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Le marché des métaux rares au cœur des tensions géopolitiques mondiales
Dernière mise à jour le : 09/01/2023

Les métaux rares sont présents dans les téléphones mobiles, les éoliennes, les voitures électriques, les missiles ou encore les ampoules LED ( crédit photo : GettyImages )

Les métaux rares sont présents dans les téléphones mobiles, les éoliennes, les voitures électriques, les missiles ou encore les ampoules LED ( crédit photo : GettyImages )

Les métaux dits “rares” entrent aujourd’hui dans le processus de fabrication de nombreux produits de haute technologie. On en retrouve notamment dans les téléphones mobiles, les éoliennes, les voitures électriques, les missiles, les ampoules LED… L’extraction de ces ressources est coûteuse et polluante. La Chine concentre la quasi-totalité de la production mondiale de certaines d’entre elles, posant des enjeux d’indépendance économique.

Sommaire:

  • Quels sont les 17 métaux rares dans le monde?
  • L’usage des métaux rares est largement répandu
  • Le marché des métaux rares est en pleine expansion
  • Où trouve-t-on les métaux rares?
  • L’exploitation des métaux rares est extrêmement polluante
  • La Chine est le leader incontestable de la production des terres rares
  • Le nouvel “or noir” au cœur des tensions géostratégiques mondiales
  • La chimie, le recyclage et le retraitement, des solutions d’avenir?

Quels sont les 17 métaux rares dans le monde?

Les terres rares correspondent à 17 métaux, dont 15 éléments appartiennent à la famille des lanthanides. Ils sont utilisés dans les procédés de fabrication des produits de haute technologie. Ils ont été découverts entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle par des chimistes suédois, allemands et français. Dans les années 1970, les propriétés physiques exceptionnelles des métaux rares ont commencé à être massivement exploitées.

L’usage des métaux rares est largement répandu

Les métaux rares ont d’abord révolutionné le domaine des aimants permettant d’équiper des disques durs d’ordinateurs, des haut-parleurs, ou encore des appareils d’imagerie médicale. Aujourd’hui, ces pouvoirs magnétiques sont utilisés pour les éoliennes ou les moteurs de véhicules électriques .

Ils sont aussi utilisés dans la conception de batteries de voitures électriques et hybrides, dans les ampoules LED, les panneaux photovoltaïques, les puces des téléphones, les écrans de télévision, de smartphones… En outre, on les retrouve dans le secteur nucléaire et celui de la défense. Ils servent, par exemple, à guider des missiles ou détecter des sonars.

Le saviez-vous?

Les métaux rares font partie de la famille des métaux stratégiques et peuvent revêtir cette appellation.

Le marché des métaux rares est en pleine expansion

Chaque appareil technologique contient seulement une quantité infime de métaux rares. Cependant, depuis les années 2000, la production et la consommation de produits technologiques ont explosé. C’est encore plus vrai depuis les années 2010. Ainsi, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le marché mondial des terres rares a plus que doublé en vingt ans.

La tendance est amenée à se poursuivre dans les années à venir. En effet, le marché du numérique continue de progresser au niveau planétaire. La transition énergétique repose essentiellement sur l’essor des technologies exploitant les métaux rares. L’enjeu est important en termes d’efficacité énergétique et de pouvoir dépolluant. Selon un rapport du Data Bridge Market Research publié en avril 2022, le marché mondial des éléments de terres rares devrait croître de 10,2% entre 2022 et 2026 pour atteindre plus de 7,3 milliards de dollars.

Où trouve-t-on les métaux rares?

Les métaux rares sont présents un peu partout dans les grandes régions d’extraction minière, comme l’Afrique du Sud, l’Australie, le Canada ou les États-Unis. Néanmoins, les gisements sont souvent petits, rendant l’exploitation rarement rentable. Le terme “métaux rares” vient de ce qu’ils sont difficiles, longs et coûteux à détecter, extraire et exploiter. Il faut environ un quart de siècle entre le début d’un projet de mine et son exploitation effective.

L’exploitation des métaux rares est extrêmement polluante

De l’extraction à l’exploitation, en passant par le raffinage, l’activité entourant les métaux rares est extrêmement polluante. En effet, les terres rares rejettent des métaux lourds comme le mercure, l’acide sulfurique et l’uranium. Les niveaux de radioactivité mesurés autour des mines de terres rares dépassent tous les records. En Mongolie-Intérieure, la mine de Baotou est le premier site mondial de production et transformation des 17 métaux rares. La radioactivité mesurée dans les villages voisins serait 32 fois supérieure à la normale (contre 14 fois à Tchernobyl).

