« Déflation : fantasme ou risque réel ? » par André Cartapanis (Cercle des économistes)

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Ce n'est qu'après le retour de l'expansion en Europe que l'ajustement de l'endettement public pourra intervenir sans effet dépressif marqué relève André Cartapanis.
Ce n'est qu'après le retour de l'expansion en Europe que l'ajustement de l'endettement public pourra intervenir sans effet dépressif marqué relève André Cartapanis.

Le débat se poursuit autour des perspectives déflationnistes en Europe. Le mal menace-t-il réellement et durablement les économies du Vieux Continent ? André Cartapanis décrypte le mécanisme d'ajustement sur fond d'endettement public.

Pourquoi y-a-t-il un risque de croissance nulle dans la zone euro, qu'accentue l'inflation très faible, voire la déflation dans certains pays-membres ? La crise financière mondiale de 2007-2008 a répondu à un surendettement généralisé des agents privés (ménages, entreprises, banques...). La sortie de crise exige donc un désendettement de vaste ampleur qui est encore insuffisamment engagé, ce qui inhibe la demande globale et renforce le risque, au mieux d'un scénario à la japonaise de croissance nulle, au pire d'une nouvelle contraction si les politiques de consolidation budgétaire se durcissent encore.

Car rien ne marche comme avant  lorsqu'on se trouve dans une telle situation : le désendettement privé réduit mécaniquement la dépense et accentue le poids réel de la dette résiduelle ; l'incitation accrue à l'épargne contribue à l'offre excédentaire de biens et déprime l'investissement, ce qui ralentit la croissance ; un choc d'offre positif, sous la forme d'un gain de productivité, tout comme l'instauration d'une flexibilité accrue des prix et des salaires, conduit à une baisse des prix qui alimente à nouveau la déflation par la dette. L'allègement ou le report des politiques de consolidation budgétaire apparaît alors comme la seule solution permettant de soutenir la demande globale.

Il est paradoxal d'invoquer la croissance de l'endettement public dans un processus d'allègement des contraintes issues de l'endettement passé. Mais le paradoxe n'est qu'apparent car c'est le seul moyen, en soutenant la demande et la croissance, d'alléger le fardeau du désendettement. Ce n'est qu'après le retour de l'expansion que l'ajustement de l'endettement public peut intervenir, sans effet dépressif marqué. Pas avant. La hausse des anticipations d'inflation pourrait modérer cette spirale infernale, mais il n'est pas facile, malgré des taux d'intérêt proches de zéro, d'atteindre de façon crédible une telle cible. Il faut donc reporter les exigences d'ajustement budgétaire tout en prenant des engagements fermes sur le sentier de réduction future de l'endettement public.

Il y a là un risque de report excessif des ajustements sur les générations futures, et un pari quant à la capacité des marchés à accompagner ce report du désendettement des Etats. Mais aujourd'hui les choix à faire ne concernent que de mauvaises solutions. Il faut donc choisir celles qui minimisent les coûts sociaux et qui hypothèquent le moins les chances de reprise de l'activité. A court terme, il est vain d'imaginer que l'on pourra favoriser la croissance en réduisant les rigidités structurelles sur les marchés des biens ou du travail. Le « travail » de crise n'a pas encore permis un désendettement suffisant pour qu'un choc d'offre puisse alimenter une dynamique de croissance sans qu'au préalable la demande globale et le degré de confiance en l'avenir aient permis de sortir de l'atonie que l'on observe encore au niveau des comportements d'investissement.

André Cartapanis

 

André Cartapanis est professeur à Sciences Po Aix, chercheur au GREDEG (CNRS et Université de Nice-Sophia Antipolis) et au CHERPA (Sciences Po Aix). Il est également expert auprès de l'Agence nationale de la recherche et de l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur. Il a été Doyen de la Faculté des Sciences Economiques d'Aix-Marseille et Président de l'Association Française de Science Economique.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

 

 

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  • launor le mercredi 29 oct 2014 à 19:32

    je note : "La hausse des anticipations d'inflation" comment peut on en arriver à souhaiter que l'argent brule les doigts , sauf à voir dans la poursuite du délire productiviste à tout prix (écologique notamment) quelque chose de souhaitable. C'est bien un économiste qui parle.

  • rizzo14 le mardi 28 oct 2014 à 14:21

    Un raisonnement qui tombe sous le sens pour tout économiste sensé. De toute façon, André Cartapanis a toujours été à la fois un excellent enseignant-chercheur et un excellent économiste...

  • launor le mardi 28 oct 2014 à 14:04

    N charp1, vous avez raison et personnellement ça me fait mal de faire crédit à un système à bout de souffle, et je regrette sincèrement de ne pas avoir converti toutes mes créances en or lorsque je l'ai redécouvert en 2004 ,aujourd'hui il est 3 fois plus cher . Et investir en actions c'est carrément participer à ce même système qui n'hésite pas à tuer toute contestation de ses GPII.

  • n.charp1 le mardi 28 oct 2014 à 12:08

    Les créditeurs de la dette Japonaise sont presque tous Japonais. Pourquoi une telle épargne ? Essentiellement parce que le Japon est en début d'écroulement démographique. Beaucoup de biens immobiliers ont vu leurs valeurs baisser et même s'écrouler. Beaucoup de Japonais se sentent plus pauvres et économisent plus. Il faut donc connaître le mieux possible qui sont les créditeurs et quelles sont les conséquences d'un effondrement démographique.

  • n.charp1 le mardi 28 oct 2014 à 12:04

    Le total des dettes = le total des crédits. Je ne crois pas qu'on puisse parler des dettes sans parler des crédits. Dire que "La crise financière mondiale de 2007-2008 a répondu à un surendettement généralisé des agents privés (ménages, entreprises, banques…)." est une erreur. Elle doit être corrigée en "La crise financière mondiale de 2007-2008 a répondu à un surendettement de certains agents américains"

  • frk987 le mardi 28 oct 2014 à 07:28

    J'adore cette lutte contre la déflation, de 1872 à 1913 l'inflation était quasi nulle, jamais la croissance n'avait été aussi forte, mais l'Etat avait zéro dette, voilà toute la différence. Stratégie de surendettés incapables de se reformer.

  • fbordach le mardi 28 oct 2014 à 07:18

    M363422 a la manœuvre... énarque ou universitaire avec de bonnes connaissances générales et théoriques qui ne résisteraient pas a la lime du monde de l'entreprise. Elle devrait quitter la faculté ou son UER pour aller se promener dans le monde réel!

  • lsleleu le mardi 28 oct 2014 à 00:00

    On y est déjà ! pourvu que cela ne dure pas .

  • CHAKHO le lundi 27 oct 2014 à 17:24

    Plutôt fantasme si on prend en compte l'augmentation des prix depuis le passage à l'Euro. Une baisse des prix permet de revenir à une sitiation cohérente avec le revenu des ménages

  • launor le lundi 27 oct 2014 à 16:16

    Depuis plusieurs années les sommes consacrées à l'endettement public sont supérieures aux gains de PIB, et la vélocité de la monnaie diminue probablement. A quoi bon vouloir faire boire un âne qui n'a pas soif. Dans un pays vieillissant souhaiter "l'euthanasie des rentiers*" c'est souhaiter l'euthanasie du pays ! Il nous faut un budget sans défaut cad sans déficit !*euthanasie bien engagée vu la baisse du rendement moyen après impôts des placements depuis longtemps maintenant.