Une thérapie de choc pour la France : les propositions du docteur Touati

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Marc Touati préconise une baisse générale des impôts pour relancer la croissance en France.
Marc Touati préconise une baisse générale des impôts pour relancer la croissance en France.

Réduire drastiquement impôts et dépenses publiques, supprimer les 35 heures ou encore abolir le principe de précaution figurent parmi les mesures choc de l'économiste Marc Touati pour sortir la France de l'ornière économique.

Comment sortir de toute urgence la France du marasme économique ? La question hante Marc Touati, économiste inquiet mais pas résigné. Notre pays pourrait entrer plus tôt que prévu dans un scénario catastrophe si une thérapie de choc n'était pas enclenchée rapidement. Les maux sont connus : d'abord l'absence de croissance. Celle-ci n'atteint que 0,3% en moyenne annuelle depuis 2008. Or, depuis le début du 21ème siècle, les dépenses publiques n'ont cessé d'augmenter, passant de 50 à 57% du PIB avec 126 milliards d'euros de dépenses nouvelles (+3,1% par an). « Si encore, cette augmentation des dépenses avait engendré une croissance forte, on pourrait la justifier mais ce n'est malheureusement pas le cas » se désole l'économiste médiatique.

La pression fiscale atteint des niveaux record (taux de prélèvements obligatoires à 45% du PIB contre 34% en moyenne pour les pays de l'OCDE), le montant de la dette est désormais équivalent à 100% du PIB mais surtout le chômage endémique culmine à 10,5% (25% chez les jeunes) et 9 millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté... N'en jetez plus, le modèle français atteint un stade avancé de décomposition et pourrait même s'effondrer complètement si des réformes majeures n'étaient pas adoptées à l'instar de ce qui a déjà été fait par des pays voisins de l'Hexagone, à commencer par l'Allemagne de Gehrard Schroder.

Théorie du « pouf »

Si la situation a pu perdurer jusqu'à présent, c'est que la France a bénéficié de la mansuétude des marchés. Avec des taux d'intérêts historiquement bas, l'Etat français peut se refinancer sans difficulté. Mais si la défiance s'emparait de la planète finance (suite à l'aggravation de la crise grecque par exemple), si les agences de notation dégradaient à nouveau la dette de la France, alors notre Etat aurait les pires difficultés à se refinancer, la charge annuelle de la dette représentant déjà près de 3% du PIB. Très vite, c'est la soutenabilité de la dette française qui deviendrait intenable.

 « Nous avons vécu sur nos acquis depuis 35 ans, et c'est maintenant l'heure de payer la facture. A force de s'enfoncer dans le pouf, il s'est affaissé et ne dispose plus de l'épaisseur suffisante pour amortir les chocs » diagnostique Marc Touati. A travers la métaphore du pouf, l'économiste veut mettre en garde contre l'illusion du confort apparent, que la France peut continuer comme avant, à coups de mini-réformes, sans se relever du pouf en changeant l'orientation générale des politiques publiques. Ni Jacques Chirac, ni Nicolas Sarkozy, pourtant élu sur le thème de la rupture en 2007, ni François Hollande malgré les dernières réformes portant notamment sur les professions réglementées, n'ont pris la mesure, selon Marc Touati, des efforts à faire pour remettre le bateau France sur le bon cap.

Supprimer le Smic ?

Alors que faire ? Marc Touati énumère dix propositions choc dans son dernier essai. Cela commence par une réduction forte des impôts car l'économiste se défend d'être un partisan de l'austérité. Le chantier est immense. Il n'existe pas moins de 220 impôts et taxes diverses en France ! Ses propositions, qui passeraient notamment par une réduction de 3 points du taux de CSG, permettraient de générer 1,5 % de croissance supplémentaire selon lui. En parallèle à la baisse de la pression fiscale, il faudrait baisser drastiquement la dépense publique en supprimant par exemple le Sénat et en divisant par deux le nombre de communes ! Mais Marc Touati n'entend pas s'arrêter en chemin et prend position pour des réformes plus clivantes : la modernisation du marché du travail passant par la suppression des 35 heures et du Smic, l'abolition du principe de précaution etc. Au niveau européen, l'économiste veut également « actionner la planche à billets » pour faire baisser le niveau de l'euro (une hausse de 10% de l'euro entraîne une diminution de 0,5% de croissance), créer un budget fédéral européen d'au moins 10% du PIB ainsi que des eurobonds etc.

