Retraites : il ne suffit plus de changer les paramètres du système, il faut maintenant changer le système !
information fournie par TRIBUNE LIBRE 08/07/2026 à 17:37

Richard Michaud, créateur du média Inside Banking et partenaire de BoursoBank. (crédit : DR)

Par Richard Michaud – Fondateur d'INSIDE : Inside Banking (média), Inside Training (formation éducation financière & personal branding), Inside Circle (collectif de freelances)


La sortie au cinéma de La Bataille de Gaulle : L'Âge de fer m'a ramené à une passion ancienne : l'histoire de France et la figure du général de Gaulle.

Dans mon parcours personnel, je me suis construit par l'école publique et par les sciences sociales. Et s'il est un personnage qui incarne à mes yeux la notion d'homme d'État, c'est bien de Gaulle : le courage, la langue, la hauteur de vue, et surtout la capacité à inscrire l'action publique dans le temps long.

À la Libération, le général pose les bases d'un nouveau modèle social, avec la création de la Sécurité sociale et la structuration d'un régime de retraite fondé sur la répartition. Le choix est alors profondément moderne : il faut protéger des retraités souvent pauvres, dans un pays à reconstruire et dans un contexte démographique favorable.

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Lors de son retour au pouvoir en 1958, de Gaulle affronte une autre urgence : le redressement financier du pays. Le plan Pinay-Rueff organise des économies budgétaires massives, une réforme monétaire et la création du nouveau franc. Une méthode qui devrait nous inspirer aujourd'hui : lorsqu'un cap est clair, politiquement assumé par un leader politique fort, les réformes structurelles sont possibles, y compris les plus difficiles sur le plan budgétaire.

Un problème structurel, pas conjoncturel

Le problème est que notre système de retraite, lui, a très peu changé dans sa philosophie.

Pendant des décennies, les gouvernements ont ajusté les paramètres : âge de départ, durée de cotisation, indexation, niveau des prélèvements. Mais l'équation démographique s'est profondément dégradée.

Le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites, publié en juin 2026, est sans appel. Le ratio entre cotisants et retraités est passé de 2,1 en 2002 à 1,8 en 2025. Il tomberait à 1,3 en 2070. Dans le même temps, le nombre de retraités de droit direct passerait de 17,4 millions à 22,1 millions.

En 2025, les dépenses de retraite atteignent déjà 422 milliards d'euros, soit 14,1% du PIB et près d'un quart de l'ensemble des dépenses publiques. Le déficit affiché par le Conseil d'orientation des retraites (COR) s'élève à 5,1 milliards d'euros. Mais ce chiffre ne dit pas tout.

Il repose sur une convention comptable qui intègre l'équilibrage automatique du régime des fonctionnaires de l'État et de certains régimes spéciaux. En 2025, les ressources du système comprennent ainsi 49,3 milliards d'euros de contributions d'équilibre et 7,7 milliards d'euros de subventions d'équilibre.

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Le système des retraites est donc maintenu à l'équilibre par construction comptable. Le COR le reconnaît explicitement : ce cadre comptable tend à masquer la fragilité persistante, notamment en ce qui concerne le régime des fonctionnaires de l'État.

Le coût des retraites pèse déjà lourdement sur les finances publiques et la trajectoire démographique va encore accentuer cette pression. Le problème n'est pas nouveau. En 1993, François Mitterrand déclarait à la télévision : «Que les retraités soient rassurés, ils toucheront leur retraite normalement dans les années à venir et pendant toute la première moitié du XXIe siècle, je pense que ce seront mes successeurs qui auront à s'en occuper.»

Tout est dit : chacun sait depuis longtemps que le système se fragilise, mais chacun repousse l'échéance.

Il ne s'agit pas d'opposer les générations ni de nier la situation difficile de certains retraités. Mais un fait mérite d'être regardé en face : en France, le niveau de vie moyen des retraités est aujourd'hui supérieur à celui des actifs.

En 2023, en tenant compte de l'avantage lié au logement (plus de retraités propriétaires), il représentait 106,5% de celui de l'ensemble de la population, contre 107,2% pour les actifs. Cette situation est loin d'être anodine. Pour un salarié, un montant équivalent d'environ 25% du salaire brut est aujourd'hui versé pour financer la retraite, en cumulant les parts salariale et patronale. C'est colossal.

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Dans un système fondé sur la répartition, cet effort contribue au paiement des pensions actuelles. Les actifs assument également les dépenses liées à leur vie professionnelle et familiale, tout en devant préparer leur propre retraite. Que leur niveau de vie ne soit pas sensiblement supérieur à celui des retraités révèle un déséquilibre structurel entre les générations.

La trajectoire de notre système de retraite est devenue intenable : les actifs cotisent davantage, les jeunes doutent de plus en plus de leur capacité à percevoir une pension correcte et les finances publiques absorbent une charge croissante.

Une réforme est possible : d'autres pays l'ont faite

La solution ne consiste pas nécessairement à supprimer brutalement le système de retraite répartition, ce qui serait difficile à faire dans les faits. Le modèle de retraite par répartition reste un bon système pour garantir un socle de solidarité. Mais il ne peut plus porter seul l'ensemble du système.

La Suède l'a compris dès les années 1990. Son modèle combine un volet obligatoire en répartition, un volet obligatoire en capitalisation et des dispositifs complémentaires. Sur les 18,5% prélevés pour la retraite, 16% financent un régime à comptes notionnels et 2,5% sont investis dans des fonds de pension.

La France pourrait s'inspirer de cette logique avec trois piliers : une répartition préservée pour garantir un socle commun, une capitalisation collective obligatoire orientée vers le financement de l'économie, puis une capitalisation individuelle volontaire.

Cette évolution ne résoudrait pas tout. Il faudra aussi travailler plus longtemps et enfin maîtriser les dépenses publiques. Mais modifier indéfiniment les paramètres du système de retraite actuel ne suffira plus, c'est une certitude.

L'élection présidentielle de 2027 sera l'occasion de poser cette question clairement : voulons-nous continuer à repousser les décisions difficiles ou construire enfin un système de retraite soutenable pour les générations futures ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent, je suis convaincu que les Français sont prêts à entendre la vérité.