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À un mois de Noël, les Français n'ont pas le coeur à faire les magasins ou visiter Paris

Le Figaro20/11/2015 à 13:23

FOCUS - La fréquentation des grands magasins parisiens, comme des petits commerces, est en berne depuis les attentats de vendredi dernier. Les Français ont égalements annulé en masse leurs réservations de courts séjours et week-ends dans la capitale.

Une semaine après les attentats, les Français sont toujours sonnés. Ils n'ont pas le coeur à consommer ni à voyager. Les enseignes franciliennes font face à une chute de leur fréquentation, et les entreprises de tourisme voient leurs offres de séjours parisiens boudées. Tous espèrent un sursaut des achats d'ici à Noël. Une période cruciale s'ouvre ce week-end, qui marque pour la plupart des commerces le premier dimanche d'ouverture de la période des fêtes de fin d'année. Autant dire un week end crucial pour les professionnels.

• De nombreux clients ont déserté les Galeries Lafayette et le Printemps

La fréquentation des deux grands magasins emblématiques de Paris, les Galeries Lafayette et le Printemps, a baissé respectivement «de l'ordre de 50%» et de 30% depuis les attentats par rapport à une période normale, ont indiqué les deux enseignes jeudi. Une porte-parole des Galeries Lafayette a également évoqué une baisse du chiffre d'affaires sans la chiffrer. «Nous avons à dire à chacun de nos concitoyens qu'ils peuvent se déplacer, aller travailler, ils peuvent consommer, et vivre normalement», a déclaré la secrétaire d'Etat à la Consommation Martine Pinville en visitant ces deux magasins jeudi.

• Le petit commerce souffre aussi

Reçues jeudi soir à Bercy, les fédérations de commerçants indépendants attendent désormais des mesures de soutien de la part du gouvernement. Le climat anxiogène refreine les envies de shopping en centre-ville. Tous les secteurs sont touchés. La mode, à travers la voix de Bernard Morvan, le président de la Fédération nationale de l'habillement (FNH) a tiré le signal d'alarme jeudi, déplorant des baisses de fréquentation de 20 à 30 % à l'échelle nationale et de plus de 50% à Paris. Le secteur voit son chiffre d'affaires fondre de 20 à 30%. La chaussure s'effondre aussi: les ventes ont chuté de 70% en valeur ces six derniers jours à Paris, et de 30 à 40% en province. Même situation alarmante sur les marchés, désertés par le chaland le week-end dernier. Le jouet, enfin, enregistrait toujours un recul de 25% de ses ventes lundi, après un creux de 65% samedi.

• Passé le choc, un report des achats sur les sites marchands

Les premières heures qui ont suivi les attentats ont stoppé net l'activité des commerces, y compris celle des sites marchands. «Cela aurait pu être pire, même si l'activité de nos clients à chuté de 20% le week-end dernier», expliquait en milieu de semaine, Yann Rivoallan, le patron fondateur de The Other Store, prestataire de service pour des sites e-commerce. «Si cela venait à durer, les marques lanceront très rapidement l'artillerie lourde sur les promotions», poursuit-il. De fait, si beaucoup ont rebaptisé l'opération, très peu ont annulé les rabais monstres prévus pour le «Black Friday» le 27 novembre. Les ventes privées, désormais traditionnelles avant Noël ne manquent par non plus à l'appel. «Nous avons enregistré un creux dans notre trafic samedi, tout le monde était sonné, devant les infos, puis nous avons observé une forte remontée à partir de 19 heures ou 20 heures», confie de son côté Cyril Andrino, PDG de Brandalley. «La réalité a repris le dessus sur la peur. Il faudra faire ses achats de Noël.» Un «réalisme» qui se retrouve dans les chiffres de trafic du site de ventes privées: «presque 20% de plus» que les prévisions depuis les attentats. Selon Cyril Andrino, «la chute incroyable de fréquentation des grands magasins montre qu'il y aura toujours des clients qui auront peur d'être dans des magasins bondés et des espaces clos». De fait, la plus grosse journée de Brandalley en terme de chiffre d'affaires en 2015 reste à ce jour celui du premier jour des soldes d'hiver en janvier dernier, ce mercredi des attaques de Charlie Hebdo. Les Français ont réalisé sur le site en quelques heures 2 millions d'euros d'achats...

• Une certaine réticence à passer un week-end ou un court séjour à Paris

Le tourisme est également en pleine tempête. «Depuis samedi, nous enregistrons des annulations en cascade», confiait Didier Chenet, président du Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs (Synhorcat) en début de semaine. «Nos professionnels passent leur temps à répondre au téléphone à des clients qui annulent leur réservation.» Jeudi, Alexandre de Juniac, PDG d'Air France KLM, a déclaré à CNBC qu'il constatait une certaine réticence à venir à Paris après les attentats de vendredi 13 novembre. La compagnie aérienne enregistre ainsi davantage d'annulations que de nouvelles réservations. Le dirigeant s'est toutefois déclaré confiant sur une reprise dans les semaines à venir. Mais la clientèle internationale n'est pas la seule à éviter la destination Paris. Les Français qui comptaient s'offrir une escapade dans la capitale ont été nombreux à annuler leur projet. «Samedi, 90 des 160 réservations enregistrées sur notre site pour la nuit du 14 novembre à Paris ont été annulées à la dernière minute», rapporte Laurent Salanié, directeur général de Weekendesk, le site de réservation en ligne de week-ends. Et dimanche, les réservations dans la capitale, qui représente la principale destination du site, ont été quatre fois plus faibles que la normale. Le dirigeant reste optimiste pour les prochaines semaines. «Pour l'instant, les Français ont un peu peur et sont angoissés mais nos clients organisent des week-ends à l'impulsion. La moitié de nos réservations sont faites à moins de dix jours du départ.» Il observe d'ailleurs déjà un «léger frémissement» des ventes depuis mercredi après-midi, après l'assaut du Raid à Saint-Denis.

• Les voyages d'affaires généralement maintenus

«Nous observons quelques désistements mais il est encore trop tôt pour définir une tendance», souligne Emmanuel Ebray, directeur de HRS France, spécialiste de la réservation d'hôtels sur Internet pour les entreprises. Dès samedi, la plateforme qui propose des réservations individuelles de voyageurs professionnels mais aussi des voyages groupés d'entreprises avait mis en place un dispositif particulier pour gérer les demandes des clients. LunaJets, le loueur de jets privés basé à Genève mais très implanté sur la destination Paris, a vu son activité résister ces derniers jours. «Nous avons le sentiment que les voyageurs d'affaires sont rassurés de prendre un vol privé plutôt qu'un avion de ligne dans le contexte actuel», analyse Laurent Détroyat, responsable commercial chez LunaJets. Un contexte en effet très tendu pour l'aviation, alors que deux vols Air France devant rejoindre Paris depuis les États-Unis ont dû être déroutés mercredi après une alerte à la bombe.

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