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Pourquoi boire de l’alcool donne-t-il mal à la tête?
information fournie par The Conversation 31/08/2025 à 16:30
Temps de lecture: 4 min

L'alcool rend d'abord gai… puis malade. (crédit : Adobe Stock)

L'alcool rend d'abord gai… puis malade. (crédit : Adobe Stock)

Quand votre tête vous rappelle les excès de la veille. La qualité de la boisson a-t-elle un impact sur la douleur? Existe-t-il des remèdes approuvés par la science? Peut-on prévenir une gueule de bois?

Depuis quand a-t-on la gueule de bois (ou «vésalgie» pour les scientifiques)? Vraisemblablement depuis bien plus longtemps que le vin et autres boissons fermentées ont été inventés. En effet, il y a 10 millions d'années déjà, nos ancêtres auraient pu consommer des fruits tombés au sol, potentiellement pourris et donc chargés d'alcool. Or, si cette consommation présente un avantage du fait de la richesse en calories de l'éthanol, avec ses 7kcal/g contre seulement 4 pour les glucides ou les protéines, elle ne vient pas sans un contre-coût dont nos prédécesseurs se sont sans doute rapidement rendu compte : l'alcool rend d'abord gai… puis malade.

En effet, notre organisme n'est pas bien adapté pour cette consommation, et l'alcool reste toxique, même si l'évolution a fait ce qu'elle a pu en stabilisant dans notre génome une mutation dans le gène codant pour l'enzyme ADH4 (alcool déshydrogénase 4), la rendant 40 fois plus performante pour réaliser la première étape de détoxification de l'alcool.

Cette mutation ne nous immunise pas pour autant contre les effets de l'alcool.

Sitôt avalé, l'alcool passe rapidement l'estomac pour arriver dans l'intestin, puis la circulation sanguine (on le détecte dans le sang quelques minutes après ingestion), irriguant alors tous nos organes, dont le cerveau (les premiers effets se font alors sentir) et le foie (les seconds effets arrivent), de manière assez spectaculaire si les doses ingérées sont extrêmes: l'organisme signale alors l'empoisonnement par des nausées, des vomissements… voire un coma éthylique (et la mort) dans les cas les plus graves.

Mais revenons au cas, heureusement plus courant, d'un «excès modéré». Dans le cerveau, d'abord, l'alcool va avoir différents rôles, dont celui de booster la sécrétion de dopamine (d'où l'effet plutôt stimulant et euphorisant en premier lieu), avant que l'effet sédatif prenne le relais et entraîne la phase de somnolence caractéristique. On s'endort alors d'un sommeil plutôt agité… et le réveil nous rappelle douloureusement les excès de la veille, et l'intoxication plus ou moins sévère qui en résulte. Car c'est au foie que revient la décomposition de l'alcool, pour transformer l'éthanol en acétaldéhyde puis en acétate, ces deux composés restant malheureusement encore toxiques pour notre organisme. Or, l'alcool perturbe aussi la production de vasopressine, une hormone antidiurétique qui régule l'activité des reins, ce qui est plutôt une bonne chose, car il faut bien uriner pour éliminer toutes ces toxines : le corps utilise alors de l'eau, beaucoup d'eau pour éliminer l'alcool… entraînant de fait une déshydratation qui est une des causes de migraine.

Ajoutons à cela l'effet vasodilatateur de l'alcool (avec cette petite sensation de «coup de chaud» après les premières gorgées, qui est un vrai piège, car, passée la sensation trompeuse, le corps se refroidit encore plus vite), ainsi que la perturbation de la glycémie, la sécrétion de neurotransmetteurs et le déclenchement d'une réponse inflammatoire, autant d'effets qui contribuent aux maux de tête, sans que les mécanismes soient toujours bien clairs.

À ce sujet, sus aux légendes : oui, même les très bons vins donnent la gueule de bois. Oui, même les vins «nature». Car non, le souffre n'est pas responsable, mais bel et bien l'alcool. Ou alors seulement chez certaines personnes particulièrement sensibles aux sulfites; mais d'autres le seront plutôt aux histamines et autres amines biogènes, que certains vins justement peu sulfités contiennent en plus grosse quantité…

Enfin, en cas d'excès non évité, y a-t-il des stratégies de soulagement? Des aliments qui peuvent aider? Des médicaments? Seule la diète semble conseillée (pour alléger le foie) et la réhydratation à l'aide de vos meilleures tisanes hivernales, même si ça ne produira pas de miracle sur votre mal de crâne. Quant au marché de la parapharmacie, il a beau être inondé de formules «anti-gueule de bois» (à base de vitamines censées booster l'activité du foie ou de probiotiques censés «capter» l'alcool avant qu'il ne passe dans le sang), aucune étude scientifique digne de ce nom n'a pu prouver l'efficacité de ces pilules. Il ne reste guère que le paracétamol ou l'ibuprofène, pour soulager la douleur. Attention cependant aux effets hépatotoxiques de ces molécules: il ne s'agit pas d'achever votre foie. Et surtout, évitez aussi la tentation de traiter le mal par le mal en reprenant un coup d'alcool, car si l'effet anesthésique et analgésique peut donner l'impression de soulager temporairement votre douleur crânienne, ce ne sera que pour la voir ressurgir de plus belle ensuite!

Par Christophe Lavelle (Chercheur en biophysique moléculaire, épigénétique et alimentation, CNRS UMR 7196, Inserm U1154, Muséum national d'histoire naturelle MNHN)

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Cet article est issu du site The Conversation

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