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Terrorisme: les cartes bancaires prépayées à nouveau dans le viseur des autorités

Le Figaro15/05/2016 à 18:06

Salah Abdeslam, le suspect-clé des attentats de Paris, a utilisé pendant plusieurs mois avant son arrestation une carte de crédit prépayée anonyme de la société bpost pour se déplacer dans toute l'Europe. Les autorités belges veulent les supprimer. En France, ces cartes sont aussi dans le viseur du gouvernement.

Les cartes bancaires prépayées sont-elles sur la sellette? En Belgique, la Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF) du blanchiment d'argent a annoncé vendredi que Salah Abdeslam, le suspect-clé des attentats de Paris, avait utilisé pendant plusieurs mois avant son arrestation une carte de crédit prépayée anonyme de la société bpost pour sillonner l'Europe. Philippe de Koster, le directeur de la CTIF, est bien décidé à mettre un terme à l'utilisation de ces moyens de paiement, rapporte Le Soir . Alors que le conseil des ministres belge a donné son feu vert vendredi à l'interdiction des cartes SIM anonymes pour les téléphones mobiles, dans l'objectif de rendre plus difficile la communication entre les terroristes, il fait valoir que les cartes bancaires anonymes sont tout aussi dangereuses. «Ces cartes sont l'instrument préféré des terroristes», a-t-il dit.

En France, depuis les attentats du 13 novembre 2015, ces cartes sont aussi dans le collimateur de Bercy et de Tracfin. Le ministre des Finances Michel Sapin a annoncé en mars que le gouvernement allait mettre fin à l'anonymat des cartes bancaires prépayées. «Un décret en préparation par mes services prévoit notamment une prise d'identité dès le premier euro pour les cartes prépayées anonymes, c'est-à-dire chargeables ou rechargeables en espèces», a-t-il précisé.

Alternative à la carte bancaire classique

Aujourd'hui, la loi française permet l'utilisation des cartes prépayées sans vérification d'identité pour les cartes non-rechargeables de moins de 250 euros, et pour les cartes rechargeables jusqu'à 2500 euros par année. Elles se veulent une alternative aux cartes de paiement classiques, notamment pour ceux qui n'ont pas de compte en banque. Elles sont parfois utilisées par les parents pour doter leurs enfants mineurs d'un moyen de paiement pratique, par exemple lorsqu'ils partent à l'étranger en stage linguistique et qu'il est difficile de leur remettre suffisamment d'argent liquide.

» Lire aussi: Terrorisme: les cartes prépayées devront être mieux surveillées

Estampillées Visa ou Mastercard et munies d'un code secret, elles peuvent être achetées chez un buraliste ou un kiosquier ou même en ligne. Elles permettent de retirer du liquide dans les distributeurs, de faire des achats en magasin ou en ligne, comme des cartes classiques. Mais à la différence de ces dernières, elles ne sont pas nominatives et elles ne sont pas systématiquement rattachées à un compte bancaire. Beaucoup d'entre elles sont simplement adossées à un compte «carte», sur lequel n'importe qui peut verser de l'argent. Une fois créditées, ces cartes pourront être utilisées pour régler des dépenses jusqu'à épuisement des fonds, et être à nouveau rechargées autant que de besoin.

Pour Bercy, ces cartes permettent «la circulation discrète d'importantes sommes d'argent, avec la possibilité de faire passer le support (similaire à celui-ci d'une carte bancaire) de main en main, y compris par-delà les frontières». Le ministère a récemment révélé que ces moyens de paiement avaient été utilisés dans la préparation des attentats du 13 novembre pour financer les voitures et appartements des assaillants.

À l'heure où les opérations bancaires se digitalisent, le durcissement de la législation inquiète l'Association française des établissements de paiement et de monnaie électronique (Afepame), créée en 2010 et qui regroupe 19 des 22 établissements de paiement ou de monnaie électronique agréés en France. «La monnaie électronique non anonyme ne doit pas être une victime collatérale des prises de positions concernant les cartes prépayées anonymes», a-t-elle prévenu dans un communiqué. La question ne taraude pas seulement la France et la Belgique. Des nouvelles règles vont être débattues dans les prochains mois au niveau européen dans le cadre d'un plan d'action de l'Union européenne contre le financement du terrorisme.

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr


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