Quelles sont les spécificités du marché du luxe?Dernière mise à jour le : 05/08/2025
Sommaire:
- À quoi correspond le secteur du luxe?
- Il existe non pas «un» luxe, mais «des» luxes
- Un marché du luxe protéiforme
- Crise du marché du luxe?
- Les grands acteurs du marché du luxe confrontées à la crise
- Le luxe: le navire amiral de la Bourse parisienne
À quoi correspond le secteur du luxe?
Qu’est-ce qu’un objet de luxe? Difficile d’y répondre en quelques mots, car plusieurs définitions et notions peuvent se combiner ou parfois même s’exclure. Un objet de luxe est-il seulement cher ou rare, voire unique? Doit-il faire rêver et créer des émotions spécifiques, avec toute la subjectivité qu’implique cette approche? Un objet de luxe est-il le résultat d’un savoir-faire artisanal, industriel, d’une histoire nécessairement séculaire, ou encore le fruit de la vision et du génie d’un artiste? Ces questions n’ont eu de cesse d’interroger les philosophes comme les économistes, d’autant plus en France, patrie mondiale et reconnue du luxe.
En Bourse, de telles interrogations sont rarement de mise. Ainsi, le compartiment du luxe regroupe tout simplement les entreprises fabriquant des produits de consommation courante, généralement haut de gamme et vendus à un prix élevé par rapport aux standards habituels. Cette approche, parfois perçue comme réductrice a le mérite d’être reconnue par tous les intervenants.
Il existe non pas «un» luxe, mais «des» luxes
Certaines sociétés, par exemple dans le secteur des cosmétiques, vendent des soins en supermarchés à des prix peu élevés. Cependant, elles développent aussi une gamme de produits plus exclusifs et plus chers. Ainsi, un soin du visage de 10 cl à 100 euros sera assimilé à du luxe, comme un plaid en cashmere à 10.000 euros ou une montre à 20.000 euros .
Un marché du luxe protéiforme
Le marché du luxe est de plusieurs natures. Selon la méthodologie retenue par Bain & Company, qui publie chaque année un rapport faisant autorité sur les fondamentaux et les évolutions de ce secteur, le marché global du luxe est l’addition des «produits de luxe» et des «expériences de luxe», prises au sens large. Selon l’édition 2024 de l’étude Bain & Company / Altagamma Luxury Study 2024, le marché mondial des biens personnels de luxe (montre, maroquinerie, bijoux, etc.) est estimé à 362 milliards d’euros en 2024, et celui des expériences de luxe (voyages, hôtellerie, restauration, jets, yachts…) à environ 1100 milliards d’euros, pour un total avoisinant 1500 milliards d’euros.
Crise du marché du luxe?
En 2025, le marché du luxe est attendu en recul de 1%, toujours selon le cabinet Bain & Compagny. Le marché des biens personnels de luxe connaîtra ainsi son premier ralentissement depuis la récession de 2008. Cela s’explique notamment par une moindre appétence des jeunes de la génération Z, notamment en Chine, pour les produits de luxe. Concrètement, le luxe a perdu 50 millions de clients au cours des deux dernières années, selon l’étude.
Périodes | Années | Evolution du chiffre d’affaires |
La «sortie du temple» | 1996 / 2000 | De 76 à 116 milliards d’euros |
La démocratisation | 2001 / 2007 | De 116 à 161 milliards d’euros |
La crise | 2008 / 2009 | De 161 à 147 milliards d’euros |
L’accélération chinoise | 2010 / 2014 | De 147 à 219 milliards d’euros |
La recomposition | 2015 / 2016 | De 2019 à 244 milliards d’euros |
La nouvelle normalité | 2017 / 2019 | De 244 à 281 milliards d’euros |
La crise de la Covid-19 | 2020 | De 281 à 220 milliards d’euros |
Le rebond | 2021 | De 220 à 283 milliards d’euros |
Les grands acteurs du marché du luxe confrontées à la crise
Les fabricants de produits de luxe ressentent actuellement les effets d’un ralentissement du marché. Par exemple, LVMH, le leader mondial du secteur, a enregistré une baisse d’activité de 2 % à l‘échelle mondiale sur les neuf premiers mois de l’année. Ce recul est particulièrement notable dans les ventes de ses marques de mode et de maroquinerie, comme Louis Vuitton, Dior ou Celine. Chez Kering, la situation est encore plus difficile. Récemment nommé au poste de directeur général, Luca de Meo devra relancer le groupe dont le chiffre d’affaires affiche un recul de 16% sur un an.
