Actia Group : une forte inclination pour le long-terme
information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 16/07/2026 à 07:56

La société est un grand spécialiste des calculateurs embarqués, des interfaces homme-machine, des architectures véhicules connectées, des convertisseurs de puissance, des solutions de transport et de gestion d'énergie. (crédit : Adobe Stock. image d'illustration générée par IA)

Basé à Toulouse, Actia Group conçoit et fabrique des systèmes électroniques qui intègrent toutes sortes de plateformes, principalement mobiles, construites par toutes sortes de constructeurs, le tout pour un chiffre d'affaires 2025 de 535 millions d'euros avec 3 800 salariés environ, dont 800 à Toulouse, et en tout 1.500 ingénieurs et techniciens en R&D. Actia opère avec une trentaine de sites dans 17 pays en tout, dont 5 usines d'électronique, les plus importantes étant Tunis et Colomiers près de Toulouse, plus des usines aux USA, en Suède et en Espagne, plus des sites d'intégration auprès des clients dans 16 pays. Et enfin 6 centres de R&D : Actia est une société d'ingénieurs avant tout.

Quatre branches d'activité, la mobilité en premier

La société est un grand spécialiste des calculateurs embarqués, des interfaces homme-machine, des architectures véhicules connectées, des convertisseurs de puissance, des solutions de transport et de gestion d'énergie, et propose aussi des services de maintenance en condition opérationnelle, de diagnostic, d'ingénierie de conception, voire de fabrication pour compte de tiers. Il opère avec quatre divisions depuis 2024 :
i) Mobility (71% des ventes 2025) : modules électroniques pour voitures et poids lourds, pour des clients OEMs constructeurs d'automobiles, d'engins agricoles ou de chantier, de camions, de bus et de cars, et de trains, comme Volvo Trucks, Mac Trucks, Traton, les constructeurs chinois de bus (Actia est sur place depuis 2003, et équipe 30% des cars chinois exportés) et mexicains, Alstom, etc… Et, tant qu'à faire, puisque Actia a des usines (ce qui n'est pas le cas de tout le monde), la division Mobility peut travailler aussi en tant qu'EMS pour ses clients (et même comme MDS, puisque la groupe fait aussi le Design).
ii) Aerospace (14% des ventes) : modules embarqués pour satellites, cartes électroniques et calculateurs de vol pour aérronefs, terminaux de réception SatCom, tout ça pour des clients comme Airbus Group et des opérateurs comme Arabsat et OneWeb.
iii) Energy (7% des ventes) : système de contrôle et de protection des réseaux électriques, systèmes SCADA de surveillance, solutions de comptage, etc…, et enfin
iv) Engineering Services (7% aussi) : ingénierie externalisée pour compte de tiers (sur le mode Alten) qui est l'activité la plus récente dans le groupe, créée pour répondre à une nouvelle demande de clients comme Renault.

Des séries plus ou moins longues et des clients un peu partout

Fait important à noter, Actia fabriquait en très grandes séries des systèmes télématiques pour les voitures de marque premium (Volvo) mais a fortement réduit cette activité devenue de moins en moins rentable, et qui ne contribue plus que pour 13% des ventes en 2025, contre 38% en 2019.

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Et les secteurs clients du groupe sont aussi mieux diversifiés à présent qu'il y a cinq ans, entre les Poids Lourds, les Bus & Cars et l'Aéronautique Défense Espace, qui contribuent chacun pour 16% des ventes environ, les Engins Spéciaux, le Ferroviaire, l'Energie etc… autant de métiers où les équipements sont produits en petites et moyennes séries en fait.

Très logiquement, Actia Group est très internationalisé et a réalisé 43% de ses ventes en France (+2,7% en 2025), 32% en Europe (-8,4%), 13% dans les Amériques (+12,3% au Mexique), et 12% en Asie Pacifique (+12,9% en Chine et en Corée). Et travaille principalement avec des clients grands comptes : en 2025, les 10 premiers contribuent pour 53% des ventes, dont le premier pour 11%, mais aucun autre ne pèse plus de 6%. Des grands clients qui changent aussi, ce qui pousse à adapter le périmètre du groupe un peu tous les ans : fin 2025, Actia a ouvert un nouveau site à Montréal, mais a aussi cédé une petite filiale en République Tchèque : ATAL.

