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Fin de cycle politique pour Laurent Fabius

Reuters10/02/2016 à 23:26

LAURENT FABIUS MET UN TERME SA CARRIÈRE POLITIQUE

par Marine Pennetier et John Irish

PARIS (Reuters) - "C'est la fin d'un cycle". Mercredi matin, quelques heures avant l'officialisation de son départ du ministère des Affaires étrangères, Laurent Fabius mettait, un peu ému, un point final à sa carrière politique entamée il y a près de quarante ans.

"Peu de personnes ont eu le privilège de dire qu'elles ont exercé la quasi totalité des positions exécutives et administratives de la République. C'est une chance extraordinaire", reconnaissait-il devant quelques journalistes.

A 69 ans, cette figure de la politique française, qui devrait être nommée à la présidence du Conseil constitutionnel, n'a pas à rougir de son parcours politique auquel ne manque que la présidence de la République.

Riche, la trajectoire politique de cet "éléphant" historique du PS n'a pour autant pas été sans à-coups. Le nom de ce fils d'antiquaires, né le 20 août 1946 à Paris, est resté pendant plusieurs années lié au scandale du sang contaminé.

Arrivé sur le tard en politique après de brillantes études à l'Ecole normale supérieure et à l'Ecole nationale d'administration, il s'inscrit en 1974 au PS où il rencontre François Mitterrand et devient l'un de ses conseillers.

Ministre du Budget en 1981 puis de l'Industrie en 1983, il succède un an plus tard à Pierre Mauroy à Matignon. A 37 ans, il devient le plus jeune Premier ministre de la Ve République.

Lors des élections législatives de 1986, il engage un bras de fer pour le contrôle du parti avec Lionel Jospin, alors premier secrétaire, et Pierre Mauroy. Cette opposition ne prendra fin qu'en 2000, lorsque Lionel Jospin, devenu Premier ministre, le nomme au ministère de l'Economie et des Finances.

LARMES ET PETIT MARTEAU VERT

Deux fois président de l'Assemblée nationale, entre 1988 et 1992 et de 1997 à 2000, Laurent Fabius est rattrapé au début des années 1990 par l'affaire du sang contaminé par le virus du sida.

Mis en examen pour "homicides involontaires et atteintes involontaires à l'intégrité des personnes", il obtient la relaxe en 1999 devant la Cour de justice de la République.

En 2005, il prend le contre-pied du PS, alors dirigé par François Hollande qui fait campagne pour le "oui", en appelant à dire "non" au traité constitutionnel européen.

Depuis, il peut se targuer de n'avoir fait aucune vague et d'être devenu l'un des poids lourds du gouvernement tout en fluidifiant ses relations avec François Hollande pour lequel il ne cachait pas un certain mépris.

En près de quatre ans passés au Quai d'Orsay, Laurent Fabius aura fait s'affoler les compteurs avec 38.000 kilomètres parcourus par mois et l'équivalent de 40 tours du monde depuis 2012.

"Il faut que (mon remplaçant-NDLR) n'ait pas mal au coeur", plaisante Laurent Fabius.

A l'heure du départ, le bilan est mitigé. Son action à la Conférence environnementale de Paris (COP21) a permis en décembre dernier d'aboutir à un accord sur la limitation du réchauffement climatique et son leadership a été unanimement salué.

Laurent Fabius, dont le petit marteau vert et l'émotion à peine dissimulée lors de la conclusion de l'accord ont été captés par les télévisions du monde entier, restera président de la COP tout au long de cette année avant de transmettre le flambeau au Maroc, pays hôte de la COP22.

"ROLLS ROYCE"

Deuxième succès diplomatique à laquelle la France a contribué, l'accord historique sur le programme nucléaire iranien en juillet dernier.

"Il est rarissime qu'un ministre soit acteur de deux grands accords internationaux", estime Laurent Fabius qui précise laisser à son successeur "une Rolls Royce" en guise de ministère qu'il a contribué à élargir au Développement international.

Sur la Syrie, en revanche, la pilule est plus amère. Laurent Fabius n'a toujours pas digéré la volte-face américaine de l'été 2013 et l'abandon de la ligne rouge sur l'utilisation d'armes chimiques par le régime de Bachar al Assad.

La France, premier pays occidental à reconnaître la légitimité de l'opposition syrienne, a affiché une ligne dure à l'égard de Bachar al Assad mais a dû, à la suite des attentats du 13 novembre, se décider à intervenir en Syrie contre l'Etat islamique, quitte à renforcer le régime.

Autre regret exprimé par le chef du Quai d'Orsay, la politique européenne à l'heure où 2016 s'annonce "une année extrêmement pleine de risques avec l'immigration, le terrorisme, les forces de dispersion, le risque de Brexit".

"Nous mesurons à quel point les difficultés sont énormes et beaucoup dépendra de ce que nos amis britanniques feront en juin. Collectivement, les résultats sont insuffisants", a-t-il estimé.

Sur le processus israélo-palestinien enfin, Laurent Fabius, qui a tenté à plusieurs reprises de relancer des pourparlers moribonds, a lancé une nouvelle initiative in extremis fin janvier avec une mise en garde que son successeur pourrait être chargé de mettre en oeuvre : en cas d'échec, la France reconnaîtra l'Etat palestinien en tant qu'Etat à part entière.

(Edité par Yves Clarisse)

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