Société | Marques | CA début 2025 en milliards d’euros |
LVMH | Louis Vuitton, Kenzo, Celine, Givenchi, Fendi, Marc Jacobs, Bulgari, TAG Heuer, Hublot, Chaumet, Fred, Tiffany, Parfums (Dior, Guerlain, Loewe, Kenzo), vins et spiritueux (Moët & Chandon, Mercier, Veuve Clicquot, Dom Pérignon, Yquem, Hennessy, Glenmorangie…) | 39,810 (-4%) |
Kering | Gucci, Saint Laurent, Bottea Veneta, Balenciaga, Alexander McQueen, Boucheron, Girard-Perregaux | 7,587 (-16%) |
Estée Lauder | Cosmétiques Estée Lauder, Aramis, Clinique, Lab Series, Origins, MAC, Jo Malone London, Darphin, Le Labo, marques de licences (Tommy Hilfilger, Donna Karan New York, Tom Ford) | 3,6 (-10%) |
Richemont | Cartier, Van Cleef & Arpels, Piager, A. Lange & Söhne, Jaeger-LeCoultre, Vacheron Constantin, IWC, Baume & Mercier, Montblanc, Chloé, Alfred Dunhil | 5,4 (+3%) |
Chanel | Chanel, Belle & Ross, Lesage, Massaro, Goosens | 18,7 (-5,3%) |
L’Oréal | Cosmétiques Lancôme, Yves Saint Laurent, Giorgio Armani, Kiehl’s, Biotherm, Helena Rubinstein, Atelier Cologne Ralph Lauren, Diesel, Cacharel… | 11,73 (+4%)) |
Les tendances actuelles du secteur du luxe
Après un recul de 1% en 2024, le marché du luxe pourrait voir ses ventes encore baisser de 2 à 5% cette année, selon Bain & Company. Deux principaux facteurs expliquent ce ralentissement:la crise immobilière en Chine et l’affaiblissement des dépenses de consommation aux Etats-Unis. A cela s’ajoute une concurrence de plus en plus forte des marques de luxe chinoises. Le marché chinois reste néanmoins incontournable: les consommateurs chinois représenteront 50% de la consommation totale du luxe cette année. Selon le cabinet de conseil, les consommateurs font aussi part de leur lassitude face à des prix en hausse (+33% depuis 2029). Ils attendent aussi des grandes marques des offres plus originales et créatives.
Cela explique l’essor du «luxe d’expérience». Au-delà du produit, il s’agit d’offrir une histoire, un moment inoubliable, ou encore un accès exclusif à des lieux et des événements d’exception. Selon le cabinet de conseil, le marché du luxe est ainsi aujourd’hui porté par l’hôtellerie, la gastronomie, ou encore les croisières de luxe.
Le luxe: le navire amiral de la Bourse parisienne
Aux États-Unis, les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) affichent des capitalisations record et font de l’ombre à tous les autres compartiments de la cote. À la Bourse de Paris, le luxe fait office de secteur incontournable. Ainsi, au sein du CAC 40, Hermès, LVMH et L’Oréal occupent régulièrement les premières places du podium en termes de capitalisation, avec respectivement 233,53 milliards d’euros, 229,90 milliards d’euros et 200,44 milliards d’euros.