Historique récent : un exercice 2024 en retrait…

En 2024, Actia n'a pas vraiment gagné d'argent, avec un chiffre d'affaires en baisse de -7,6% par rapport à une année 2023 de rattrapage suite aux problèmes post-covid d'approvisionnement en composants électroniques, avec des volumes souffreteux chez les constructeurs automobiles (division Mobility : -9,9%), et aussi le marasme du marché du poids lourd. Ce qui n'a pas aidé le résultat opérationnel courant (autrement dit le ROC, ou Ebit en bon franglais financier : ce qui reste du chiffre d'affaires un fois qu'on a payé toutes les charges d'exploitation et compté les amortissements, ce qui est plus complet, et plus parlant aussi, que l'Ebitda de la finance moderne) qui intègre par ailleurs des charges de personnel en hausse. Avec les augmentations de salaires, et plus de personnel aussi avec l'intégration d'une petite société dans le spatial : STEEL Electronique, et est donc un peu en perte.

…mais avec encore une plus-value de cession, ce qui est plutôt bon signe, finalement…

Mais le résultat opérationnel tout court, et donc intégrant les extras, est par contre en très forte progression, Actia ayant vendu à un de ses clients (à Ampère/Renault Group pour ne pas le nommer) un logiciel pour Software Defined Vehicle (ou SDV : la voiture de l'avenir totalement informatisée, pour Monsieur Tout-Le-Monde) et constaté à cette occasion une très forte plus-value. Plus-value que l'on peut entrevoir dans le poste Autres Produits et Charges Opérationnels du compte de résultat consolidé, qui passe de quasiment zéro en 2023 à +38 millions d'euros en 2024, même si cette plus-value n'est pas chiffrée très précisément.

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Ce qui fait remarquer incidemment que si le groupe ne dégage le plus souvent qu'une marge résultat opérationnel courant/chiffre d'affaires modérée en valeur absolue, de l'ordre de 3% quand tout va bien, il lui arrive assez souvent de céder des activités dans de bonnes conditions : la cession de 2024 fait suite à 2022, qui avait vu une division Power cédée à Plastic Omnium (maintenant OPmobility) pour 52 millions d'euros, ainsi que la branche Contrôle Technique VL et PL (sous marque Muller).

En d'autre termes, Actia n'est pas très rentable en exploitation, mais crée indubitablement de la valeur, par la qualité de sa R&D, et de ses processus industriels aussi. Et ce n'est pas pour rien que les dépenses de R&D, dont une partie seulement est immobilisée, se situent le plus souvent au-dessus des 15% du chiffre d'affaires, ce qui n'est pas rien, même si une bonne partie est refacturée aussi.

…et 2025 est mieux, même sans croissance

Actia a fêté ses 40 ans d'existence en 2025 avec une activité stable sur l'année (+0,1%), mais contrastée selon les branches : Mobility recule de -4,7%, dont -14,5% dans les grandes séries de modules pour VL, avec toujours aussi une activité peu dynamique dans le PL, mais bonne dans Bus & Cars (+16,6% : Chine, et grosses commandes mexicaines aussi), assortie d'une stabilisation inespérée dans le off-highway (engins de chantiers, agricoles, etc…). Et tout va bien dans deux des petites divisions sur trois, soit +13,5% dans Aerospace grâce à Airbus Group et aux opérateurs de satellites et +31% dans Energy, la demande liée aux réseaux d'électricité, voire aux "smart grids", étant ce qu'elle est, alors que Engineering Services est en petite baisse après une année 2024 très forte.
Et Actia commence à restaurer sa profitabilité avec un résultat opérationnel courant revenu dans le vert, soit une marge opérationnelle de 1,2%, ce qui est mieux même si ce n'est pas encore ça.

Avec là aussi des contributions variables selon les branches : moins de la part de Mobility, qui a supporté des surcoûts de réorganisation/adaptation/robotisation, notamment en Tunisie et de façon plus anecdotique dans le ferroviaire (site de Millau), mais plus de la part d'Aerospace avec les bons volumes (Rafale, A400M, hélicoptères), un peu plus seulement dans Energy, qui se structure pour sa forte croissance, et beaucoup plus dans Engineering Services, en principe bien chargé avec les développements en cours pour ce fameux Software Defined Vehicle.

