Élodie et Thomas gagnent très bien leur vie… mais paient trop d’impôts: faut-il défiscaliser à tout prix? information fournie par Le Particulier 22/03/2026 à 08:00
Sommaire:
Une absence de stratégie patrimoniale
Faut-il défiscaliser à tout prix?
Le PER: un outil puissant… à condition de bien l’utiliser
Une épargne plus dynamique et mieux allouée- Quotient familial, enfants et entretien du domicile
Immobilier: investir, oui… mais pas pour l’impôt seul
Construire une stratégie, pas empiler des dispositifs
Élodie, 42 ans, est directrice marketing dans un groupe de services numériques. Son mari Thomas, 45 ans, est ingénieur senior dans l’industrie. Ces trois années, leur parcours professionnel a beaucoup évolué, ils ont gagné en responsabilité, et ont vu leurs salaires bondir. A eux deux, ils perçoivent désormais 160.000 euros de revenus nets imposables par an. Ils sont mariés, parents de deux enfants de 8 et 11 ans, propriétaires de leur résidence principale en région parisienne, acquise il y a huit ans à crédit, et disposent d’un peu plus de 110.000 euros sur des produits d’épargne.
Sur le papier, la situation du couple est très confortable. Dans la réalité, un sentiment pèse de plus en plus lourd: celui de la frustration. Chaque printemps, la réception de l’avis d’imposition est vécue comme un moment de tension. Un taux marginal d’imposition à 41%, près de 28.000 euros d’impôt sur le revenu, auxquels s’ajoutent les prélèvements sociaux sur leurs placements.
Une absence de stratégie patrimoniale
Comme beaucoup de ménages à hauts revenus, Élodie et Thomas ont accumulé des décisions patrimoniales au fil de l’eau, sans vision d’ensemble. Leurs revenus annuels se décomposent principalement en salaires, fortement imposés. Ils ne dégagent pas de revenus fonciers. Côté dépenses: crédit immobilier, frais de scolarité dans le privé, activités extrascolaires, vêtements, alimentation, charges fixes courantes, entretiens intérieurs et extérieurs de la maison, restaurants, vacances, loisirs… Le couple accumule des charges mensuelles autour de 9000 euros. Un niveau élevé, mais cohérent avec leur niveau de vie et sans dérive majeure.
Une fois les charges payées, Élodie et Thomas dégagent 2500 euros d’épargne mensuelle, soit 30.000 euros par an. A date, ils disposent d’un livret A plein «par sécurité» (22.950 euros), d’un LLDS avec 8000 euros d’encours, d’un PEA alimenté de 20.000 euros et d’une assurance-vie à hauteur de 60.000 euros, sans véritable stratégie d’allocation. Leur épargne s’accumule majoritairement sur des supports liquides, faiblement rémunérés et fiscalement peu efficaces. En somme, ils n’ont aucune stratégie fiscale structurée.
Faut-il défiscaliser à tout prix?
La tentation est grande, dans la situation d’Élodie et Thomas, de chercher la solution miracle qui ferait baisser immédiatement l’impôt. Mais
la défiscalisation
n’est pas une fin en soi. Elle n’a de sens que si elle sert un projet plus large: préparer la retraite, sécuriser la famille, diversifier le patrimoine.
Bien sûr, ils ont entendu parler du PER, des
FIP/FCPI
,
des dons
et autres dispositifs immobiliers et de niches fiscales permettant des déductions,
réductions voire crédits d’impôts
… Mais plutôt que de
multiplier les dispositifs
, l’enjeu est d’activer les bons leviers, au bon moment, en cohérence avec une trajectoire de vie. À plus de vingt ans de la retraite, le couple dispose d’un horizon de placement long, favorable aux investissements dynamiques. Ni joueurs, ni frileux, Élodie et Thomas pourraient aisément accepter une part de risque dès lors qu’elle est expliquée et maîtrisée. Un point clé, souvent ignoré, mais déterminant pour bâtir une stratégie durable.
C’est décidé, le couple se retrousse les manches pour bâtir une approche fiscale et patrimoniale cohérente, pensée et construite sur le long terme.
Le PER: un outil puissant… à condition de bien l’utiliser
Le Plan d’épargne retraite (PER) apparaît rapidement comme un levier central dans leur réflexion, mais il mérite d’être compris dans le détail. Son principe est simple: les sommes versées sont déductibles du revenu imposable, dans certaines limites, en contrepartie d’une épargne bloquée jusqu’à l’âge de la retraite (hors cas de déblocage anticipé). Dans le cas d’Élodie et Thomas, l’intérêt est évident. Leur taux marginal d’imposition (TMI) est de 41%. Chaque 1000 euros versés sur un PER leur permet donc d’économiser 410 euros d’impôt, ce qui n’est pas négligeable!
Concrètement, s’ils versent 10.000 euros chacun sur un PER au cours de l’année, soit 20.000 euros au total, ils peuvent réduire leur impôt d’environ 8200 euros. Un gain fiscal quasi immédiat (au moment de la déclaration des revenus de l’année n+1), et ce, sans aucun artifice. Mais l’arbitrage ne se limite pas à la carotte fiscale. L’argent sera imposé à la sortie, sous forme de rente ou de capital. L’enjeu est donc d’anticiper un taux d’imposition plus faible à la retraite, ce qui est souvent le cas lorsque les revenus baissent. Pour Élodie et Thomas, le PER devient ainsi un outil de lissage fiscal dans le temps, cohérent avec leur horizon de 20 ans avant la retraite.
