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Pour les banques centrales, l'inflation l'emporte sur les risques financiers
information fournie par Reuters 12/04/2023 à 13:43

WASHINGTON/LONDRES/FRANCFORT, 12 avril (Reuters) - Les responsables de politique monétaire restent concentrés sur l'inflation et sur la nécessité de continuer à relever les taux d'intérêt pour la juguler, malgré les avertissements concernant les risques économiques posés par les tensions récentes dans le secteur bancaire.

L'appel à la prudence émane notamment du Fonds monétaire international (FMI), qui a averti mardi des risques d'une crise mondiale. Mais les marchés obligataires envoient aussi des signaux de récession, tandis que certains banquiers centraux disent eux-mêmes surveiller la situation relative aux banques.

Néanmoins, trois des quatre principales banques centrales du monde prévoient de relever les taux d'intérêt lors de leurs prochaines réunions, une décision qui, selon les marchés américains, jettera les bases d'une réduction des coûts d'emprunt peu de temps après, lorsque la récession frappera.

Dans ses dernières perspectives de l'économie mondiale, le FMI a revu à la baisse sa prévision de croissance pour l'économie mondiale et a mis en garde contre des scénarios "plausibles" - qui pourraient réduire encore l'activité économique - découlant des récentes faillites de Silicon Valley Bank (SVB) et de Signature Bank aux États-Unis ainsi que du rachat du Credit Suisse.

Malgré tout, les responsables de politique monétaire semblent prêts à faire davantage pour lutter contre l'inflation, en dépit des récentes tensions financières.

Huw Pill, économiste en chef de la Banque d'Angleterre (BoE), a déclaré la semaine dernière qu'il fallait veiller à ce que le resserrement monétaire soit suffisant pour "faire le travail" et ramener l'inflation à son niveau cible de manière durable, tout en avertissant que les risques d'inflation étaient "fortement orientés à la hausse".

Un dilemme similaire existe en Europe et aux États-Unis, qui partagent un objectif d'inflation de 2% et le sentiment que le les prix sous-jacents sont bloqués à un niveau encore beaucoup trop élevé.

RIEN N'EST ENCORE "CASSÉ"

Les responsables économiques qui se réunissent à Washington cette semaine pour les réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale peuvent se rassurer en constatant que les risques liés à la crise sanitaire continuent de diminuer.

Le commerce, gravement perturbé par la pandémie de COVID-19, est largement revenu à la normale et ce qui ressemblait il y a quelques mois à un début de récession mondiale a fait place à une croissance continue, quoique lente, même dans la zone euro, où l'activité semblait sur le point de se contracter.

Une année de hausses accélérées des taux n'a encore "cassé" aucune des économies concernées, et si les coûts d'emprunt sont appelés à augmenter, le cycle de resserrement semble toucher à sa fin, les autorités monétaires s'orientant vers un niveau jugé suffisamment restrictif pour juguler les prix.

Toutefois, le niveau dit terminal des taux reste incertain, et la fin du resserrement monétaire synchronisé de la Réserve fédérale (Fed), de la Banque centrale européenne (BCE) et de la BoE ne signifie pas que la politique monétaire restrictive va disparaître.

Les banquiers centraux ont commencé à admettre que la normalisation de l'économie ne favorisera pas un retour facile aux tendances de faible inflation de l'ère prépandémique.

UNE INFLATION "ENRACINÉE"

En Europe, les inquiétudes concernant notamment les prix de l'énergie se sont déplacées vers les prix "de base", qui continuent d'augmenter.

Cette inflation sous-jacente, qui a atteint le niveau record de 5,7% le mois dernier en zone euro, concentre désormais toute l'attention de la BCE, qui redoute que l'augmentation des prix ne se maintienne durablement au-dessus de l'objectif fixé.

"D'après notre scénario de base, afin d'être certains que l'inflation revienne vers 2%, davantage de hausses de taux seront nécessaires", a déclaré Philip Lane, chef économiste de la BCE, au journal allemand Die Zeit fin mars.

Aux Etats-Unis, la Fed devrait augmenter son taux d'intérêt de 25 points de base supplémentaires le mois prochain, et indiquer si d'autres hausses pourraient être justifiées, alors que le marché du travail reste solide et que l'inflation se concentre désormais dans les secteurs les moins sensibles à des taux élevés.

Une mesure souvent citée par les responsables de la Fed, le taux d'inflation dit "trimmed mean", qui exclue les biens dont les prix ont le plus et le moins évolué, n'a guère ralenti, passant de 4,75% en août à seulement 4,59% en février.

Jan Groen et Oscar Munoz, stratégistes chez TD Securities, ont récemment conclu qu'une partie de l'inflation de l'ère pandémique s'était "enracinée", l'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) aux États-Unis, étroitement surveillé par la Fed, étant susceptible de s'établir à un taux d'environ 3%.

Si ce taux d'inflation "core PCE" se maintient à un niveau élevé, la Fed "devra choisir entre son objectif d'inflation ou un assouplissement agressif" pour faire face à une éventuelle hausse du taux de chômage.

Le résultat le plus probable, selon eux, est que les taux d'intérêt resteront probablement plus élevés que prévu, l'inflation restant la priorité absolue.

(Reportage Howard Schneider, William Schomberg et Balazs Koranyi ; avec la contribution de David Lawder à Washington et Leika Kihara à Tokyo, rédigé par Dan Burns et Paul Simao ; version française Diana Mandiá, édité par Blandine Hénault)

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