Bilan : du mieux aussi, ce qui n'est pas anodin

Actia Group a deux petits problèmes un peu structurels, qui fournissent de fait régulièrement de la matière dans les réunions d'analystes :
a) un gros besoin de couvertures de change euro contre dollar US, puisque l'essentiel des approvisionnements, les composants électroniques qui entrent dans les cartes et les systèmes produits par le groupe, est payé en dollar. On voit donc dans le compte de résultat des variations de "juste" valeur des positions de couvertures varier souvent fortement d'un exercice à l'autre, du moins vers le plus et inversement, soit des effets de swing qui peuvent perturber sérieusement la lecture du résultat net.
b) un endettement financier élevé qui coûte cher en intérêts, lesquels consomment une bonne parti du résultat opérationnel courant. Quand ce n'est pas l'intégralité, ce qui se traduit alors par un résultat net courant (ce qui reste pour l'actionnaire une fois que la société a tout payé, hors petits extras comme les grosses plus-values de cession) négatif. Ce qui a été le cas en 2024, en aggravant la perte opérationnelle courante, et aussi en 2025, où le résultat opérationnel ne suffit pas tout à fait pour payer les banquiers. On notera cependant qu'Actia se désendette un peu tous les ans, avec un ratio Dette Nette/Fonds Propres de 91% fin décembre 2025 (et un levier de 3,4x Dette Nette/Ebitda) contre 98% fin 2024, 132% fin 2023 et… 177% fin 2021.

On notera aussi qu'une partie de cette endettement sert à financer les stocks, lesquels avaient gonflés de façon inquiétante durant la grande crise des composants de 2021-2022 de triste mémoire. Ce qui fait qu'une bonne partie du désendettement de 2025 vient du bon travail de la direction sur le Besoin en Fonds de Roulement, et sur ces stocks avant tout.

Et la suite ?

Prévoir l'avenir est un exercice difficile, comme on a souvent l'occasion de s'en apercevoir après, et mieux vaut mettre en avant les éléments que l'on pense porteurs pour la suite sans chercher à construire un scénario que le chaos du monde se chargera de mettre à mal :
- Actia a du mal à faire de la croissance, c'est un fait, mais la direction parle toujours d'un objectif de chiffre d'affaires de 700 millions d'euros en 2028, avec les productions de nouvelles familles de produit en carnet.
- les chiffres du 1er trimestre 2026, pour ce qu'ils valent (qui achète les trimestriels à la Bourse de Paris ?), montrent une tendance positive, soit un chiffre d'affaires en progression de +2% (la société ne détaille pas l'effet change), bon en France (+8%) et moins bon ailleurs (-1,6% en Europe et -4% en Amérique), toujours tiré par Aerospace (+22%) et Energy (+16%) et pénalisé par Mobility (-4%).
- la direction table prudemment sur une croissance de +3% sur l'année, et toujours sur une amélioration de la marge opérationnelle, ce qui paraît très possible avec entre autres la non-récurrence des surcoûts liés aux réorganisations supportés en 2025, et en recueillant les fruits de ces réorganisations aussi.
- la direction s'est renforcée récemment avec la nomination d'un DG qui travaille depuis longtemps dans le groupe, et un PDG devenu Président, car touché par la limite d'âge. Bref, tout changement se fait dans la continuité, et pour cause, puisque Actia Group a le même actionnariat familial depuis ses débuts, et des dirigeants familiaux pour la plupart aussi.
- une gestion résolument de long terme ce qui se retrouve dans la gestion RH : Actia veut rester attractif pour les jeunes ingénieurs, et y arrive assez bien a priori grâce à son statut d'ETI familiale High Tech, avec peu de niveaux hiérarchiques, une stratégie IA développée mais qui laisse toute sa place à l'humain, et aussi et surtout une politique RSE lisible. Ce qui ne gâte rien et fait que le turn-over est plus faible que la moyenne en principe chez Actia.
- selon la direction, Actia travaille déjà pour la Défense en France et ailleurs, mais il n'est pas question de s'inscrire dans le brouhaha du moment sur l'industrie de guerre etc… : tout ce qui compte, c'est rester indépendant, et se désendetter.
Tout ça pour dire qu'on est dans le long-terme, c'est-à-dire le temps long, avec Actia. Et, après tout, pourquoi pas ?