« Un marché des obligations vertes en devenir » par Emmanuel de La Ville du Cercle des analystes indépendants

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Des obligations "vertes" destinées à financer la transition énergétique et écologique.
Des obligations "vertes" destinées à financer la transition énergétique et écologique.

Le marché des obligations vertes devrait doubler cette année et atteindre 500 milliards de dollars en 2018. En France, il intéresse aujourd'hui les collectivités et les grandes entreprises cotées explique Emmanuel de La Ville, directeur général d'EthiFinance (agence de notation extra financière) et membre du Cercle des analystes indépendants

Les obligations vertes ou « green bonds » font partie de ces nouveaux instruments permettant de financer la transition énergétique et écologique ; elle concerne de nombreux actifs, notamment la rénovation thermique des bâtiments, la production d'énergies renouvelables ou la promotion de transports économes.

Selon les estimations de Standard & Poor's, le marché du « taux vert » devrait passer de 10 milliards de dollars en 2013 à plus de 20 milliards d'ici fin 2014. Selon le CEO du Climate Bond Initiative[1], les prévisions sont un doublement chaque année avec un objectif de 500 milliards de dollars en 2018 ! Les sceptiques parleront d'une goutte d'eau dans la mer des produits de taux (évalué à plus de 100 000 milliards de dollars) quand les promoteurs d'une finance responsable y verront la preuve d'une finance enfin au service de l'Homme et de la planète.

Comme tout marché balbutiant, où tout est possible, ces émissions obligataires ont pris toutes sorte de formes tant au niveau des actifs financés que par leurs impacts sur la transition énergétique. Si au tout début, en 2007-2008, leurs instigateurs étaient plutôt des institutions supra-nationales (comme la Banque Européenne d'Investissement et la Banque Mondiale), ce sont aujourd'hui les collectivités et les grandes entreprises cotées qui ont pris le relais et, on peut s'en réjouir, les françaises se sont bien démarquées. On citera notamment l'Ile de France, qui a levé 350 millions EUR en mars 2012 (pour financer à 50% des projets environnementaux et à 50% des projets de développement économique, social et solidaire), Air Liquide, premier émetteur privé d'obligation ISR, qui à travers son émissions de  500 millions EUR en 2012 a pu financer l'acquisition de deux entreprises dans le secteur médical, ou cette année GDF Suez, qui a procédé à une émission de 2,5 milliards d'euros pour financier les investissements du groupe dans l'éolien et le solaire. Demain, nous verrons toutes sortes de nouveaux émetteurs solliciter des investisseurs en quête de rendement avec du papier bien noté (la plupart sont notées au moins A) et un impact sociétal tangible.

Ainsi, à travers ce nouveau marché, on ne se limite pas à l'évaluation ESG de l'émetteur, mais on permet de flécher les investissements selon les impacts environnementaux et sociaux attendus des projets financés. Ainsi, on donne de la lisibilité à l'investissement responsable. Les investisseurs ont bien identifié les avantages de ce nouvel instrument financier, qui leur permettra notamment de communiquer sur le financement de projets concrets.

Face à cette opportune prolifération, il faut saluer l'apparition de lignes directrices pour encadrer la promesse de ces obligations. On retiendra celle du Climate Bond Initiative et celle des 25 banques qui récemment se sont réunies pour définir les Green Bond Principles. Ces recommandations ont pour vertu d'insuffler un mouvement de standardisation, à défaut de quoi, ce marché pourrait vite être assimilé à un simple verdissement marketing et donc dissuader certains investisseurs traditionnels et une majorité d'investisseurs socialement responsables à y souscrire.

Il est en effet indispensable de définir dès que possible le contenu et le contenant d'une obligation verte et ce, en rapport avec ce qu'elle est supposée avoir comme impact positif pour la transition de notre économie vers une société plus sobre en énergie et faiblement carbonée. Il ne s'agirait donc plus simplement de « badger » une obligation comme verte parce-que les actifs qu'elle financerait seraient par nature bénéfiques d'un point de vue environnemental et/ou social. L'enjeu est de mieux appréhender les engagements à venir des émetteurs, qui devront traduire en objectifs chiffrés les impacts attendus.

La promesse des obligations vertes est une belle idée. Mais, comme nous le savons en ce temps d'élections, les promesses déçoivent dès qu'elles ne riment plus avec cohérence, transparence et performance. C'est aux acteurs de ce marché (banquiers, arrangeurs, émetteurs) d'être responsables et de rendre compte de leur efficacité sur la transition écologique.

Emmanuel de La Ville

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

 


[1] La Climate Bonds Initiative est une organisation non gouvernementale anglaise qui vise à normaliser et développer le marché des obligations vertes.

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  • M8132495 le lundi 9 juin 2014 à 19:59

    Quel plaisir de lire une analyse d'Emmanuel de La Ville: Simple, percutant, brillant, on aimerait le lire tous les jours

  • faites_c le lundi 9 juin 2014 à 09:35

    Magnifique invention d'ingéniérie financière avec un titre pour donner une bonne conscience aux magouilles financières! Sur les 20 milliards qui seraient soit-disant investis dans cet outil d'ici la fin de l'année quelle proportion est réellement accessible aux particuliers? Réponse : 0%. Conclusion cet article est du vent et ne sert à rien du tout. Au passage, c'est quoi le rapport entre l'écologie et l'aspect sociétal sachant que l'un est antinomique de l'autre?

  • M4328752 le vendredi 6 juin 2014 à 19:54

    Ne serait-ce pas du vent toute cette com ?