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Sarkozy et Juppé s'accusent de détourner la primaire

Reuters29/09/2016 à 14:57

JUPPÉ ET SARKOZY S'ACCUSENT DE DÉTOURNER LA PRIMAIRE

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - L'enjeu de la participation à la primaire de la droite aiguise la rivalité entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, accusé par son adversaire de préparer une "alternance molle" pour avoir invité les "déçus du hollandisme" et les électeurs du centre à voter.

L'équation est connue : une participation limitée au scrutin favoriserait l'ancien président, dont le coeur de cible reste l'électorat des Républicains, avec des appels du pied aux sympathisants du Front national, tandis qu'un vote largement ouvert donnerait l'avantage à Alain Juppé, plébiscité dans les sondages par les électeurs du centre, voire de gauche.

Selon une enquête Kantar Sofres Onepoint sur la primaire des 20 et 27 novembre diffusée mardi, Alain Juppé creuse l'écart avec Nicolas Sarkozy pour le premier tour (39% d'intentions de vote contre 33%) avec une hypothèse de participation de 2,9 millions d'électeurs.

Dans l'éventualité d'une participation plus faible (1,8 million d'électeurs), le maire de Bordeaux est crédité de 40% et son concurrent de 36%.

En 2011, lors de la primaire d'investiture socialiste, plus de 2,6 millions d'électeurs s'étaient déplacés au premier tour, plus de 2,8 millions au second.

Le député Les Républicains Thierry Solère, chargé de l'organisation de la primaire, a annoncé mercredi soir que plus de 20.000 Français de l'étranger étaient déjà inscrits à la primaire, soit près de huit fois plus que les expatriés adhérant à LR.

Les expatriés français, qui voteront par internet à la primaire, doivent s'inscrire au préalable jusqu'au 16 octobre.

"C'est une élection très particulière parce qu'on ne connaît pas le corps électoral. Je pressens qu'on aura une mobilisation beaucoup plus importante au second tour qu'au premier", juge Gilles Boyer, le directeur de campagne d'Alain Juppé.

"Ce qui est important dans une campagne, ce ne sont pas les décibels mais le nombre de votants. La question, ce n'est pas où ça crie le plus mais où il y aura le plus de votants : et je pense que ce sera nous", ajoute-t-il à propos de la campagne tonitruante de Nicolas Sarkozy sur l'identité et l'immigration, deux thèmes de prédilection du FN.

"ALTERNANCE MOLLE"

Dans le baromètre TNS Sofres pour Le Figaro Magazine à paraître vendredi, Alain Juppé figure en tête des personnalités politiques chez les sympathisants du Parti socialiste (47%, +9), de la droite (48%,+4) et des Républicains (62%, +4).

En revanche, la cote de Nicolas Sarkozy s'effrite notablement chez les sympathisants de LR (51%, -13), de la droite (37%,-9) et du Front national (21%,-11). Il se maintient à 8% chez les sympathisants du PS. Une mauvaise nouvelle de plus dans une semaine marquée par des avanies de toutes sortes.

Pour nouvel axe d'attaque, le prédécesseur de François Hollande, qui pratiqua l'ouverture à gauche en 2007, accuse Alain Juppé de dévoyer la primaire. Sur France Inter, mardi, l'ancien Premier ministre avait invité aux urnes les "déçus du hollandisme" et "les électeurs du Front national qui tout d'un coup ouvrent les yeux".

"Si certains veulent être candidats à la primaire de la gauche, qu'ils attendent François Hollande", a lancé mercredi soir Nicolas Sarkozy lors d'une réunion publique dans l'Oise.

"Quand on cherche à se faire élire avec les voix de la gauche, on se prépare à mener une politique qui donnera des gages à la gauche. Quand on fait de l’ambiguïté une stratégie électorale, on se prépare à une politique ambiguë", a-t-il poursuivi dans une claire allusion au maire de Bordeaux.

"Quand on prétend représenter le 'juste milieu', on se prépare aux petits arrangements, à mélanger un peu de gauche avec un peu de droite. (...) On prépare l’alternance molle", a-t-il ajouté. Un parallèle avec la "gauche molle" que Martine Aubry, en 2011, avait dénoncée à l'endroit de François Hollande.

La réplique du camp Juppé ne s'est pas fait attendre : "Et vouloir se faire élire par des électeurs d'extrême droite, ça donnerait quoi?", a écrit jeudi Gilles Boyer sur Twitter.

"Si Nicolas Sarkozy est vécu comme étant de plus en plus extrême, de plus en plus dangereux à certains égards, ça va mobiliser contre lui", ajoute le directeur de campagne à Reuters.

(Avec Ingrid Melander, édité par Yves Clarisse)

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