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A Vintimille, le Calais italien où les migrants rêvent de France

Reuters05/10/2016 à 16:05

A VINTIMILLE, LES MIGRANTS RÊVENT DE PASSER EN FRANCE

par Matthias Galante

VINTIMILLE, Italie (Reuters) - "No Italia ! No Italia !" crient en choeur les réfugiés qui séjournent au camp de la Roya, près de la ville italienne de Vintimille, à quelques kilomètres de la frontière française.

Dans le plus grand des deux centres d'accueil locaux végètent plusieurs centaines de personnes, surtout des hommes ayant fui la misère ou la guerre, dont beaucoup de Soudanais, Erythréens, Ethiopiens et Afghans. Ils veulent à tout prix passer en France pour y demander l'asile ou pour poursuivre leur route vers d'autres pays européens.

"Aujourd’hui, il y a environ 600 migrants alors que le site à une capacité d’accueil de 380 personnes", explique Fiammetta Cogliolo, responsable de la Croix-Rouge de Ligurie.

Ce camp situé à 45 minutes de marche de Vintimille a été mis sur pied par l'Italie en juillet dernier pour faire face à l'afflux de réfugiés après le démantèlement de camps sauvages le long de la mer à la suite du rétablissement, en juin 2015, des contrôles à la frontière française empêchant le passage.

Soutenu notamment par l’association catholique Caritas, un deuxième centre, plus ancien et situé tout près du centre-ville, accueille uniquement les femmes, les enfants isolés ainsi que les familles grâce aux bénévoles et aux dons spontanés.

"On a en permanence entre 70 et 80 personnes depuis mai", explique sur place le prêtre Rito Julio Alvarez. "Au début, les couchages étaient à même le sol. On a trouvé des lits dont certains proviennent de la prison de Savone."

Si la plupart des exilés sont pris en charge par les deux centres, certains, dont le nombre est difficile à estimer, vivent le long de la rivière Roya et sont discrètement aidés par des militants altermondialistes de "No Border".

"On leur dit que se rendre en France est impossible", explique Fiammetta Cogliolo, alors que 10.000 personnes ont été secourues rien que cette semaine en Méditerranée par l'Italie.

LE "PETIT CALAIS"

Cette situation qui perdure vaut à l’agglomération de 55.000 habitants d’être comparée à un "petit Calais".

Comme dans le nord de la France, où le gouvernement a promis le démantèlement avant l'hiver de la "jungle" qui accueille 9.000 migrants, la tension est vive : début août, environ 200 migrants ont passé en force l’ancien poste frontière de Menton pourtant surveillé par des policiers français.

"La bataille de Calais se joue à Vintimille", a récemment estimé Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire de la droite française, dont l’immigration est l’un des principaux sujets de campagne.

Une "bataille" pour l’heure sans vainqueur.

Officiellement, les occupants du camp "Roya", du nom de la vallée qui file derrière Vintimille, sont identifiés "par une photo, leurs nom et nationalité mais pas avec des empreintes", dit un membre de la Croix-Rouge.

Munis d’un badge d’accès, ils peuvent rester au maximum sept jours sur place mais, selon ce même travailleur humanitaire, cette limite n'est pas respectée et ils restent beaucoup plus longtemps.

Un inexorable mouvement de va-et-vient rythme la vie des lieux : les migrants arrivent, partent, puis reviennent après avoir été interceptés par les forces de sécurité françaises, au gré des tentatives nocturnes plus ou moins désespérées visant à franchir la frontière via des routes de montagne escarpées, le long d’étroites voies de chemin de fer, ou en train.

Quelques-uns seulement réussissent à passer entre les mailles serrées du filet et les échecs ne les dissuadent pas.

Hassan, jeune majeur du Darfour qui dit être parti il y a cinq ans avec ses deux frères, est l’un d’eux : "J’en suis à ma huitième tentative pour rentrer en France", dit-il.

Le prochain essai est pour bientôt. "Peut-être un vendredi soir", ajoute l'homme qui rêve de "devenir ingénieur" en France.

Sur leur destination finale, contrairement aux idées reçues qui font du Royaume-Uni la terre promise, plusieurs exilés disent vouloir vivre en France. Très peu souhaitent rester en Italie où, selon Fiammetta Cogliolo, "sur 5.000 personnes arrivées depuis cet été, seules quinze ont demandé l’asile."

"Je veux aller à Montpellier car une Française que j’ai croisée sur un bateau m’en a parlé", lance Magdi, francophone, parti du Soudan le 6 janvier 2016 pour le Tchad, le Niger, la Libye avant d’arriver le 18 août dernier à Vintimille.

Comme beaucoup de migrants, il est prêt à prendre les plus grands risques. "Lors de notre dernière tentative il y a dix jours, un ami a été percuté par un train le long du rail", raconte-t-il. "Grièvement blessé, il est toujours hospitalisé. Pourquoi le gouvernement français ne nous laisse pas passer ?"

Au jeu du chat et de la souris avec les policiers, gendarmes et soldats français qui ont quadrillé le terrain frontalier, en particulier dans la vallée de la Roya, le Soudanais pense que ses chances de succès passeraient plus sûrement par des moyens financiers sonnants et trébuchants que par son seul courage.

"Pour passer en France, il faut de l’argent", déclare-t-il.

Le business des passeurs est d’ailleurs l’une des priorités de la préfecture des Alpes-Maritimes, qui a indiqué mardi à Reuters en avoir interpellé 144 depuis le début de l’année, dont dix rien que la semaine dernière.

Une semaine durant laquelle 1.521 arrestations de migrants ont été effectuées avec un taux de reconduite à la frontière de 94%, pour un total de 24.344 interpellations dans ce département, depuis début 2016, précise cette même source.

(Edité par Yves Clarisse)

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