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Valls maintient le cap des réformes et défie la gauche du PS

Reuters17/08/2014 à 14:44

VALLS MAINTIENT LE CAP DES RÉFORMES

PARIS (Reuters) - Manuel Valls a averti l'aile gauche de sa majorité qu'il était "hors de question" de changer de politique économique, estimant que la stagnation de la croissance obligeait le gouvernement à maintenir le cap des réformes qui "nécessitent du temps".

Le Premier ministre français a lancé dans le Journal du dimanche une pique aux "frondeurs" du Parti socialiste qui l'exhortent à réviser ses choix face à l'avalanche de mauvaises nouvelles économiques et à la défiance de l'opinion.

"Oui, la politique que le président de la République a décidé de mettre en oeuvre nécessite du temps pour produire des résultats", a-t-il déclaré à l'hebdomadaire.

"Mais il est hors de question d'en changer. Le pacte de responsabilité et ses 41 milliards de baisse du coût du travail vont véritablement entrer en oeuvre maintenant", a-t-il ajouté en maintenant les 50 milliards d'euros d'économies prévues.

Manuel Valls s'en prend à "certains à gauche qui tiennent des propos irresponsables", une critique doublée d'un geste de défi puisqu'il a choisi de s'exprimer mercredi prochain, jour du premier conseil des ministres après la pause estivale, devant les chefs d'entreprise réunis à l'université d'été du Medef.

Ce geste symbolique risque d'être très mal perçu par l'aile gauche du PS avant l'université d'été du principal parti de la majorité à La Rochelle, que le Premier ministre clôturera par un discours dimanche prochain, au lendemain d'une réunion des "frondeurs" qui réclament une politique de la demande.

PAS D'ALTERNATIVE

Pour Manuel Valls, il n'y a pas d'alternative à la politique actuelle de baisse du coût du travail pour doper la compétitivité des entreprises, après l'annonce d'une croissance nulle de l'économie française au deuxième trimestre de cette année comme au premier, ce qui compromet l'objectif de ramener le déficit sous la barre des 3% en 2015.

"Si on ne soutient pas les entreprises pour leur propre compétitivité, alors le pays ne se relèvera pas", dit-il dans le JDD, où il promet de "dire la vérité aux Français" sur la situation d'un pays qui "vit au-dessus de ses moyens".

Ce message est calqué sur celui du Medef, qui a estimé jeudi, après la publication des mauvais chiffres de la croissance, plus que jamais "urgent de rétablir la compétitivité et la confiance" en approfondissant les réformes structurelles.

Selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche, seuls 18% des Français font confiance au gouvernement pour réduire les déficits publics, 16% à peine croient qu'il pourra relancer la croissance et 85% ne pensent pas qu'il fera baisser le chômage.

Pour l'ancien ministre des Finances Pierre Moscovici, qui est le prochain commissaire européen de la France, Manuel Valls a pourtant raison de vouloir mener des réformes structurelles.

"Le cap tracé par le président est le bon", dit-il dans le JDD. "L'économie française est robuste et demeure la cinquième du monde. Il nous manque l'étincelle."

La rentrée sera donc jalonnée par une série de rendez-vous qui devraient illustrer cette volonté et permettre de négocier avec les partenaires européens de la France, essentiellement l'Allemagne, une politique de relance de la croissance.

Dans l'entourage de Manuel Valls, on évoque notamment les seuils sociaux de salariés au-delà desquels les entreprises se voient imposer des obligations sociales, une réforme rejetée par les syndicats et le PS, mais sur laquelle des négociations vont s'ouvrir à la rentrée sous l'égide du gouvernement.

NÉGOCIATIONS AVEC LES PARTENAIRES EUROPÉENS

La réforme des professions réglementées, par laquelle le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg entend rendre 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat aux Français, et des mesures d'encouragement à la construction de logements, qui ne redémarre pas, sont également prévues.

Pour démontrer que le gouvernement ne se soucie pas que des entreprises, le conseil des ministres de rentrée, mercredi prochain, devrait se pencher sur un "geste fiscal" en faveur des classes moyennes pour compenser la censure, par le conseil constitutionnel, de la baisse des cotisations salariales dégressive pour les salariés rémunérés entre 1 et 1,3 smic.

Cette mesure, d'un coût total de 2,5 milliards euros, était un des éléments clés introduits par le gouvernement pour les ménages en contrepartie des quelque 41 milliards de baisse de charges et d'impôts promises aux entreprises d'ici 2017.

Le ministre du Travail, François Rebsamen, réunira le 10 septembre les organisations patronales et syndicales des 50 principales branches pour faire le point sur les contreparties en embauches aux baisses de prélèvements accordées aux entreprises, qui tardent à se dessiner.

Manuel Valls installera quant à lui officiellement le comité de suivi patronat-syndicat du pacte de responsabilité et François Hollande tiendra une conférence de presse dans la semaine du 15 septembre pour expliquer ses choix.

L'exécutif devra aussi convaincre ses partenaires européens de mener une politique de stimulation de la croissance, avec un premier rendez-vous au Conseil européen de Bruxelles le 30 août.

Manuel Valls prépare une tournée des capitales européennes à la rentrée, en commençant avec Angela Merkel en septembre, pour obtenir que la réduction des déficits puisse se faire en France à un rythme qui n'étouffe pas une activité encore balbutiante.

Il devra démontrer que la France a consenti les efforts nécessaires pour obtenir un nouveau délai, une requête qui pourrait être facilitée par la stagnation de l'économie de la zone euro, notamment en Allemagne, où le PIB a chuté de 0,2% au deuxième trimestre.

(Yves Clarisse)

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