.
Exploitée à partir de 1971, l'ancienne mine située à 1.230
mètres d'altitude, à quelques kilomètres de l'Espagne, a fermé
en 1986 du fait de l'effondrement des cours et de la concurrence
chinoise. Ses réserves étaient alors estimées à 3.000 tonnes.
La junior française Variscan Mines, basée à Orléans et
filiale à 100% de la société australienne Variscan Limited
VAR.AX , a obtenu en octobre 2016 auprès du ministère de
l'Industrie un permis exclusif de recherche minière d'une durée
de cinq ans, qui porte sur plusieurs autres métaux dont l'or.
Le PERM Couflens, du nom de la commune sur laquelle se
trouve la mine de Salau, pourrait déboucher sur une reprise
industrielle du site si le potentiel de minerai, évalué à
quelque 50.000 tonnes par Variscan Mines, se vérifiait.
Le gisement qui, durant sa période d'exploitation, a produit
12.415 tonnes d'oxyde de tungstène, serait "l'un des plus
importants au monde" selon la junior d'exploration.
Métal stratégique pour l'industrie de pointe qui entre dans
la composition de superalliages pour l'aéronautique, l'armement
ou l'éolien, le tungstène est produit à 80% par la Chine.
L'argument avancé par le porteur de projet de garantir à la
France, qui a décidé au début des années 2010 de relancer sa
politique minière, son "indépendance en tunsgtène" a été
déterminant dans l'obtention du permis d'exploration.
ATTEINTES RESPIRATOIRES
Mais, confronté à l'opposition des anti-mines, l'Etat, via
la préfecture de l'Ariège, a dû mettre en place au printemps
2017 une Commission locale d'information, de concertation et de
suivi et a imposé à Variscan Mines une évaluation préliminaire
des risques sanitaires notamment amiantifères.
La question de l'amiante, fibre minérale aux effets
cancérogènes, interdite en France depuis 1997, s'est posée dans
la mine de Salau dès le début des années 1980 avec plusieurs cas
recensés d'atteintes respiratoires majeures chez les mineurs et
deux décès par cancer broncho-pulmonaire.
Confirmée par plusieurs études dont une d'empoussièrement
menée en 1984 par le Bureau de recherches géologiques et
minières (BRGM) - établissement public -, la présence
d'actinolite, une variété d'amiante de la famille des
amphiboles, est contestée par les porteurs de projet.
Fin septembre, les premiers prélèvements dans l'air visant à
contrôler l'éventuelle présence d'amiante dans l'entrée de la
mine se sont révélés négatifs. Une étude approfondie du risque
amiantifère dans la roche devrait démarrer fin 2017, début 2018,
après des travaux de sécurisation du site.
L'analyse de roche, prévue pour durer plusieurs mois, fera
l'objet d'une expertise menée par un géologue et une métrologue
de l'Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation,
environnement, travail (Anses), désignés par l'Etat.
Contesté pour ses éventuelles conséquences sur
l'environnement d'une zone classée Natura 2000, ce projet l'est
aussi sur le plan financier.
A l'origine, la campagne d'exploration de l'ancien site
industriel, évaluée à 25 millions d'euros, passait par un
contrat de joint-venture avec Juniper Capital Partners Limited.
PRESSIONS DE L'ETAT POUR LE MONTAGE FINANCIER
Mais le fait que la société de capital-risque soit
domiciliée dans les Iles Vierges britanniques, un paradis
fiscal, a été pointée par les anti-mines et les autorités
françaises ont alors obligé Variscan Mines à revoir son montage.
Les porteurs de projet se sont alors tournés vers la junior
australienne Apollo Minerals AON.AX qui a repris le contrat
commercial liant Variscan Mines à Juniper Capital Partners
Limited. Sous la pression de l'Etat qui les a enjoints à faire
évoluer ce contrat vers une société de droit français, la
structure Ariège Tungstène a été créée en novembre 2016.
C'est par cette société, rachetée à 100% par Apollo Minerals
en 2017, que doivent transiter les fonds pour la campagne
d'exploration. La partie opérationnelle, sur le terrain, est
gérée par la société Mines du Salat, créée début 2017 et détenue
à 80% par Ariège Tungstène et à 20% par Variscan Mines.
"Juniper a fini son rôle de banquier, il ne reste plus
qu'une société, Mines du Salat, dont les deux actionnaires sont
français. Le montage est clair et transparent", explique à
Reuters Michel Bonnemaison, président de Mines du Salat et
ancien directeur général de Variscan Mines.
"Dans cinq ans, Mines du Salat, à qui va être transféré le
PERM, pourra peut-être déposer une demande de concession. Elle
sera amenée à ouvrir son capital et à entrer en bourse. J'espère
alors une prise de participation d'actionnaires français."
Mais pour l'heure, le permis exclusif de recherche minière,
censé passer aux mains de Mines du Salat, est toujours détenu
par Variscan Mines.
"UN ÉCRAN DE FUMÉE", SELON LES OPPOSANTS
De leur côté, les opposants au projet continuent de dénoncer
son financement "nébuleux et immoral".
"La mine de Salau est un écran de fumée, le prétexte d'une
spéculation boursière qui trompe l'Etat, qui a délivré
gratuitement ce permis d'exploration, comme les habitants à qui
l'on promet des emplois", dit Jacques Renoud, premier-adjoint au
maire de Couflens et co-président de Stop Mine Salau.
"Juniper est toujours là, derrière deux sociétés écrans.
L'un de ses membres a été nommé comme Michel Bonnemaison
directeur non-exécutif d'Apollo Minerals et cette société
australienne est elle-même en partie détenue par Juniper. Si ce
projet avait été honnête et industriellement valable au départ,
il aurait intéressé des groupes français, européens, américains,
russes ou même chinois", maintient Jacques Renoud.
Michel Bonnemaison, qui assure avoir cherché à intéresser
des industriels français sur la base des études menées par son
propre laboratoire E-Mines, défend "la solidité et le sérieux"
de son montage financier. Il précise qu'"Apollo Minerals a bien
racheté toutes les parts d'Ariège Tungstène mais qu'elle ne les
paiera en actions à Juniper et à Variscan Mines que si le
potentiel de la mine est démontré".
"Cela explique que Juniper soit représentée au board
d'Apollo Minerals et à la direction d'Ariège Tungstène pour se
tenir informée des avancées de la campagne", ajoute le géologue
ariégois, ancien du BRGM pour qui le gisement de tungstène de
Salau est "de classe mondiale".
(Edité par Yves Clarisse)
France-La réouverture d'une mine de tungstène déchaîne les passions
information fournie par Reuters 19/10/2017 à 11:34
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