Une épargne plus dynamique et mieux allouée
De plus, en adoptant une gestion dynamique de leur PER, le couple peut considérablement augmenter les gains à long terme. Par exemple, en choisissant des supports diversifiés comprenant des actions ou des Exchange Traded Funds (ETF) adaptés à leur horizon de 20 ans, leur contrat pourrait viser une performance moyenne annuelle de 4 à 5%, soit un capital potentiel de plus de 60.000 euros supplémentaires sur 20 ans (sans compter l’économie d’impôt!).
Dans la même perspective d’une épargne qui «travaille» mieux, Elodie et Thomas peuvent facilement réorienter leur épargne actuelle vers des supports plus rémunérateurs. Exemple: ils récupèrent 15.000 euros depuis leur livret A et leur livret de développement durable et solidaire (LDDS), qu’ils réallouent dans leur assurance-vie, tout en basculant sa gestion précédemment prudente vers un profil plus dynamique, à l’image de celui du PER. Cela leur permet de dégager un rendement supérieur tout en conservant un niveau de liquidité suffisant pour les projets à moyen terme (vacances, dépenses imprévues, travaux).
Quotient familial, enfants et entretien du domicile
Élodie et Thomas bénéficient de trois parts fiscales grâce à leurs deux enfants, ce qui diminue mécaniquement l’impôt. Mais l’avantage est plafonné: au-delà d’un certain revenu, le quotient familial ne compense plus complètement la progressivité de l’impôt. Pour 2025, le gain maximal par demi-part supplémentaire est d’un peu plus de 1700 euros. Avec deux enfants, le couple bénéficie donc d’un abattement théorique de 3400 euros sur son impôt. Concrètement, cela signifie que si leur impôt brut sans quotient familial était de 31.400 euros, le quotient familial réduit ce montant à environ 28.000 euros, ce qui correspond à la situation actuelle d’Élodie et Thomas. Mais cette mécanique a ses limites. Au-delà d’un certain niveau de revenus, l’effet du quotient familial n’augmente plus: même avec des enfants à charge, l’impôt continue de progresser fortement lorsque le revenu imposable augmente. Pour un couple comme Élodie et Thomas, qui se situe dans une tranche élevée, le quotient familial réduit certes l’impôt, mais ne change pas la nature de la fiscalité: la majeure partie de leur impôt reste concentrée sur leurs salaires.
En revanche, certaines dépenses liées aux enfants peuvent ouvrir droit à des crédits ou réductions d’impôt: frais de garde, emploi à domicile, soutien scolaire. Idem pour les services à la personne, pour entretenir la maison ou le jardin. L’emploi d’une aide-ménagère ou de services à domicile ouvre droit à un crédit de 50% des sommes engagées, dans la limite des plafonds légaux. Si le couple paye 4000 euros par an, il récupère 2000 euros directement sur l’impôt.
Immobilier: investir, oui… mais pas pour l’impôt seul
Comme beaucoup de contribuables fortement imposés, Élodie et Thomas ont été sollicités à plusieurs reprises pour des investissements immobiliers «clés en main» promettant une forte réduction d’impôt. Pinel, Denormandie, déficit foncier… les dispositifs ne manquent pas. Mais là encore, la vigilance s’impose. Un investissement immobilier mal situé ou surpayé reste un mauvais investissement, même s’il est défiscalisant.
Dans leur cas, une piste intéressante pourrait être le déficit foncier, via l’achat d’un bien ancien nécessitant des travaux. Les charges et travaux viennent alors s’imputer sur les revenus fonciers, voire sur le revenu global dans certaines limites, réduisant l’impôt sans plafond de niches fiscales. Prenons un exemple concret: en achetant un appartement ancien à rénover à 250.000 euros à Paris ou en proche banlieue attractive, avec des travaux de 80.000 euros (rénovation intérieure complète, plomberie, électricité, mise aux normes). Grâce au déficit foncier, les 80.000 euros de travaux peuvent être imputés sur le revenu global, jusqu’à 10.700 euros par an. Imposés à un TMI de 41%, l’économie d’impôt immédiate est de 10.700 × 41%, soit environ 4390 euros par an. Et sur les 80 .000 euros de travaux, il faudrait environ 7 à 8 ans pour utiliser pleinement la totalité du déficit, ce qui permet de lisser la réduction d’impôt sur plusieurs années.
En complément, les recettes locatives offrent un rendement net supplémentaire. En restant modeste, le couple peut espérer un rendement net de 4%, ce qui constitue un investissement rentable à long terme dans un marché immobilier en croissance.
Construire une stratégie, pas empiler des dispositifs
Au fil de leur réflexion, Élodie et Thomas comprennent l’essentiel: optimiser sa fiscalité, ce n’est pas chercher à payer le moins possible cette année, mais organiser intelligemment ses revenus, son épargne et ses investissements dans la durée. En combinant un PER alimenté régulièrement, une meilleure utilisation des avantages liés à la famille, des placements financiers pilotés et, éventuellement, un projet immobilier cohérent, le couple peut réduire significativement sa pression fiscale, tout en préparant la retraite et en sécurisant l’avenir de leurs enfants.