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Les services de renseignement français à nouveau sur la sellette

Reuters16/11/2015 à 18:19

LES SERVICES DE RENSEIGNEMENT À NOUVEAU SUR LA SELLETTE

PARIS (Reuters) - L'opposition de droite a durci le ton lundi envers l'exécutif en l'appelant à tirer par des mesures fortes les conséquences des failles révélées à nouveau par les attentats de Paris et de Saint-Denis, qui ont fait au moins 129 morts.

Le Premier ministre, Manuel Valls, a assuré lundi que le gouvernement ne balayait d'emblée "aucune réflexion, aucun outil pour protéger les Français". "Nous n'écartons aucune solution", a-t-il déclaré sur RTL.

François Hollande a annoncé pour sa part devant le Parlement réuni en congrès un durcissement législatif et des créations d'emplois dans la police, la gendarmerie, l'administration pénitentiaire et les douanes, ainsi qu'une réforme de la Constitution pour lutter contre le terrorisme.

Sébastien Pietrasanta, rapporteur socialiste de la loi antiterroriste de novembre dernier, admet qu'il reste sans doute des mesures à prendre même si "le risque zéro n'existe pas".

"On ne peut pas, après ce qui s'est passé il y a trois jours, se dire que tout est parfait dans le meilleur des mondes", a-t-il dit à Reuters.  

Comme pour l'auteur des attentats de Toulouse de 2012 Mohamed Merah ou les frères Kouachi, auteurs des attentats contre Charlie Hebdo, ainsi qu'Amedy Coulibaly, qui a notamment tué quatre personnes dans un supermarché juif en janvier dernier, les attaques kamikaze de vendredi reposent la question du suivi de personnes radicalisées.

"Le 13 janvier, à l'Assemblée nationale, vous aviez parlé de failles", a déclaré lundi le chef du groupe Les Républicains à l'Assemblée, Christian Jacob. "Dix mois plus tard, ces failles n'ont pas disparu."

"LES SERVICES ÉTAIENT DÉBORDES"

L'un des assaillants du Bataclan, Samy Amimour, 28 ans, né à Paris et originaire de Drancy, avait été ainsi mis en examen le 12 octobre 2012 pour association de malfaiteurs terroriste, après notamment un projet avorté de départ vers le Yémen et placé sous contrôle judiciaire.

Mais il ne respectait plus son contrôle judiciaire depuis 2013 et faisait l'objet depuis lors d'un mandat d'arrêt international. Paris pense qu'il s'était rendu en Syrie à cette période, dit une source proche du dossier.

"Un homme qui sort du radar en matière terroriste, ça n'est pas entendable", a estimé Sébastien Pietrasanta, tout en soulignant qu'il est impossible de savoir si les services ont failli dans ce cas précis.

Le ministère de la Justice n'a pas réagi dans l'immédiat.

Jean-Christophe Lagarde, maire UDI (centriste) de Drancy (Seine-Saint-Denis), s'est demandé comment on avait pu laisser partir Samy Amimour en Syrie, en compagnie de deux autres habitants de sa ville, alors "qu'ils étaient identifiés".

"Je n'incrimine pas les services de police. Mais il faut collectivement analyser comment ce type de situation a pu se produire", a-t-il dit à la presse.

Autre dysfonctionnement apparent, la Turquie dit avoir fait à deux reprises des signalements à la France, en décembre 2014 et juin 2015, à propos d'Ismaël Omar Mostefaï, un des auteurs de l'attaque au Bataclan.

Or, Ankara n'a reçu de demande d'information de la France sur ce suspect qu'après les attentats de vendredi, a précisé un haut responsable du gouvernement turc.

Âgé de 29 ans et originaire de Courcouronnes (Essonne), Ismaël Omar Mostefaï a été identifié par l'empreinte d'un de ses doigts retrouvé après l'explosion de sa ceinture d'explosifs.

"INJUSTE"

Le ministère français de l'Intérieur n'a pas réagi dans l'immédiat aux déclarations des autorités turques.

Des syndicats de police comme le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI) ne cachent pas leur irritation devant les "sempiternels débats" sur les failles du renseignement.

"Aucun pays ne peut éviter ces drames. L'Etat d'Israël avec une armée suréquipée, un service militaire obligatoire de 3 ans, les services de renseignements parmi les plus puissants et efficaces au monde est victime tous les jours d'attaques terroristes", écrit-il dans un communiqué.

Pour Nathalie Goulet, présidente UDI de la Commission d'enquête du Sénat sur l'organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes, "il ne serait pas juste de parler de failles des services", même si les perquisitions et interpellations effectuées ces dernières heures "auraient pu être faites avant".

"On est dans une situation où les services étaient débordés. Ils attendaient un événement mais ne savaient pas où. Il faut voir aussi sous quelle tension ils sont", a-t-elle dit à Reuters.

"Toutes les mesures qu'on annonce, des lois de plus en plus répressives, ça ne sert absolument à rien si on n'a pas derrière les moyens en hommes et en matériel".

(Gérard Bon, avec Chine Labbé et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

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