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La "méthode" Sarkozy battue en brèche par l'essor du FN

Reuters07/12/2015 à 19:44

LA "MÉTHODE" SARKOZY BATTUE EN BRÊCHE PAR L'ESSOR DU FN

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy, déstabilisé par la contre-performance de la droite au premier tour des régionales, voit sa stratégie pour la primaire de 2016 fragilisée par la percée du Front national, qui repose avec acuité la question de la ligne des Républicains.

L'ancien chef de l'Etat, qui brûle de prendre sa revanche sur François Hollande en 2017, a répété dimanche soir que l'alliance des Républicains et des centristes de l'UDI était "la seule alternance crédible" et que "jamais" il ne se résignerait "devant un tel niveau d'inquiétude, de désarroi et de colère."

En privé, le président des Républicains est d'"une humeur noire", dit un élu LR.

Car la vague bleue espérée il y a encore quelques mois, dans la continuité des départementales de mars, s'est brisée sur un constat alarmant pour le vainqueur de 2007 : c'est désormais le FN qui ravit les voix de la droite, non plus l'inverse, et cette dernière pourrait avoir moins de régions que la gauche.

"Le phénomène nouveau est le siphonnage de l'électorat des Républicains, 18% ont voté FN dimanche", souligne Frédéric Dabi (Ifop). "Il y a un nouveau FN qui séduit la France du travail, inquiète de la mondialisation, et très déçue par le quinquennat de Nicolas Sarkozy et celui de Hollande."

"La 'droite décomplexée', la 'droite droitière', la ligne Buisson de 2012, tout ça c'est balayé", estime un cadre LR très critique envers Nicolas Sarkozy.

Le Front national, arrivé en tête dimanche dans six des 13 nouvelles régions métropolitaines alors que les listes LR-UDI-MoDem ne sont premières que dans quatre autres, est désormais la première force d'opposition du pays.

"C'EST L'ÉCHEC DE NICOLAS SARKOZY"

Dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d'Azur, Xavier Bertrand et Christian Estrosi, largement distancés, affronteront respectivement Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen après le retrait des listes socialistes.

Une défaite en PACA, où Nicolas Sarkozy a imposé le député des Alpes-Maritimes, serait une lourde sanction pour le "chef de famille", qui avait justifié son retour en 2014 par la nécessité de faire "la guerre" à Marine Le Pen. "Depuis dix ans, je suis son principal adversaire parce qu'elle a compris que je suis l'obstacle", assurait-il en mars dernier dans Valeurs actuelles.

Eric Woerth, qui a été chargé par Nicolas Sarkozy de bâtir le programme d'alternance des Républicains, a semé le trouble lundi matin en estimant sur iTELE que la droite était aujourd'hui en manque de "leader officiel, légitime".

Propos rectifiés par la suite sur RTL : "J’ai peut-être été trop sophistiqué, mais ce que j’ai voulu dire, peut-être maladroitement (…), c’est que les électeurs ont émis une idée nationale, ils ont une peur nationale".

Hervé Mariton, candidat à la primaire et adversaire de Nicolas Sarkozy lors de l'élection à la présidence de l'ex-UMP, n'a pas pris de précautions oratoires sur Sud Radio et Public Sénat : "C'est l'échec de Nicolas Sarkozy car Nicolas Sarkozy, d'évidence, n'est pas crédible comme représentant d'alternance".

Lors d'un bureau politique "tendu" lundi matin, le député LR de la Drôme s'est opposé à l'ancien chef de l'Etat lorsque ce dernier a lié l'explosion du FN à l'échec de la gauche.

"Le sujet n'est pas de dire 'c'est la faute de la gauche', c'est aussi notre faute si le FN monte", a-t-il dit, ressuscitant le droit d'inventaire qui horripile le prédécesseur de François Hollande.

"NOUS NE SOMMES PAS AUDIBLES"

Alain Juppé et François Fillon, principaux adversaires déclarés de Nicolas Sarkozy à la primaire, se sont gardés d'entrer dans la brèche au nom de l'union avant un second tour délicat et ont validé la ligne du "ni ni" (ni retrait ni fusion de listes) défendue par le président des Républicains malgré des contestations internes. ([ID:nL8N13W1Z8)]

Mais ils ont pris date pour un futur débat idéologique jamais tranché depuis la défaite de 2012.

"Il va falloir que nous ouvrions un débat sur la situation actuelle qui fait que nous ne sommes pas audibles", a dit le maire de Bordeaux à l'issue du bureau politique.

"La situation est très sérieuse. On ne peut pas la résumer en parlant d'un vote de colère ou en répétant une énième fois qu'on a entendu le message des Français", a déclaré pour sa part François Fillon durant la réunion, dans une critique à peine voilée de la déclaration de Nicolas Sarkozy dimanche soir.

"On serre les dents et on fait campagne sans états d'âme. On reporte après le second tour les examens de conscience", a-t-il ajouté.

D'ores et déjà, tenants de la "ligne Sarkozy" et de la "ligne Juppé" ont commencé à ferrailler.

Les premiers estiment que les options de leur champion sont validées par le vote à l'ultra-droite de près de six millions d'électeurs dimanche, les seconds invitent à "réfléchir à la bonne façon de reprendre le combat" sur une ligne modérée ouverte au centre et à la gauche.

(avec Emile Picy et Gérard Bon, édité par Yves Clarisse)

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