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Carburants : la voiture, un mode de déplacement contraint pour des millions de Français
information fournie par Le Figaro14/10/2021 à 17:55

Ressentie par de nombreux ménages obligés de prendre leur automobile pour aller travailler ou faire des achats, l'augmentation des factures de plein d'essence est particulièrement délicate.

C'est un dossier particulièrement explosif, que les autorités surveillent de près. La hausse des prix à la pompe engendrée par l'augmentation des prix du pétrole se révèle pesante pour des millions d'automobilistes, qui paient leur plein d'essence en tirant la langue. L'alourdissement de la facture fait aussi ressurgir le démon de troubles sociaux, trois ans après le début du mouvement des «gilets jaunes».

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Car la voiture reste un mode de déplacement privilégié, sinon contraint, pour se rendre à son travail pour une part importante des Français. En 2017, les trois-quarts des 24,6 millions d'actifs en emploi étudiés par l'Insee l'utilisaient, quelle que soit la distance parcourue. Les autres modes de transport sont bien moins utilisés, qu'il s'agisse des transports en commun (16%), des deux roues (2%), du vélo (2%) ou de la marche (6%). La voiture est majoritaire dès que l'individu doit parcourir plus d'un kilomètre pour se rendre sur son lieu de travail. Sans surprise, plus la distance est grande, plus elle est utilisée.

Malgré le développement des transports en commun et du vélo, la voiture n'a que peu reculé, de 0,9 point de pourcentage seulement en cinq ans, précisent les statisticiens nationaux. Les cadres, plus urbains, sont les seuls à utiliser moins la voiture que les autres moyens de transport pour se rendre sur leur lieu de travail : la proportion dépasse 56% dans l'ensemble des autres catégories socioprofessionnelles, jusqu'à atteindre 77,2% pour les artisans et commerçants. Paris fait aussi figure d'exception par rapport au reste du territoire : «le recours massif aux transports en commun est très spécifique à l'aire d'attraction de Paris puisque 44 % des actifs en emploi y résidant utilisent métro, bus, tramway, RER ou train pour aller travailler. Dans la ville de Paris, sept actifs sur dix ont recours aux transports en commun», souligne le document.

Un moyen de transport également indispensable dans la vie quotidienne

Au-delà de son utilité pour se rendre au travail, la voiture est aussi indispensable à des millions de Français pour se rendre chez le médecin ou pour acheter des produits essentiels, comme du pain. Dans une note de blog postée début octobre, deux chercheuses soulignaient les distances importantes que devaient parcourir de nombreux ménages pour avoir accès à des biens et services basiques.

Dans la région Grand Est, ainsi, 57% des 205.000 habitants des «communes rurales où la densité de population est très faible [...] mettent en moyenne au moins 10 minutes en voiture pour accéder à un ensemble d'équipements les plus utiles au quotidien». Autre exemple, «en Bourgogne-Franche-Comté, 4 % des jeunes de la région [...] habitaient en 2014 dans des territoires où le temps d'accès en voiture à un espace culturel (théâtre, musée, cinéma…) ou à un établissement de formation (lycée, centre d'apprentissage, enseignement supérieur…) dépassait 40 minutes en moyenne». Difficile, dans ces conditions, de se passer d'un mode de déplacement motorisé.

«Il y a le travail. Et les déplacements médicaux, c'est la voiture. Les gamins à l'école, les activités périscolaires, c'est la voiture. Le temps social, partir en week-end, voir la famille, c'est la voiture», énumère Pierre Chasseray. Le délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes s'inquiète d'une hausse des prix des carburants qui risque de mettre le feu aux poudres, en touchant des millions de Français roulant pour aller à la boulangerie, chez le docteur, au sport. «On a un vrai problème, un État qui n'a pas pris la mesure de ce qui s'est passé il y a trois ans. Emmanuel Macron, à 43 ans, est atteint d'Alzheimer», s'insurge le représentant.

Rejetant le principe d'un chèque carburant - «l'usine à gaz !», balaie-t-il - et d'une TICPE flottante, Pierre Chasseray suggère de baisser la TVA pesant sur les carburants à 5,5%, «au niveau des produits de première nécessité». Une revendication de longue date de son association, désormais défendue également... par Anne Hidalgo, pourtant opposée de longue date à la mainmise de la voiture.

Sans cette baisse des taxes, les tensions sociales de 2018 risquent de se reproduire, met en garde le délégué général, inquiet de l'absence de réaction de l'exécutif jusqu'ici. «Elle vient grever le budget des familles [...]. Aujourd'hui, non seulement il faut une baisse des taxes, mais il la faut tout de suite, avec un effet de baisse d'au moins 20 centimes sur le litre», s'exaspère-t-il. «Le gouvernement est parisien, mais Paris n'est pas la France. Ce n'est même pas l'Île-de-France. C'est l'exception française, et on gouverne depuis l'exception», soupire-t-il.

De son côté, le gouvernement assure étudier des pistes pour aider les millions de Français forcés de se déplacer en voiture, et qui voient avec inquiétude la facture du plein d'essence s'alourdir. «Nous travaillons à des mesures de protection qui pourraient être prises pour accompagner les Français dans ces moments difficiles», a expliqué Gabriel Attal, mercredi. L'exécutif veut appuyer les plus précaires ainsi que les actifs qui prennent leur voiture «pour aller travailler», a ajouté le porte-parole, sans donner pour autant de calendrier précis. «C'est une grave erreur d'attendre, car quand la colère se déplace dans la rue, c'est fini, répond Pierre Chasseray. On sait que ça va péter. La situation est extrêmement tendue», met-il en garde, sans mâcher ses mots.

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