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Malgré la demande, la plupart des particuliers ne peuvent pas se procurer d'armes à feu

Le Figaro20/11/2015 à 11:02

Des Parisiens angoissés face aux attentats poussent les portes des armureries , pour se renseigner sur les possibilités d'obtenir une arme à feu. Le cadre français est très restrictif pour les particuliers.

«Arrêtez d'appeler, nous sommes débordés de coups de téléphone!». C'est la réponse sèche qui claque de la bouche d'un armurier de la capitale contacté par Le Figaro lorsqu'on lui demande si un phénomène déjà entraperçu en janvier après les attentats de Charlie Hebdo se reproduit: la soudaine volonté d'une partie des Parisiens d'acquérir une arme à feu.

Dans un article du quotidien 20 Minutes ,Yves Gollety, le président de la Chambre syndicale nationale des armuriers ne s'en étonne même pas: «C'est toujours comme ça après des périodes de troubles (…) Ce ne sont pas nos clients, mais des gens qui ont peur et veulent s'acheter une arme pour se défendre». Et qui poussent donc en masse les portes des commerces d'un secteur en lent déclin, puisque la chambre syndicale ne compte plus que 360 exploitants membres, cinq fois moins qu'avant la Seconde guerre mondiale.

Et invariablement, la réponse des armuriers est la même: il est totalement impossible d'acheter une arme, à moins de posséder un permis de chasse (1,4 million de titulaires) ou d'être licencié de la Fédération française de tir (160.000 personnes), permettant d'entamer la procédure pour obtenir un port d'armes. Seule possibilité pour le quidam qui n'est ni chasseur ni tireur sportif: les armes de «catégorie D», à savoir les couteux, les armes à impulsion électrique, les bombes aérosols, les matraques, et les «armes d'épaule à canon lisse tirant un coup par canon», ces dernières étant soumises à enregistrement. Yves Gollety, lui-même armurier à Paris, conteste donc l'idée d'une explosion de l'activité de ces commerces après les attentats: «Pendant quinze jours, on va vendre des bombes lacrymo. Et des munitions aux gens qui ont des autorisations. Mais c'est tout».

Des procédures longues mais contournables

Pour ceux qui veulent malgré tout pouvoir acquérir une arme à feu, pas d'autres solutions que de devenir chasseur ou tireur sportif. Dans le premier cas la procédure est assez accessible puisqu'il suffit de passer son permis de chasse (valable à vie), de payer une cotisation à une fédération de chasse pour la durée souhaitée. «Vous pouvez tout à fait acheter une validation pour trois jours, comme si vous vouliez partir un week-end à la chasse, et acheter pendant ce laps de temps autant d'armes que vous voulez», explique au Figaro Laurent-Franck Lienard, avocat spécialiste du droit des armes. Qui tempère cependant: «Mais les seules armes que vous pourrez obtenir sont des fusils de chasse, ou des carabines à répétition manuelle». Des armes potentiellement mortelles, mais assez éloignées tout de même de la kalachnikov.

La licence de tir sportif, elle, donne plus de libertés permettant notamment l'accès aux armes de poing recherchées. Mais elle est plus difficile à obtenir: sont exigés six mois d'ancienneté dans un club de tir, une demande d'autorisation de détention avec enquête préalable (toute mention au casier judiciaire étant en principe éliminatoire), et l'obligation pour le détenteur d'effectuer chaque année trois séances de tir sous contrôle, le permis étant lui délivré pour une durée maximum de cinq ans renouvelable. Plus de contraintes certes, mais qui n'empêchent pas certains individus de profiter malgré tout de la législation: «Vous avez effectivement des personnes qui, une fois l'autorisation obtenue, ne vont plus que trois fois dans l'année au club pour respecter l'obligation minimale. Elles ont fait toutes ces démarches dans un seul but: pouvoir détenir une arme à feu chez elles», confirme Laurent-Franck Lienard.

Et si ces personnes sont les seules qui ont un espoir de pouvoir ressortir de chez l'armurier avec une arme à feu, elles risquent de ne pas la conserver très logntemps. L'état d'urgence permet en effet aux autorités d'exiger la remise (temporaire) des armes que détiennent les particuliers. «L'Etat craint qu'une personne armée décide de ‘rendre la justice', ou a peur qu'un tireur sportif devienne fou suite aux attentats. Mais cette mesure passerait assez mal car elle revient à désarmer des citoyens innocents, qui ont obtenu des armes légalement, et qui ont déjà le sentiment d'être des victimes dans le contexte actuel», explique le juriste. Qui rappelle que si cette mesure est mise en place à l'échelle nationale, ce serait une première depuis... 1939.

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