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La Grèce passe au contrôle des capitaux et ferme les banques

Reuters29/06/2015 à 07:39

CONTRÔLE DES CAPITAUX EN GRÈCE

par Lefteris Papadimas et George Georgiopoulos

ATHENES (Reuters) - Les banques grecques resteront fermées pour une semaine à compter de ce lundi et les retraits aux distributeurs automatiques plafonnés à 60 euros par jour dans le cadre des mesures de contrôle des capitaux qu'Alexis Tsipras a ordonnées pour protéger le système bancaire grec d'une vague de retraits massifs susceptibles d'entraîner la faillite des établissements bancaires.

Ces mesures surviennent au terme d'un week-end de développements inattendus et spectaculaires, avec l'annonce d'un référendum en Grèce sur les propositions des créanciers qui a conduit à une rupture des négociations entre Athènes et ses partenaires avant que la Banque centrale européenne (BCE) décide dimanche de ne pas relever le plafond de ses liquidités d'urgence (ELA), vitales au fonctionnement des banques grecques.

"Plus nous gérerons dans le calme ces difficultés, plus vite nous pourrons les surmonter et plus modérées seront leurs conséquences", a déclaré Alexis Tsipras, qui est apparu le visage sombre dimanche soir à la télévision grecque.

Le chef du gouvernement, au pouvoir depuis janvier, a dit que ses partenaires européens et la BCE ne lui avaient pas laissé d'autre choix que de mettre en oeuvre ces mesures.

"Le rejet de la demande du gouvernement grec pour une brève prolongation du programme (d'aide) est un acte sans précédent selon les critères européens, remettant en cause le droit d'un peuple souverain à décider. Cette décision conduit aujourd'hui la BCE à limiter les liquidités disponibles pour les banques grecques et force la banque centrale grecque à recommander une fermeture bancaire et une restriction sur les retraits bancaires", a-t-il expliqué.

Tsipras a ajouté que les dépôts bancaires seraient garantis et que les salaires seraient payés.

Au même moment, les files d'attente formées devant les distributeurs automatiques encore en service, de moins en moins nombreux à Athènes où les retraits se sont multipliés depuis l'annonce, dans la nuit de vendredi à samedi, d'un référendum, et les stations-services illustraient l'ampleur des difficultés qui attendent les Grecs.

VERS UN INÉLUCTABLE "GREXIT" ?

L'échec des négociations avec les "institutions" (Commission européenne, BCE et Fonds monétaire international) rend pratiquement inéluctable un défaut de paiement de la Grèce dès mardi, date à laquelle la Grèce est censée rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI.

Ce qui suivra reste incertain, mais la perspective inédite d'un "Grexit", une sortie de la Grèce de la zone euro quatorze ans après son entrée dans l'Union économique et monétaire, a gagné en intensité.

En dépit de la rupture, des responsables européens pensent qu'un accord entre la Grèce et ses créanciers est encore possible, à l'instar de Manuel Valls, le Premier ministre français, qui a dit ne pas pouvoir se "résoudre" à voir la Grèce quitter l'euro.

"Je continue de penser qu'un accord est toujours possible, et j'invite le gouvernement grec à revenir à la table des négociations", a-t-il dit, tout en précisant que l'économie française ne serait pas affectée par un "Grexit".

Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a déclaré que si le résultat du référendum du 5 juillet était "un oui sans appel" pour rester dans la zone euro et remettre en état l'économie grecque, les créanciers seraient prêts à faire des efforts.

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, s'est entretenu dimanche avec la chancelière allemande Angela Merkel et plusieurs responsables américains, dont le secrétaire au Trésor Jack Lew, qui a eu un contact avec Tsipras, ont exhorté l'Europe et le FMI à produire un plan susceptible de préserver l'intégrité de la zone euro et la présence de la Grèce.

LA CLÉ ENTRE LES MAINS DE MERKEL

Selon Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances, la clé d'un dénouement de la crise est entre les mains d'Angela Merkel.

Dans une interview que publie ce lundi le quotidien allemand Bild, il estime que les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne doivent agir. "Et parmi eux, elle (Angela Merkel), qui représente le pays le plus important, a entre les mains la clé", poursuit-il.

Il ajoute qu'Athènes reste "ouvert à de nouvelles propositions de la part des institutions", qui, si elles sont meilleures que le plan actuel, pourraient être prises en compte dans le cadre du référendum du 5 juillet.

En revanche, continue-t-il, "si l'Europe permet qu'une chose aussi terrible se produise uniquement pour humilier notre gouvernement, alors les Européens devront se poser la même question que celle du chef du gouvernement italien (Matteo Renzi) à propos du dossier des réfugiés: 'Voulons-nous une telle Europe ?'".

LA COMMISSION PUBLIE LES PROPOSITIONS DES "INSTITUTIONS"

Réunis en sommet à la fin de la semaine passée, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE étaient repartis vendredi de Bruxelles avec le sentiment qu'un accord "argent frais contre réformes" était à portée et que les Européens allaient éviter ainsi un défaut de la Grèce et ses conséquences imprévisibles.

Ils ont été pris de court par la décision de Tsipras de soumettre à référendum dimanche prochain, le 5 juillet, les propositions de réformes réclamées par ses créanciers, que le chef du gouvernement grec a qualifiées d'insulte.

Réagissant à ces déclarations, la Commission européenne a pris l'initiative inhabituelle de publier dimanche la dernière version en date des propositions faites à Athènes par ses créanciers "dans un souci de transparence et pour que les citoyens grecs soient informés".

Sur les marchés financiers, l'enchaînement des événements depuis vendredi soir a fait baisser l'euro et les places boursières en Asie lundi dans les premiers échanges.

La contagion devrait gagner aussi, et avec plus de force, les marchés financiers européens.

"Nous sommes en territoire inconnu et les marchés actions européens, comme tous les marchés, éprouveront des difficultés à absorber tous les nouveaux éléments", a déclaré Nick Lawson, directeur chez Deutsche Bank.

(Benoit Van Overstraeten, Pierre Sérisier et Henri-Pierre André pour le service français)


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