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En Charente, un maire de 24 ans dit «non» à la fermeture de la dernière agence bancaire de son centre-ville
information fournie par Le Figaro 03/10/2020 à 06:00

Renaud Combaud a appelé habitants et élus à venir manifester samedi 3 octobre devant l'agence tout juste fermée.

La nouvelle avait un goût aigre pour Renaud Combaud, le plus jeune maire de Charente, élu en mars dernier. Dans le centre bourg d'Aigre, commune de 1600 habitants située au nord-ouest de la Charente, la dernière agence bancaire a fermé ses portes le vendredi 2 octobre.

« L'agence de la Caisse d'Épargne Aquitaine Poitou-Charentes (CEAPC) était la dernière banque implantée dans le centre de la commune », explique le jeune maire de 24 ans. Seul un Crédit agricole reste, mais en périphérie de la commune. Une décision à laquelle il s'attendait : « l e directeur de Région Poitou de la CEAPC nous a proposé une visite dite «de courtoisie» le 7 septembre, mais je n'étais pas dupe, je me doutais de ce qui allait arriver .» Neuf jours plus tard, il apprend la fermeture de l'agence à la fin du mois par mail.

L'agence n'était déjà plus très accessible aux clients : « elle a réduit progressivement son activité, et avant sa fermeture l'établissement n'était ouvert que deux demi-journées par semaine .» Mais cette décision, même prévisible, reste illogique pour Renaud Combaud : « de nouveaux commerces ont ouvert à Aigre et les ventes de biens immobiliers ont bondi ces derniers mois. Ce retour vers la ruralité aurait pu profiter à la Caisse d'Épargne. »

Car l'agence bénéficiait d'une situation avantageuse, au cœur de la rue passante : « la banque aurait pu développer son activité au lieu de fermer la dernière agence du centre. Installer un distributeur de billets aurait été une alternative à la fermeture, car les habitants d'Aigre sont très attachés au paiement numéraire et certains commerçants n'ont même pas de terminal de paiement électronique. »

La commune prête à tout pour sauver l'agence

Le maire n'est pas le seul à être en colère. Tous les élus locaux se sont mobilisés pour protester contre la fermeture de l'agence. Afin de porter leur voix, « un courrier cosigné par les élus des 51 communes de Cœur de Charentes, la communauté de communes dont Aigre fait partie, a été envoyé au président du directoire de la CEAPC. Sans réponse », raconte le maire. Silence qui ne fait qu'amplifier le courroux de l'élu.

Les clients, directement concernés par la fermeture de leur agence, sont aussi irrités que leur maire: « ils nous disent tous qu'ils vont retirer leur compte de la Caisse d'Épargne », rapporte-t-il. Ces derniers devront désormais parcourir 22 kilomètres pour atteindre la Caisse d'Épargne la plus proche. Une nouveauté mal accueillie par « une population peu mobile ».

Clients ou pas, les Aigrinois soutiennent les actions lancées par la mairie : « une pétition contre la fermeture de l'agence a été lancée le lendemain de la nouvelle, et pour l'instant elle a récolté 200 signatures .» Une manifestation aura lieu le samedi 3 octobre devant l'agence désormais fermée. « Pour l'occasion, on va dévoiler au grand public la plaque historique de la Caisse d'Épargne sur laquelle on peut lire «Ouverte depuis 1899» », explique fièrement Renaud Combaud. Retrouvée récemment à la mairie, c'est un symbole pour la commune.

Aigre, un cas isolé, selon la banque

Cette petite commune de Charente n'est pas la première à devoir dire adieu à une de ses agences bancaires. Mais selon Laurence Martinez, directrice de communication de la CEAPC, « Aigre est un cas isolé. » « La banque réfléchissait à sa fermeture depuis quelques années déjà, car les conditions d'accueil n'étaient pas optimales : petit local de 36 mètres carrés, absence de distributeur, peu de clients... on a préféré regrouper notre activité sur deux agences à proximité de la commune, mieux équipées et ouvertes plus longtemps », explique-t-elle.

Interrogée sur le futur des autres agences de la région Nouvelle Aquitaine, elle affirme que « la moitié des 354 agences de la CEAPC sont situées dans des zones rurales. Rien n'est prévu pour ces établissements .» Et pourtant, le phénomène de désertification bancaire n'est pas propre à Aigre. Une étude publiée en 2018 par Sia Partners prévoyait la fermeture de 12% des agences bancaires d'ici 2020. Pour cause: la digitalisation du secteur et la baisse de la fréquentation de ces agences. À titre d'exemple, en 2019 la banque LCL annonçait la suppression d'une centaine d'agences d'ici 2021, en plus des 198 déjà fermées depuis 2016.

Bruno Facheux, représentant du syndicat majoritaire RSP - CEAPC, se montre plus optimiste : « en 2011 et 2012, la CEAPC devait fermer 20 agences en France, mais grâce aux mobilisations des élus et syndicats, la banque a rebroussé chemin et les agences sont restées ouvertes. » Mais pour Renaud Combaud, même si l'agence rouvre, le lien est rompu: « pour une banque qui se dit de proximité, on est à l'opposé de la ruralité ».

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