La Chine est le leader incontestable de la production des terres rares

Pour des raisons économiques et écologiques, et sous la pression des populations, la plupart des pays extracteurs de métaux rares ont cessé leurs activités. Dans les années 1990, les États-Unis, en tête de la production mondiale de métaux rares, ont délaissé cette activité. En 1998, la mine à ciel ouvert de Mountain Pass, en Californie, a fermé. Toutefois, l’extraction a repris en 2012, puis 2018, mais a été stoppée entre-temps.

Cet abandon généralisé de la production et de l’exploitation des métaux rares a profité à la Chine. Le pays s’est rapidement positionné en leader incontestable du marché grâce à de massives subventions. Le monopole revient à Pékin. En 2017, la ville assurait 71% de la production mondiale. De plus, la Chine est indispensable au marché des terres rares puisqu’elle est le seul pays à en maîtriser l’intégralité de la chaîne de production (extraction, broyage, séparation des terres rares du reste du minerai extrait). Selon une analyse du marché des terres rares, publiée en juin 2022 par le portail français des ressources minérales non énergétiques, “le premier signe de cette position dominante [de la Chine] est le fait que les mouvements de prix des terres rares sont principalement régis par les évènements intérieurs du marché chinois”.

Le nouvel “or noir” au cœur des tensions géostratégiques mondiales

La Chine a profité de son monopole pour imposer des quotas, des taxes et des embargos, limitant les exportations hors de ses frontières. Sur ce marché stratégique, la Chine a pu réguler les prix. Des flambées ont eu lieu. Face à cette situation ingérable, l’Union européenne, les États-Unis et le Japon se sont unis pour déposer plainte. En 2015, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) interdit à la Chine ces pratiques anticoncurrentielles.

Dès les années 2010, face aux pressions d’approvisionnement et devant la hausse drastique des prix des terres rares, les pays miniers ont décidé de retrouver leur indépendance vis-à-vis de la Chine. Les États-Unis, l’Australie, le Canada et le Groenland ont multiplié les projets d’extraction de métaux rares. Cependant, en 2021, l’empire du Milieu assurait la production mondiale de 60% des terres rares, selon le portail français des ressources minérales non énergétiques. En effet, le pays a une avance sur ses concurrents: une maîtrise complète de toute la chaîne de production. La Chine a des capacités industrielles gigantesques de transformation de ses matières premières.

La chimie, le recyclage et le retraitement, des solutions d’avenir?

Plusieurs pistes sont évoquées pour faire face à la concentration de la production entre les mains des Chinois. Le but est de rétablir l’équilibre sur le marché mondial des terres rares. Michel Latroche, directeur de recherche au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et à l’Institut de chimie et des matériaux Paris-Est, évoquait une première piste en 2019, dans un article publié en commun par le CNRS et Libération . Il pensait nécessaire de “développer les recherches dans le domaine de la chimie du solide afin de mettre au point de nouveaux matériaux pouvant se substituer à ceux contenant des terres rares”. Il est aussi envisagé de récupérer et recycler les métaux rares présents dans les millions d’accumulateurs, aimants et autres écrans de nos déchets technologiques. Ce marché pourrait être colossal.

L’Australie: 2e producteur de terres rares, devant les États-Unis

Entre 2013 et 2018, la production australienne a été multipliée par 17, passant d‘un peu plus de 1.000 tonnes à 19.000 tonnes par an. L’essentiel de la production du pays provient du mastodonte local Lynas.

La Chine concentre aujourd’hui 77% de la production mondiale de métaux rares. En seulement 10 ans, l’Australie s’est installée à la deuxième marche du podium, avec 12% de la production mondiale, devant les États-Unis (7%). Alors que 80% du pays n‘ont pas encore été prospectés, le pays des kangourous est aujourd’hui le 6e pays en termes de réserves de terres rares (3%). Devant lui se placent la Chine (38%), le Brésil, le Vietnam, la Russie et l’Inde. Les États-Unis et la Malaisie se trouvent en 7e et 8e places.