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« Ce qui soutient les cours, c'est plutôt l'absence de mauvaises nouvelles » (Jean-Pascal Rolandez, The LT Funds)

Boursorama18/08/2016 à 14:17

Que penser des perspectives économiques de long terme, très influentes sur les marchés ? Les réponses de Jean-Pascal Rolandez, gérant chez The LT Funds.

Les marchés continuent de passer un été étonnamment calme après un premier semestre mouvementé. Qu’inspire cette accalmie de court terme à un investisseur de long terme ? Les réponses de Jean-Pascal Rolandez, gérant de fonds chez The LT Funds à Genève.

L’été boursier a été remarquablement calme après le choc du Brexit. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Est-ce une preuve d’optimisme, ou êtes-vous méfiant vis-à-vis de ce mouvement ?

Jean-Pascal Rolandez : Contrairement à ce que l’on pourrait croire en voyant le récent rebond, les investisseurs ne sont pas optimistes. Les investisseurs avec qui je parle hésitent, ont des craintes. Ce qui soutient les cours, c’est plutôt l’absence de mauvaises nouvelles, et toujours le maintien de taux très faibles sur les marchés obligataires, ce qui rend les actions plus attractives.

Par ailleurs, les résultats des entreprises sont bons. Les commentateurs de marché se plaignent du tassement de la croissance des entreprises, mais quand je vois par exemple que Nestlé enregistre toujours 4% de croissance de son chiffre d’affaire annuel, c’est très bien dans le contexte actuel !

Enfin, les investisseurs ne s’inquiètent plus du pétrole, revenu autour de 50 dollars/baril, ce qui convient à tout le monde, même à la Russie. Les inquiétudes autour de l’élection américaine de novembre sont par ailleurs réduites : je suis persuadé que Trump ne passera pas, surtout depuis que Warren Buffet l’a taillé en pièces début août.

La seule incertitude à court terme concerne la prochaine hausse des taux de la Fed, qui selon moi devrait intervenir dès septembre. Les investisseurs ont toujours tendance à voir ces hausses d’un mauvais œil, mais lorsque l’on prend du recul et qu’on se concentre sur les raisons fondamentales de cette hausse, on se rend compte que cela est un très bon signe qui confirme que l’économie américaine va très bien. Monter les taux sans tarder est également une décision saine pour éviter que les taux restent trop bas trop longtemps, comme l’avait fait Greenspan.

Hors Fed, qu’attendez-vous des autres banques centrales à long terme, notamment de la BCE ?

J.-P. R. : En Europe comme au Japon, la politique monétaire va forcément rester encore très accommodante à long terme. Il est certain que les 10 prochaines années seront marquées par une faible croissance, cela étant dû à la fois à des raisons démographiques et à un contexte toujours marqué par des efforts de maîtrise des déficits budgétaires qui limitent le potentiel de croissance.

Il est vrai que la relance souhaitée par les banques centrales avec cette politique peine à porter ses fruits. « On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif » : les entreprises européennes cherchent plutôt à se désendetter, et non à profiter des taux très faibles. De même pour les Etats qui doivent continuer à faire de très importants efforts pour limiter leur endettement. Ce processus de désendettement reste plutôt sain à long terme.

Que pensez-vous des inquiétudes latentes sur les banques européennes, qui souffrent de la compression de leurs marges à cause des taux négatifs ?

J.-P. R. : Au sujet des banques européennes, il y a un sujet structurel et un sujet conjoncturel.

Le sujet structurel, c’est qu’en effet, il n’y a presque plus de croissance de ce secteur en Europe. Les banques européennes sont devenues structurellement moins rentables qu’elles ne l’ont été par le passé. La situation n’est pas dramatique pour autant : avec un retour sur capitaux propres de 8 à 10%, dans le contexte de bas taux actuel, la rentabilité reste globalement au rendez-vous.

Le sujet conjoncturel, c’est-à-dire les inquiétudes relatives à la solvabilité des banques italiennes, vont quant à elles se dissiper. Le problème ne concerne en effet que certains établissements, qui sont des banques de second ou troisième rang comme Banca Monte dei Paschi di Siena. Le risque de contagion aux autres banques européennes est donc faible, car ces établissements ne sont pas systémiques.

On peut donc s’attendre à un retour à la normale à moyen terme sur le secteur bancaire. D’ici 18 à 24 mois, on peut s’attendre à ce que les banques cotent à 0,8 ou 0,9x leurs fonds propres, contre environ 0,5 ou 0,6x actuellement. Cela représente un potentiel de hausse d’environ 50% à moyen terme. Pour autant je ne suis pas investi sur le secteur bancaire, car dans une optique de long terme, l’absence de perspectives de croissance reste un vrai problème. Or notre gestion est de croissance, à prix raisonnable.

Vous êtes un investisseur de long terme, et une autre grande question de long terme concerne la trajectoire de l’économie chinoise. Est-ce un sujet d’inquiétude pour vous ?

J.-P. R. : Ce qu’il faut savoir, c’est que la structure de l’économie chinoise est très différente de celle des économies occidentales. Si la Chine avait une économie à l’occidentale, avec ce niveau d’endettement, il y aurait en effet du souci à se faire. Or, il faut avoir en tête que 95% du secteur bancaire chinois est public, détenu par l’Etat. L’Etat chinois peut donc recapitaliser son secteur bancaire à la moindre difficulté. Pour que la situation devienne inquiétante, il faudrait donc que les réserves de change de l’Etat chinois diminuent drastiquement. Or, ce n’est plus le cas.

Plus généralement, la Chine dispose toujours d’un grand nombre de leviers pour faire face à un éventuel ralentissement de son économie. Le potentiel de croissance de la consommation chinoise reste encore très élevé, avec notamment une migration urbaine qui reste encore limitée. Les autorités chinoises ont su trouver des solutions pour relancer la consommation interne début 2016. En somme, il faut reconnaître que le parti communiste chinois gère bien la situation.

En conclusion, dans ce contexte, quelles sont vos valeurs favorites en Bourse ?

J.-P. R. : Sur le marché français, Air Liquide se traite à des niveaux très attractifs. L’acquisition de l’américain Airgas est remarquablement bien menée. L’entreprise a été achetée à son juste prix contrairement à ce que pensent certains. La chute de 20 à 30% d’Air Liquide depuis l’annonce de cette acquisition n’est pas justifiée.

LVMH est également un très bon dossier à long terme. Les chiffres le montrent trimestre après trimestre. L’entreprise s’échange à un multiple de 10x son EBITDA de 2016, ce qui est inférieur à la moyenne du secteur alors que LVMH est l’une des meilleures entreprises mondiales du secteur du luxe.

Valéo, qui est une valeur que je cite depuis déjà deux ans, est également très décotée par rapport à son secteur. L’entreprise s’échange à un multiple de 5,5x son EBITDA de 2016 contre 6 à 8 pour les autres valeurs du secteur. Valéo bénéficie pourtant d’une belle perspective de croissance de ses marges grâce à sa diversification dans les équipements électroniques, qui permettent de dégager une marge plus élevée qu’avec les équipements automobiles de base.

Enfin, du côté des Small caps, j’apprécie toujours autant Synergie. Le secteur du travail temporaire reste en forte croissance pour des raisons sociétales, avec un marché du travail marqué par plus de flexibilité, plus de précarité également. Synergie a enregistré une croissance de 10% par an au cours des dernières années, et cette trajectoire semble vouée à se poursuivre.

Propos recueillis par Xavier Bargue

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