La thérapie de choc ou le chaos

Les idées ne manquent pas. Elles sont souvent pertinentes mais apparaîtront aussi parfois contestables ou irréalistes dans certains cas. Un économiste seul peut faire toutes les propositions qu'il veut, il ne se confrontera ni à des électeurs français souvent réticents aux réformes, ni aux autres dirigeants européens qui n'ont pas forcément la même vision des choses (l'Allemagne ne veut pas des eurobonds pour le moment et peu de voix en Europe ne plaident pour un budget fédéral européen conséquent). Néanmoins, l'ouvrage a le mérite de la clarté et apporte une réponse à ceux qui prétendent que tout a déjà été essayé contre le chômage et que le déclin de l'économie française et européenne est irrémédiable.

A ce titre, la dernière proposition (« développer la culture économique des Français ») peut apparaître comme un v½u pieux mais met en relief un vrai problème. Car sans meilleure compréhension des enjeux économiques, beaucoup de citoyens s'opposeront aux réformes, comme ils l'ont déjà fait par le passé, et décourageront les meilleures volontés gouvernementales. Un effort de pédagogie est donc indispensable. C'est peut-être même par-là que tout doit commencer. Car Marc Touati en est sûr : « Pour la France de demain, ce sera soit la thérapie de choc que nous préconisons, soit Le Pen et in fine le chaos ». On est prévenus...

Julien Gautier

Marc Touati : Guérir la France : la thérapie de choc (préface de Maurice Lévy), éd. du Moment.

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  • 23920363 le lundi 26 jan 2015 à 13:38

    Supprimer 35 heures et SMIC: bon courage Marc Touati !

  • M2913188 le jeudi 22 jan 2015 à 10:49

    économiste médiatique. une nouvelle école de pensée ??????????

  • loumiett le jeudi 22 jan 2015 à 10:12

    les banques les financiers les états unies ont tout interet a ce que l'euro et le capitalisme reusissent leur entreprise de mettre la main sur la finance internationale donc imprimer du billet; c est deja nous qui avons payer le sauvetage de l Irlande la grece l Espagne ; a qui le tour l Italie? la France !!!!

  • loumiett le jeudi 22 jan 2015 à 10:08

    doctor touati: imprimer des billets= recession + deflation la rigueur allemande n'est pas daccord et dailleurs il faudra encore emprunter pour rembourser quelle folie on connaît les conséquences

  • jckfou5 le jeudi 22 jan 2015 à 08:50

    Touati ....le grand visionnaire du CAC à 6000...Quel clown !!!!!

  • mafoussa le jeudi 22 jan 2015 à 08:49

    ah c'est le même qui en 2008 ne croyait pas à une crise profonde ....

  • jpdeniel le jeudi 22 jan 2015 à 08:30

    mais non ! tout ça c'est à cause de l'apartheid qui sévit en France ! grand LOL

  • b.renie le jeudi 22 jan 2015 à 07:00

    Faire du sénat le gestionnaire de la vie de tous les jours avec comme bras séculier les régions tutrices conseilleuses des communes recentrées aux chefs lieux de canton pour en réduire le nombre. Les députés faisant la loi. (mais ce peut être l'inverse) La loi de finance étant votée par le congrès. Le tout chapeauté par le Président et son gouvernement. C'est clair et simple et beaucoup moins coûteux

  • b.renie le jeudi 22 jan 2015 à 06:54

    Il est vrai que les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Mais il faut être obtus pour ne pas voir que l'organisation administrativo/politique du pays est surannée, inadaptée, sclérosée que sais-je. Il faut redessiner le pays autour d'une idée celle de la responsabilité exercée avec courage. Donc clarifier son exercice en le plaçant le plus prêt possible de celui auquel la décision s'appliquera. C'est la communalité avec suppression des multiples centres de décision.

  • b.renie le jeudi 22 jan 2015 à 06:49

    Voilà enfin le rideau qui se déchire. Mais oui la France est en situation de faillite. Depuis 1981 on ne cesse de manger les réserves de ce pays riche d'hommes de grande qualité certes, mais paralysé par une centralisation rigide et anesthésiante. Le grand responsable est Jacques CHIRAC qui a fait battre VGE et donné le pouvoir au grand démagogue MITTERRAND qui a mis la France dans le toboggan qui conduit à l'enfer. De plus les sénateurs n'ont pas accepté de prendre leur responsabilité.