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Comment la SNCF a réussi à augmenter les billets des cartes «Avantage» sans que cela ne se voie (trop)
information fournie par Le Figaro 28/08/2023 à 08:00
Temps de lecture: 4 min

(Crédits photo : Flickr - Olivier Prt )

(Crédits photo : Flickr - Olivier Prt )

La SNCF a pris la lourde décision d'augmenter de 10 euros, à partir du 29 août, chacun des plafonds de prix des billets en seconde achetés avec une carte Avantage.

Cette année, le calendrier a voulu que le 14 juillet tombe un vendredi. L'occasion rêvée pour beaucoup de Français de prendre un joli « pont », et de profiter d'une coupure bien méritée. Le retour de week-end approchant, alors que chacun était occupé à préparer son voyage, la SNCF fait une annonce : une augmentation de ses tarifs allant jusqu'à 25%, dont pâtiront les 4 millions de porteurs de la carte Avantage . La société nationale joue très gros, et on comprend qu'elle ait choisi son moment pour abattre ses cartes avec la plus grande précaution. L'argument commercial de la carte Avantage, crié à grand renfort de publicités, reposait justement sur ces fameux plafonds maximums à 39, 59, 79 euros (en seconde et selon le temps de parcours). Or, ils passent dès le 29 août à 49, 69, et 89 euros, soit respectivement 25%, 16% et 12% d'augmentation. Rien qui se puisse justifier par l'inflation.

Les prix stratosphériques du TGV faisant d'ores et déjà enrager les usagers, la SNCF devait impérativement faire passer le plus inaperçu possible cette augmentation. D'où ce plan de « com » très élaboré : d'abord une annonce le dimanche 16 juillet en fin de journée, à 21 heures, via un communiqué envoyé à l'Agence France Presse, limitant ainsi la portée de l'annonce. Puis en dégainant, le lendemain matin à 8h01, « des promotions tout au long de l'été , en particulier les jeunes pour le TGV INOUI et Intercités », avec par exemple « 300 000 billets TGV INOUI dès 29 euros pour le mois d'août, et 200 000 billets Intercités à 19 euros. » Une information chassant l'autre, c'est bien la promotion qui prit le pas sur l'augmentation. Voilà ce qu'on appelle une affaire rondement menée !

Quid du changement des prix ?

Pourtant, Christophe Fanichet, le directeur de SNCF Voyageur assurait l'automne dernier que les « grilles des prix minimums n'augmenteront pas ». Et même, renchérissait-il : « les bénéfices de la carte Avantage sont maintenus. » Même discours à l'hiver venu, à une nuance près : « Ces avantages seront maintenus…jusqu'à l'été. » Nous voilà bien avancé dans l'été: quid du changement des prix ?

En février dernier, «Le Figaro» alertait déjà sur les stratégies mises en place par la SNCF pour éviter les effets d'aubaines et les trop fortes réductions. En effet, la carte Avantage offre 30% de réduction garantie sur le prix du jour. Mais avec les fameux plafonds en seconde, la réduction pouvait attendre plus de 60% par exemple sur un Paris-Nîmes vendu 123 euros en seconde sans réduction et plafonné à 59 euros avec la carte avantage. Cette carte permettait ainsi de voyager moins cher qu'en Ouigo tout en bénéficiant de meilleures conditions d'échange et de remboursement et d'un plus grand confort.

Le «yield« ou comment augmenter «la recette unitaire»

Si Christophe Fanichet avait d'abord promis de ne pas modifier la grille tarifaire, il s'était bien gardé de dire qu'avec le yield management il est en fait possible d'augmenter les prix sans modifier la grille tarifaire. Il suffit pour cela de réduire le nombre de places disponibles dans les paliers tarifaires les plus bas. C'est une pratique courante chez certaines compagnies aériennes low-cost: on met en avant des billets à 39 euros à grand renfort de publicité alors qu'il n'y a que 2 sièges par avion en vente à ce prix.

En raison de l'augmentation de ses charges, la SNCF avait dans un premier temps augmenté ses tarifs de 5% en moyenne. Avec cependant de fortes disparités selon le type de billet et la classe socioprofessionnelle : les billets «pro» ont beaucoup plus augmenté que les billets loisirs.

Mais cette augmentation généralisée des prix ne réglait pas le problème de l'effet d'aubaine de la carte Avantage sur certaines destinations comme Rennes et Nancy. Le plafond, trop bas par rapport à la distance parcourue, mettait en péril leur rentabilité et provoque des inégalités tarifaires entre les passagers. Ceux allant à Lille (1h02) et ceux qui vont à Nancy (1h30) sont au même plafond à 39 euros. Le tout, sans gommer d'autres disparités. Par exemple, un passager se rendant à Nîmes bénéficiait jusqu'au 29 août en seconde d'un plafond à 59 euros tandis que le passager allant à Montpellier, soit une demi-heure de trajet supplémentaire, pourra payer son billet jusqu'à 79 euros. Pour ce cas précis, voici une astuce pour économiser 10 euros : plutôt que de prendre un Paris-Montpellier, achetez un Paris-Nîmes avec la carte Avantage au tarif de 59 euros (maintenant 69) puis un second billet Nîmes-Montpellier sur le même train avec la carte Avantage au tarif de 9,20 euros !

En première classe, les « avantages » de la carte sont en tout cas moins intéressants. Pour la simple raison qu'il n'y a pas de plafond tarifaire en première : on bénéficie simplement de 30% de réduction sur le prix du jour qui suivra l'augmentation des prix maximums.

Une pénalité exhorbitante

En augmentant les prix de 10 euros des plafonds, la SNCF choisit la facilité. Et une telle augmentation, unilatérale, est colossale. Pourquoi pas 5 euros ? Ou alors pourquoi ne pas revoir les paliers en fonction de la distance par exemple ou du temps de parcours pour éviter les effets d'aubaines ? La SNCF aurait également pu compenser cette augmentation en proposant aux porteurs de la carte avantage une moindre pénalité en cas de changement ou d'annulation des billets. Par exemple en la passant de 19 euros à 10 euros ou 5. Pour mémoire, le prix de la pénalité à 19 euros pour changer un billet est très élevé et bien supérieur à ce que pratiquent les compagnies aériennes (en pourcentage du prix du billet). Rappelons que si le yield permet des petits prix et optimise le remplissage des trains, il inflige aussi aux voyageurs des prix stratosphériques pour les dernières places vendues. Or, en ce moment les trains sont tous pleins et l'offre est très inférieure à la demande. Une offre limitée permet en effet d'avoir une bien meilleure rentabilité qu'avec une offre trop large et des trains moins remplis.

Malgré une rentabilité en hausse grâce aux trains pleins restait à résoudre le « problème » des cartes Avantages qui avaient justement trop d'avantages pour les passagers. C'est chose faite. À voir comment vont réagir les millions de porteurs de cette carte.

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