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L'UE devrait accueillir les migrants, estiment des experts

Reuters12/05/2015 à 22:16

L'UE DEVRAIT ACCUEILLIR DES MIGRANTS, ESTIMENT DES EXPERTS

par Tom Miles

GENEVE (Reuters) - L'Union européenne, dont la Commission doit adopter mercredi une nouvelle approche en matière de migration, devrait reconnaître le bénéfice potentiel de l'arrivée de migrants sur son territoire, ont estimé des spécialistes du marché du travail et des migrations à Genève.

La présentation mercredi à Bruxelles du Programme européen en matière de migration de la Commission survient alors que la politique communautaire a été sévèrement critiquée après le naufrage meurtrier, le 18 avril au large des côtes libyennes, d'un chalutier qui transportait plusieurs centaines de migrants.

Le Haut Commissaire de l'Onu aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a dénoncé une "approche insensible" et "un manque monumental de compassion".

Annoncé par Jean-Claude Juncker comme l'une de ses dix priorités politiques à son arrivée à la présidence de la Commission européenne, ce Programme repose sur quatre piliers: une politique commune d'asile, la lutte contre le trafic et la prévention de la migration irrégulière, la gestion des frontières extérieures et une nouvelle politique en matière de migration légale.

L'an dernier, 219.000 migrants ont atteint les côtes européennes après avoir traversé la mer Méditerranée, où 3.500 autres ont péri.

FOSSÉ

Le mois dernier, Zeid Ra'ad Al Hussein avait appelé les dirigeants européens à cesser de "courtiser les mouvements populistes xénophobes qui ont empoisonné l'opinion publique" et à admettre que l'UE, à la population vieillissante et plus diplômée que la moyenne mondiale, a besoin de "cette main d'oeuvre faiblement qualifiée que les migrants veulent désespérément apporter".

Car l'émotion suscitée par le sort des migrants se heurte à une hostilité croissante au sein de l'Union européenne envers l'immigration, que reflètent les scores électoraux du Front national en France, du Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) en Grande-Bretagne, de la Ligue du Nord italienne ou encore les manifestations organisées par le mouvement PEGIDA (Patriotes européens contre l'islamisation de l'occident) en Allemagne.

"Dans l'opinion publique des pays de l'OCDE, les migrations sont souvent perçues comme hors de contrôle et très coûteuses", notait fin avril Stefan Kapferer, le secrétaire général adjoint de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), cité par l'Organisation internationale du travail (OIT).

"Il y a un fossé entre les perceptions et les faits réels. Les migrants paient davantage d'impôts et de cotisations sociales qu'ils ne touchent de prestations. Ils ne volent pas d'emplois et ne viennent pas dans les pays de l'OCDE pour simplement bénéficier de prestations sociales", ajoutait-il en relevant que "les partis populistes alimentent et amplifient ces sentiments".

PRÉCÉDENTS

Des études universitaires ont établi que si les conditions sont réunies, un afflux de ressortissants étrangers à faible qualification peut se traduire par des bénéfices économiques pour le pays d'accueil.

Parue en mars, une étude menée par Mette Foged de l'Université de Copenhague et Giovanni Peri de l'Université de Californie à Davis et portant sur l'arrivée de réfugiés au Danemark entre 1991 et 2008 a montré qu'elle avait mené à une augmentation du salaire des jeunes Danois et des Danois faiblement qualifiés et amélioré leur mobilité sur le marché de l'emploi.

"L'impact sur le marché du travail est souvent positif, et on n'observe certainement pas ce qui serait une peur naturelle, par exemple que la migration conduit à un recul des salaires ou des conditions travail du fait d'un nombre significatif de nouveaux entrants", note Raymond Torres, directeur du département de la recherche de l'OIT.

Une autre étude parue en 1990 et menée par David Card, de Princeton, s'est penchée sur les effets de "l'exode de Mariel", l'arrivée dix ans plus tôt de 125.000 Cubains en Floride. L'augmentation soudaine de 7% de la population active de Miami, écrit-il, n'a eu "virtuellement aucun effet sur les salaires et le taux d'emploi des travailleurs moins qualifiés".

(Henri-Pierre André pour le service français)

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