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Christine Leconte, l’architecte qui est prête à construire moins
information fournie par Le Figaro15/08/2021 à 06:00

VISIONS D’ARCHI (3/3). Cet été, le Figaro immobilier donne la parole aux architectes. La nouvelle présidente de l’Ordre des architectes, Christine Leconte, n’hésite pas à prendre des positions iconoclastes pour défendre le développement durable.

On les imagine volontiers chercher à marquer le paysage de leur empreinte grâce à leurs constructions et, à en croire les clichés, vouloir imposer coûte que coûte leurs idées quitte à s’éloigner des souhaits de leurs clients. Et si les architectes n’étaient pas ceux que l’on croit? En tout cas, la nouvelle présidente de l’Ordre des architectes, Christine Leconte n’hésite pas à prendre le contre-pied de ces clichés. Tout en revendiquant, bien évidemment, le geste et la qualité architecturale, elle rappelle que la situation actuelle doit pousser à plus de recyclage et de rénovation et qu’il faut s’appuyer plus que jamais sur les attentes, les usages et les envies des habitants pour lesquels on crée des logements et des équipements.

Pour illustrer ce propos, la dirigeante reçoit aux Cinq Toits, un site d’urbanisme temporaire dans le 16e arrondissement de Paris, auquel elle n’a nullement participé mais qui est parfaitement en phase avec sa vision. Surnommé la «caserne des possibles, ce site des Cinq toits est une ancienne caserne de gendarmerie du boulevard Exelmans (16e) qui accueille un projet d’innovation sociale «favorisant le vivre-ensemble en expérimentant la mixité des publics et des activités». Concrètement, en attendant d’accueillir des logements sociaux, un centre d’hébergement d’urgence, une pension de famille et une crèche, les lieux sont gérés par l’association Aurore avec l’aide de Yes We Camp. Ces structures organisent l’hébergement de 350 personnes sur place, la mise à disposition de locaux à des artisans et artistes, un restaurant solidaire, un potager, un pôle vélo sans oublier un atelier de bricolage. Le tout est largement ouvert sur le quartier pour que personne n’hésite à franchir le seuil de cette caserne.

«Cette phase d’urbanisme transitoire est une excellente solution, estime Christine Leconte. Elle permet une meilleure acceptation du projet, c’est un temps de partage qui peut favoriser la baisse des délais de construction en évitant les recours du voisinage.» Elle n’hésite à venir ici avec ses étudiants en architecture pour leur faire découvrir une réalisation qu’elle estime exemplaire. L’équipement des lieux s’est fait avec un minimum de transformations et en utilisant au maximum le recyclage et à l’issue de l’expérience des Cinq Toits, la structure du bâtiment sera intégralement conservée. «Il ne faut pas oublier que 75% des déchets franciliens proviennent du bâtiment et des infrastructures, construire à tout-va n’est pas forcément vertueux. Ici, la valeur apportée par l’architecture, c’est l’usage, c’est une meilleure façon d’utiliser l’espace.» Et d’ailleurs, les usages ne sortent pas directement de l’imagination des architectes qui ont travaillé sur le site, préférant la co-construction avec les habitants. Certains effectuent un véritable travail de sociologue pour faire émerger les usages les mieux adaptés au quartier, à la population.

Rénovation et choix des matériaux

Preuve que les esprits changent selon Christine Leconte, l’appel à projet pour la transformation de l’Hôtel-Dieu de Rennes, hôpital historique de la ville, a été remporté par une équipe qui n’a pas affiché sa programmation. Celle-ci n’a été dévoilée qu’après trois ans de développement, d’études et de concertation avec la population locale. «Cet échange est crucial, bâtir du neuf sans rien donner à la ville: cela crée des frustrations. Il faut veiller à apporter des espaces publics, des crèches, de nouveaux usages...»

Au-delà de ces nouvelles façons d’habiter et de cette meilleure façon d’utiliser l’espace, Christine Leconte rappelle que les architectes ont un vrai rôle à jouer dans la rénovation. Tout comme l’ex-ministre du Logement, Julien Denormandie, qui tenait en son temps à rappeler qu’il était autant voire plus un ministre de la Rénovation que de la Construction, la présidente de l’ordre des architectes rappelle que ce genre de travaux figurent pleinement dans leur mission.

La construction reste évidemment d’actualité mais Christine Leconte estime que les modes de vie vont devoir évoluer et qu’il va falloir créer une multitude de modèles entre les deux extrêmes actuels largement critiqués: le logement collectif étriqué et mal conçu et le pavillon de banlieue trop gourmand en terrain et en étalement urbain. «En contact avec les élus locaux, l’architecte peut faire mieux pour créer plus de logements avec des jardins en cœur de ville, et d’autres espaces partagés, des appartements traversant avec une vraie cuisine, tout en offrant la proximité avec les services que peut apporter la ville dense.»

Et si les habitants devront un peu revisiter leur rêve de maison individuelle avec jardin, ceux qui conçoivent les logements devront aussi mieux intégrer les risques du changement climatique. Cela passera notamment par une meilleure prise en compte du confort d’été puisqu’actuellement la réglementation thermique traite surtout du confort d’hiver. Et il s’agit aussi de se pencher dès maintenant sur les matériaux que l’on utilise. Si Christine Leconte n’en est pas encore à estimer que demain BTP signifiera Brique Terre Paille, elle est persuadée qu’il faudra utiliser moins de béton à l’avenir et diversifier les matériaux de construction en misant sur des filières de proximité. «La production de béton a doublé en dix ans et elle pèse près de 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, rappelle-t-elle. Le sable est une ressource précieuse et malgré les qualités du béton, il faut utiliser autre chose là où l’on peut.» À ce titre, elle estime que le projet cycle terre qui vise à transformer en brique de la terre issue d’excavation va dans le bon sens.

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