Marchés : "2016 s'annonce comme une année de défi" (BNY Mellon)

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Pour Anne-Laure Frischlander, l'année 2016 va être ''une année de défi'' alors que les grands pays émergents devraient rester dans une situation délicate.
Pour Anne-Laure Frischlander, l'année 2016 va être ''une année de défi'' alors que les grands pays émergents devraient rester dans une situation délicate.

Que faut-il penser des récentes évolutions des indices boursiers ? Qu’attendre des marchés actions l’an prochain ? Les inquiétudes sur la Chine sont-elles passées ? Les réponses d’Anne-Laure Frischlander, directrice générale de BNY Mellon IM France.

En France, le CAC40 est récemment revenu à 5.000 points avant de reperdre du terrain. Faut-il interpréter ce mouvement comme un retour en force de la dynamique haussière, ou le rebond était-il plutôt spéculatif ?

A.-L. F. : Il est difficile d’associer le niveau actuel du CAC 40 à une réelle tendance haussière durable alors que ces derniers mouvements de hausse sont le résultat direct d’annonce de QE de la BCE et associés à des niveaux de valorisations élevés. Néanmoins devant les niveaux de valorisations élevés d’autres actifs (obligations, immobilier, ...), le manque d’alternatives d’investissement reste un support pour les marchés actions. Les performances futures sur les actions devraient être plus en rapport avec  les fondamentaux des entreprises individuelles plutôt qu’avec des généralisations de marché.

À propos de la BCE que vous évoquiez, n’est-il pas paradoxal que les opérateurs s’enthousiasment pour une probable accélération du « quantitative easing » en Europe, alors que les effets de celui-ci restent encore très incertains comme au Japon ?

A.-L. F. : L’impact court terme des opérations de quantitative easing a toujours entrainé une dynamique positive haussière sur les marchés car l’assurance d’un soutien technique rassure plus que des fondamentaux hypothétiques. Il n’est donc pas surprenant que l’annonce d’un QE en décembre conduise à un mouvement haussier. Le manque de preuve d’une efficacité du QE sur la reprise réelle de l’activité nous laisse douter que cette dynamique peut se répéter de façon permanente.

En tout cas, les inquiétudes sur la Chine semblent s’être taries aussi vite qu’elles étaient apparues cet été. Le ralentissement de l’industrie semble relégué au second plan. Qu’en pensez-vous ?

A.-L. F. : Il existe de réelles divergences dans les tendances entre les secteurs de la consommation et de l’industrie en Chine. Suite aux excès d’investissement passés, l’industrie continue de souffrir des mauvais résultats. Du fait de la création d’un surendettement dans l’économie, nous restons prudents sur les secteurs de l’industrie chinoise et de la finance mais nous voyons de réelles opportunités dans le secteur de la consommation domestique. Nous sommes aussi conscients que la mini dévaluation du yuan en août est un possible signal d’alarme sur de possibles impacts qui pourraient entraver les marchés si les pressions de baisse de prix des produits chinois forçaient le gouvernement à réaliser des mouvements de baisse de plus grande ampleur.

Malgré cela, côté américain, les indices boursiers se sont rapprochés la semaine dernière de leurs plus hauts historiques. Vous semble-t-il impossible que le Dow Jones dépasse prochainement les 18.300 points sur lesquels il a longtemps bloqué en début d’année ?

A.-L. F. : Depuis le credit crunch, les marchés actions sont stimulés par la hausse des bénéfices des entreprises mais aussi par une politique monétaire accommodante. La possibilité d’une hausse des taux par la Fed, pour la première fois depuis 2006, pourrait redonner confiance dans les perspectives de l’économie mondiale et participer à la hausse des marchés actions.

Par ailleurs, compte tenu du haut niveau de valorisation dû à la souplesse des politiques monétaires et du resserrement des marges bénéficiaires, les investisseurs devront sûrement faire preuve de plus de discernement dans la construction de leurs portefeuilles actions. Même si la tendance continue d’être positive sur les marchés, c’est plutôt l’écart grandissant entre gagnants et perdants qui aura un impact sur le rendement des investissements.

En somme, à quoi peut-on s’attendre pour l’an prochain sur les marchés européens, américains et émergents ?

A.-L. F. : Face à des niveaux de valorisation élevées dans les pays développés et les timides améliorations sur le front des marchés émergents, 2016 s’annonce comme une année de défi pour les actifs risqués. Face à cela, nous privilégions un stock picking de qualité en privilégiant les sociétés bénéficiant de comptes de résultats largement positifs, de flexibilité sur la structure de coûts, de capacité à l’innovation, de positionnement compétitif de la marque capable de générer de la demande avec un pouvoir sur les prix. Ainsi, avec ses qualités recherchées nous espérons générer un portefeuille attractif capable de délivrer de la performance sur 2016.

Propos recueillis par Xavier Bargue

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